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Les meilleurs
profs
de la covid

La pandémie a mis à rude épreuve le réseau scolaire. Partout au Québec, des enseignants ont déployé des trésors d’originalité et de créativité pour faire de cette année scolaire un succès. À partir de suggestions de lecteurs, Le Journal vous présente 10 de ces meilleurs profs de la COVID. Une série à suivre.
Prof 5

Des activités à la tonne pour faire oublier la pandémie

Marie-Noël Gagné

Années d'expérience : 9 ans
École : École primaire Sainte-Marie
Ville : Sayabec
Plus beau souvenir de la pandémie : « La kermesse arc-en-ciel organisée en juin 2020. C’était assez fou comme défi, mais tellement un beau succès. Les enfants étaient heureux! »

À l’école primaire Sainte-Marie, dans la vallée de La Matapédia, les élèves ont pu compter cette année sur l’énergie débordante de leur prof d’éducation physique, Marie-Noël Gagné, qui a organisé des tonnes d’activités pour leur faire oublier la pandémie.

« C’est vraiment une crinquée, avec qui c’est un plaisir de travailler. On est chanceux de l’avoir » lance sa collègue Janie Lévesque-Gauthier, qui adore « embarquer dans ses folies ».

Déjà, Marie-Noël s’était fait remarquer en mai 2020, lors du retour en classe, avec la construction d’un baby-foot géant dans la cour d’école, qui a par la suite été reproduit dans une cinquantaine d’écoles au Québec.

Ce jeu grandeur nature, qui permet d’être à deux mètres des autres joueurs, a même fait des petits jusqu’en Colombie-Britannique et en France.

À la rentrée 2021, l’enseignante déjà reconnue pour ses mille et une idées a eu envie d’en faire encore un peu plus, en cette année particulière.

« DES ACTIVITÉS WOW »

« On sentait que les jeunes avaient besoin d’un peu plus, on a mis plus d’énergie pour faire des activités wow. On est dans un petit milieu, mais on mise beaucoup sur la motivation scolaire », raconte celle qui enseigne à Sayabec, une petite municipalité d’environ 1600 âmes située près d’Amqui.

Pour l’Halloween, une maison hantée géante a été créée de toutes pièces dans le gymnase, grâce à la collaboration de plusieurs enseignants et parents, alors qu’un bingo cadeau a été organisé juste avant les Fêtes.

À la fin février, Marie-Noël a été l’instigatrice d’un véritable carnaval d’hiver avec curling, feu extérieur, calèche et glissade géante sur tube, sans compter la création d’un labyrinthe géant fait de… 600 balles de paille, rien de moins!

Le tout était réglé au quart de tour. Au son de la cloche, les groupes d’élèves se déplaçaient d’une activité à l’autre, pour respecter les bulles-classes.

« Le carnaval, c’était vraiment magique pour les élèves, ils n’ont pas senti qu’il y avait des restrictions, ce n’était que du plaisir », lance Marie-Noël.

KERMESSE COLORÉE

Pour souligner la fin de l’année, les élèves ont eu droit à une kermesse colorée dans la cour d’école, où ils ont pu participer à une foule de jeux d’adresse fabriqués par l’enseignante, qui est aussi douée pour la menuiserie.

« J’aime vraiment ça, faire plaisir aux jeunes. Ma paye, c’est quand je les vois les yeux brillants qui disent merci. Ça me touche vraiment beaucoup », lance avec émotion l’enseignante, qui est aussi maman de trois jeunes enfants.

« J’essaie de leur donner le plus de plaisir possible pour qu’ils se rappellent que quand ils jouent, c’est l’fun, ajoute-t-elle. Mon objectif, c’est qu’ils continuent de jouer à l’âge adulte. »

Fin de chapitre
Prof 6

Party pyjama virtuel pour des élèves de maternelle

Lison Sirois

Années d'expérience : 33 ans
École : École primaire de l’Odyssée
Ville : Lévis
Plus beau souvenir de la pandémie : La classe zoom en pyjama en début de soirée

Avec sa créativité débordante et son énergie théâtrale, Lison Sirois a réussi à captiver ses tout-petits de la maternelle même à travers l’écran, pendant de longues semaines d’enseignement en ligne qui se sont terminées par un party pyjama virtuel que les enfants ne voulaient plus quitter.

