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Accouchement entre La Malbaie et Québec: les parents songent à poursuivre

L’hôpital croit encore avoir pris la bonne décision d’envoyer le jeune couple à Québec pour l’accouchement

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Irrité d’apprendre par les médias que le CIUSSS de la Capitale-Nationale estimait avoir pris une décision « tout à fait justifiée » en les envoyant par leurs propres moyens à Québec alors que sa conjointe s’apprêtait à accoucher, le père de famille qui a vu son enfant naître dans sa voiture pourrait entreprendre des procédures contre l’hôpital. « On ne va pas en rester là. »

Jean-François Dandurand et sa conjointe, Angélique Lauzier, ont vécu un accouchement pour le moins mouvementé dans la nuit de jeudi à vendredi, la petite Aprilia se pointant le bout du nez dans leur voiture, sur la route 138.

En raison de la fermeture temporaire du département d’obstétrique de l’Hôpital de La Malbaie, forcée par une pénurie d’infirmières, le couple a été envoyé vers Québec par ses propres moyens, sans jamais avoir vu un médecin.

En entendant la direction du CIUSSS affirmer que la décision de les faire partir pour Québec était la bonne, le père de famille avoue avoir sourcillé.

« Angélique, enceinte de 40 semaines et en contraction, est partie sur la route en pleine nuit sans avoir vu un médecin à La Malbaie [...]. Pour moi, c’est inacceptable », confie Jean-François Dandurand.

 « C’est encore tôt pour la forme, on est plus en mode repos et on s’occupe du bébé. Mais c’est sûr qu’on ne va pas laisser ça mort », explique M. Dandurand, qui se remet de ses émotions à la maison avec sa conjointe et ses enfants.

Deux jours après être venue au monde dans l’auto de ses parents, la petite Aprilia se reposait à la maison, dans les bras de sa maman, Angélique Lauzier, alors que des proches leur ont rendu visite. Le papa, Jean-François Dandurand (mortaise), ne compte pas laisser cet événement sans suite.
Photo courtoisie Christophe Dandurand et photo tirée de Facebook
Deux jours après être venue au monde dans l’auto de ses parents, la petite Aprilia se reposait à la maison, dans les bras de sa maman, Angélique Lauzier, alors que des proches leur ont rendu visite. Le papa, Jean-François Dandurand (mortaise), ne compte pas laisser cet événement sans suite.

Situation dangereuse

Le président du Conseil pour la protection des malades, Paul Brunet, qualifie de son côté la décision de « dangereuse ».

« Je suis hors de moi quand on dit que tout a été suivi à la lettre. Avec tous ces protocoles et ces règles suivies rigoureusement, ils oublient pourquoi ils sont là, et c’est pour soigner du monde », clame l’observateur du réseau.

M. Brunet craint pour la couverture déficiente dans certaines régions de la province. Parce que la découverture vécue à La Malbaie s’était vue à La Sarre en Abitibi au cours des dernières semaines.

« On suit les règles et les plans prévus, mais on ne fait pas la job. Et c’est de plus en plus fréquent dans le réseau », déplore-t-il, appelant la ministre à trouver des façons de ramener les infirmières dans les hôpitaux.

Le CIUSSS avare de commentaires

En fin d’après-midi hier, le CIUSSS de la Capitale-Nationale, qui chapeaute l’Hôpital de La Malbaie, a réagi dans un laconique communiqué. Sans aborder la mésaventure vécue par la famille Lauzier-Dandurand, la direction régionale s’en est tenue à un rappel de son plan de contingence lors d’une situation semblable.

Expliquant qu’en cas de découverture en obstétrique, les patientes étaient évaluées par une infirmière et que le médecin de garde était consulté, le CIUSSS confirme que les femmes enceintes peuvent être renvoyées à la maison ou dirigées vers Québec, au besoin. 

« Lors de situations d’urgence, ou de situations pouvant comporter un risque pour la patiente, les services ambulanciers sont alors mobilisés afin d’assurer une prise en charge sécuritaire de l’usagère », écrit la direction, ne précisant en aucun cas si le cas d’Angélique Lauzier aurait nécessité une décision différente.

« Deux heures de route à faire, avec des contractions régulières, je ne sais pas, mais il y aurait dû avoir une petite lumière qui s’allume pour leur faire comprendre que ce n’était pas une bonne idée. »

– Jean-François Dandurand

La ministre de la Santé exige le transport en ambulance

Pressée par les partis d’opposition d’agir rapidement pour éviter d’autres accouchements critiques comme celui qu’a vécu un jeune couple de Charlevoix, la ministre de la Santé a exigé que les transferts entre La Malbaie et Québec se fassent maintenant en ambulance.

La ministre Danielle McCann a réagi à la mésaventure de la famille Lauzier-Dandurand en fin d’après-midi hier, invitant les employés de l’hôpital de La Malbaie à faire preuve de prudence si une telle situation se reproduisait.

« J’ai demandé au PDG du CIUSSS de la Capitale-Nationale qu’on rappelle à tout le personnel de soins de l’hôpital de La Malbaie que dans une situation semblable, la patiente doit être transportée systématiquement par ambulance, afin d’assurer sa sécurité et celle de l’enfant à naître », a réclamé la ministre, qualifiant l’expérience du couple de « stressante, loin d’être idéale ». 

Pression de l’opposition

Plus tôt, les partis d’opposition à l’Assemblée nationale sommaient la ministre de la Santé de remédier rapidement à la situation, comme on l’avait fait pour La Sarre en Abitibi dans les dernières semaines. 

« Le gouvernement avait reconnu que ça n’avait pas de sens et a enfin réglé la situation à La Sarre, mais en même temps, on a permis la même chose en autorisant la fermeture à La Malbaie », souligne le député libéral André Fortin, demandant un plan clair pour éviter d’autres événements du genre. « On doit prioriser les unités de natalité. »

Au Parti québécois, le député Sylvain Gaudreault souhaite que des organismes enquêtent pour faire la lumière sur ce qu’a vécu la famille Lauzier-Dandurand.

« C’est inacceptable qu’ils aient eu à vivre ça. Il y a le commissaire aux plaintes du CIUSSS, le Commissaire au bien-être et à la santé ou même le Protecteur du citoyen. Il faut qu’on ait des réponses », exige l’élu, affirmant « ne pas pouvoir se satisfaire de la réponse de l’hôpital qui pense avoir pris la bonne décision ».

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