Enseignante de mère en fille, Mme Sirois vient de boucler sa 33e et dernière année comme prof de maternelle. « Le monde des petits, pour moi, c’est un monde de créativité. C’est la lumière qu’ils ont dans les yeux quand on leur montre quelque chose. Tout est magique pour eux », lance cette enseignante de l’école de l’Odyssée, à Lévis.

Après avoir trouvé très difficile le retour en classe de mai 2020, où chaque élève devait se tenir à deux mètres les uns des autres, Mme Sirois a tout de même décidé de retourner en classe pour une dernière année.

Malgré la barrière du masque, la routine des lavages de mains et le vertige ressenti en avril en apprenant qu’elle devait basculer en enseignement virtuel, Lison Sirois ne regrette pas sa décision.

« Ce que je vais retenir de cette année, c’est la facilité que j’ai eue à m’adapter », dit-elle.

PRÉCIEUSE COLLABORATION

La précieuse collaboration avec ses autres collègues de maternelle, avec qui elle forme « une équipe de feu », y est pour beaucoup. « On a vraiment travaillé fort », lance-t-elle.

Sa directrice, Josée LeBel, a tenu à souligner comment l’enseignante s’était investie dans l’apprentissage de la technologie cette année, avec une « ouverture d’esprit » qui lui aura permis de faire « des bonds de géants ».

Pourtant, lorsque Québec a annoncé la fermeture des écoles dans la région de Québec en avril, l’enseignante a « paniqué » pendant quelques instants. « La technopédagogie, ce n’est vraiment pas ma force », dit celle qui mise beaucoup sur la musique et le théâtre en classe.

Mme Sirois et ses collègues se sont retroussé les manches pour organiser mille et une activités virtuelles qui permettraient de recréer à l’écran le quotidien en classe, sous le thème des dinosaures et des bestioles. Jeux, dessins, bricolage, danse, yoga, expériences scientifiques, les élèves en redemandaient.

« Elle a su captiver nos petits mousses de 5 et 6 ans même par zoom, par son dynamisme, son charisme et sa créativité », raconte Émilie Avoine, la mère de l’une de ses élèves.

« UN MOMENT MAGIQUE »

Sirois a même conclu la période d’enseignement en ligne par un « party pyjama » en début de soirée. L’enseignante leur a raconté une histoire, à laquelle ont aussi assisté plusieurs frères et sœurs aînés.

Les enfants ont ensuite « placoté » pendant un bon moment, si bien que l’activité s’est terminée une demi-heure plus tard que prévu. « Ç’a été un moment magique », dit-elle.

Au fil des ans, Mme Sirois aura aussi pris sous son aile plusieurs enfants avec des besoins particuliers, qu’elle a pris soin d’amener « un petit peu plus loin ».

« L’important, c’est le petit chemin que fait chacun d’entre eux, à leur rythme. Et de leur donner le goût de l’école, dit-elle. C’est ça qui m’aura rendue heureuse pendant 33 ans. »

Fin de chapitre
Prof 8

« Le Saint-Graal des profs »

Karine Martel

Années d'expérience : 25 ans
École : École secondaire Le Carrefour
Ville : Varennes
Plus beau souvenir de la pandémie : « La résilience de mes collègues, qui ont su adapter leur pratique à cette situation exceptionnelle. »

Des élèves de l’École secondaire Le Carrefour, à Varennes, ont surnommé leur enseignante de sciences Karine Martel « le Saint-Graal des profs », rien de moins.

« Elle est tout simplement formidable et nous donne vraiment le goût d’aller à l’école et de donner le meilleur de nous-mêmes », affirme Élodie Dénommée, une de ses élèves de cinquième secondaire.

La principale intéressée se décrit comme une enseignante old school qui mise beaucoup sur la rigueur et l’effort en classe.

« J’en demande beaucoup à mes élèves, mais j’offre aussi beaucoup en retour, lance-t-elle. Pour moi, l’apprentissage, c’est quelque chose de très affectif. Je veux que mes élèves se sentent bien dans ma classe. » Visiblement, c’est un pari réussi.

En cette année de pandémie, plusieurs de ses élèves ont dû être en isolement à la maison pendant plusieurs semaines, pendant que leurs camarades réalisaient des expériences de chimie en laboratoire à l’école.

UNE PROF DÉVOUÉE

Karine Martel a multiplié les rencontres de rattrapage virtuel avec certains élèves, pour s’assurer qu’ils ne prennent pas trop de retard. « Un élève qui veut réussir, je ne peux pas lui dire non », dit-elle avec son grand sourire contagieux.

Des élèves ont aussi été grandement reconnaissants de la souplesse dont elle a fait preuve en acceptant, par exemple, de reporter un examen pour un élève qui revenait tout juste d’une longue période d’isolement à la maison.

« Je n’ai pas baissé mes exigences cette année, je veux que mes élèves arrivent au cégep aussi bien préparés que les autres années. Mais on était dans une année particulière. Alors oui, j’ai fait des accommodements pour ne pas les désavantager, mais sans leur donner de passe-droit. »

Malgré tous ses efforts, la pandémie aura néanmoins laissé quelques traces. Les résultats de ses élèves sont un peu plus faibles qu’à l’habitude et les échecs, plus nombreux, observe cette enseignante d’expérience. Leur niveau d’anxiété a aussi atteint un sommet, ajoute-t-elle.

« UNE GRANDE RÉSILIENCE »

Tout en tentant de faire baisser leur niveau de stress, Mme Martel a aussi beaucoup insisté sur l’importance de développer de bonnes méthodes de travail, des outils qui leur serviront toute leur vie.

« Le goût de l’effort, ça se développe et ça s’enseigne », dit celle qui a encore le trac à chaque rentrée, même après 25 années d’enseignement.

Alors que cette année scolaire tout à fait hors de l’ordinaire s’achève, Karine Martel retient surtout à quel point les jeunes ont « fait preuve d’une grande résilience », en devant mettre une croix sur des expériences marquantes de leur adolescence. « Je leur lève mon chapeau », lance-t-elle avec émotion.

Fin de chapitre
Prof 7

Des capsules vidéo pour ne pas laisser tomber sa « gang »

Élyse Allaire

Années d'expérience : 31 ans
École : École secondaire Rive-Nord
Ville : Bois-des-Filion
Plus beau souvenir de la pandémie : « La création de mon site web, ce qui m’a permis de faire un grand pas en technologie en aidant plus d’élèves. »

L’enseignante de mathématiques Élyse Allaire s’est lancée corps et âme dans la création de capsules vidéo en plein confinement l’an dernier, une aventure qui s’est poursuivie cette année et à laquelle ont participé des milliers de jeunes.

À la mi-mars 2020, lorsque Québec a décrété la fermeture des écoles et deux semaines de « vacances », Mme Allaire ne pouvait se résoudre à « laisser tomber ses élèves ».

Sans rien connaître à la technologie, elle s’est lancée dans la création de capsules vidéo. Après plusieurs essais et erreurs, elle a trouvé comment bricoler son propre tableau lumineux, lui permettant d’enseigner à ses élèves à l’écran comme si elle était dans sa propre classe.

Lorsqu’elle enseigne les paraboles ou les opérations algébriques devant la caméra, Mme Allaire s’adresse directement à ses élèves, qu’elle imagine assis devant elle.

« Ça m’a permis de continuer mon enseignement de la même façon et d’avoir les mêmes frissons. Ç’a été une révélation », lance cette prof de l’école secondaire Rive-Nord, à Bois-des-Filion.

Les capsules ont ensuite été regroupées sur un site web (www.jetaideenmaths.com) et ont été visionnées par des milliers d’élèves. À la fin de l’année dernière, Mme Allaire en avait réalisé une soixantaine.

MÊME EN ÉTÉ

Mais ce n’était qu’un début. Anticipant une autre année difficile, l’enseignante, qui compte 31 ans d’expérience, continue de se filmer derrière son panneau de plexiglas, en plein été.

À la rentrée, les aléas de la pandémie rattrapent rapidement le milieu scolaire. Des élèves doivent être isolés, alors que le reste de leurs camarades de classe sont à l’école.

Mme Allaire continue, les soirs et les fins de semaine, de garnir son site web d’explications vidéo sur les relations métriques, la trigonométrie et les corrélations, afin que ces jeunes puissent poursuivre leurs apprentissages à partir de la maison.

En octobre, le passage à l’enseignement en ligne un jour sur deux la force à multiplier les aller-retour entre la classe et la maison, puisqu’il est difficile d’enseigner en ligne à partir de l’école.

« On avait déjà l’impression d’être en décembre », lance celle qui vient de boucler l’année la plus éprouvante de sa carrière.

DES ÉLÈVES RECONNAISSANTS

Le marathon s’est poursuivi tout au long de l’année scolaire. Entre les nombreux ajustements et la planification de cours à refaire constamment, Mme Allaire a trouvé le temps et l’énergie de réaliser encore plus de capsules vidéo. Son site web en compte maintenant plus de 200.

« Je ne pensais pas qu’après 31 ans, je pouvais modifier tant que ça mes façons d’enseigner et me revirer de bord si rapidement », affirme cette enseignante fière « de ne pas avoir laissé tomber (sa) gang ».

Ses élèves lui en sont reconnaissants, certains ayant même pris goût aux mathématiques grâce au dévouement de leur enseignante.

« Je suis maintenant outillée comme jamais et mes mathématiques de cinquième secondaire se passent à merveille », raconte Amélie de Lafontaine.

Fin de chapitre
Prof 9

En mission pour faire bouger leurs élèves

Caroline Guy et Martin Darveau

Années d'expérience : 26 ans
École : École primaire de Val-des-Ruisseaux
Ville : Laval
Plus beau souvenir de la pandémie : L’enthousiasme des enfants lorsqu’ils sont revenus en classe après deux semaines de confinement

L’enseignante Caroline Guy et son conjoint, le prof d’éducation physique Martin Darveau, ont initié leurs élèves à plusieurs sports d’hiver afin de contrer leur sédentarité, qui est montée en flèche à la suite du premier confinement.

À la rentrée, le couple qui enseigne à l’école primaire de Val-des-Ruisseaux, à Laval, a rapidement constaté que ses élèves étaient devenus très habiles sur les écrans, mais beaucoup moins en forme que l’an dernier. Plusieurs avaient même un surplus de poids.

« On a vraiment vu une différence, c’était flagrant », lance Caroline.

Rapidement, les deux enseignants décident de prévoir plusieurs activités à l’extérieur au cours de l’année « pour leur montrer ce qu’on peut faire pour se remettre en forme ».

Les élèves ont été initiés au patin, au ski de fond et à la raquette, des activités pas toujours faciles à organiser en pleine pandémie.

« Disons qu’attacher 24 paires de patins, sans l’aide de parents bénévoles, c’est moins évident, lance Martin en riant. Mais il faut leur montrer que ça peut être l’fun, de jouer dehors », ajoute-t-il.

Caroline a aussi participé à ces sorties. « Je trouvais que c’était important de m’amuser, moi aussi, avec eux dehors, ç’a créé un beau lien », dit-elle.

L’enthousiasme contagieux de ce couple de profs énergiques a permis de convaincre les enseignants de troisième et quatrième année de lancer l’an prochain un « profil plein air », qui permettra à tous leurs élèves de bouger à l’extérieur deux fois par mois.

« BAPTÊME DU FEU »

Les activités extérieures réalisées avec leurs élèves cette année ont aussi aidé Caroline et Martin à passer à travers l’année scolaire la plus difficile qu’ils ont eu à vivre jusqu’à maintenant.

Caroline a d’ailleurs eu droit à un « baptême du feu », dès la rentrée, lorsque son groupe a dû passer à l’enseignement en ligne, cinq jours après le début des classes.

« Je m’étais [exercée] un peu chez moi, devant l’écran, je me trouvais bien bonne, raconte-t-elle en souriant. Mais avec 24 élèves devant soi, ce n’est pas la même chose. Il faut vraiment être organisé, sinon ils vont t’organiser. »

CAPACITÉ D’ADAPTATION

Nathalie Paré, la mère d’un de ses élèves, a tenu à souligner la grande capacité d’adaptation de cette enseignante. Caroline « a dû faire face du jour au lendemain à l’inconnu et elle l’a fait de façon si calme, si naturelle que les enfants s’y sont habitués et n’en ont pas souffert », raconte-t-elle.

En moins d’une heure, le premier jour d’école en ligne, les pépins techniques étaient réglés et tous les élèves étaient bien branchés.

« C’était stressant, j’avais l’impression que j’étais la première classe du Québec à basculer en ligne, mais on y est arrivé », lance l’enseignante, qui tient à souligner que des milliers d’enseignants ont aussi su relever les mêmes défis avec brio au cours de l’année.

Fin de chapitre
Prof 10

Sa classe fracasse des records de lectures

Marie-Hélène Gignac

Années d'expérience : 20 ans
École : École primaire de l’Apprenti-Sage
Ville : Québec
Plus beau souvenir de la pandémie : Lorsque l’enseignante a fait la lecture à l’écran à ses élèves, qui se branchaient sur une base volontaire tous les jours à 16h, pendant les quatre semaines de cours virtuels en avril.

Marie-Hélène Gignac a décidé en début d’année qu’elle voulait faire vivre à ses élèves l’année scolaire la plus normale possible, malgré la pandémie. Elle y est arrivée haut la main, puisque ce fut même la préférée de plusieurs.

« Ç’a été mon année préférée, parce que mon enseignante a organisé plein d’activités », lance Thomas Dargis, un de ses élèves de cinquième année de l’école de l’Apprenti-Sage, à Québec.

Mme Gignac admet qu’en début d’année, ses craintes étaient pourtant bien réelles. La contrainte des bulles-classes l’empêchait de réaliser plusieurs projets qui lui tenaient à cœur, comme les activités réalisées habituellement en jumelage avec une classe de maternelle.

Il fallait aussi gérer la valse des déplacements dans les corridors, contenir les élèves dans leur zone désignée dans la cour à la récréation, leur rappeler de ne pas oublier leur masque dès qu’ils franchissaient la porte de la classe…

« Ça me faisait un peu peur, relate-t‑elle. Mais je me suis dit : je vais tout faire pour ne pas qu’ils la sentent, la pandémie. »

Mme Gignac a fait le choix de ne « presque pas » parler du virus en classe. Les consignes sanitaires étaient respectées, mais la COVID-19 n’était pas un sujet de conversation, raconte-t-elle.

UNE LECTURE INCONTOURNABLE

L’enseignante, qui adore la littérature, a plutôt permis aux élèves de s’évader des contraintes du quotidien grâce aux albums jeunesse, dont elle adore leur faire la lecture.

Lors des quatre semaines d’enseignement en ligne, Mme Gignac est même allée jusqu’à leur faire la lecture à l’écran, tous les jours après les heures de classe, pour ceux qui voulaient bien se brancher à nouveau. « Ç’a été mes moments préférés de l’enseignement à distance, dit-elle. C’est venu souder quelque chose avec mes élèves. »

Son engouement pour la lecture a été contagieux puisque ses élèves ont fracassé des records lors de la compétition du nombre de livres lus en classe : ses petits protégés ont dévoré plus de 1500 livres cette année. « C’est un record mondial », lance en riant Mme Gignac, qui n’avait jamais atteint de tels sommets auparavant.

APPRENTIS POÈTES

Au cours d’ateliers d’écriture, l’enseignante a même initié ses élèves à la poésie, ce qui a permis à certains d’entre eux de « pondre de petits bijoux », évoque-t-elle.

À ces découvertes littéraires s’ajoutent l’escouade de nettoyage dans la cour de récréation, le recrutement pour une collecte de sang, les projets de science et la reconstitution de la bataille des plaines d’Abraham grandeur nature, autant de projets qui resteront gravés dans la mémoire de plusieurs de ses élèves, cette année, bien avant les contraintes sanitaires imposées par la pandémie.

Fin de chapitre
La prof 2

Le «coach» de français

Jean-Michel Collin

Années d’expérience : 10 ans
École : Académie Saint-Louis
Ville : Québec
Plus beau souvenir de la pandémie : « Lorsque je voyais mes élèves, en vrai, une journée sur deux. Pour moi, c’était un réel plaisir. »

Passionné de sport et de littérature, l’enseignant de français Jean-Michel Collin dirige sa classe comme un coach, réussissant même à faire aimer la poésie et la grammaire à des ados qui ne jurent que par le hockey.

Le moins que l’on puisse constater, c’est que le courant passe entre ce prof, qui a longtemps été entraîneur de soccer, et ses élèves. En particulier avec ceux du groupe 502, presque tous inscrits au programme de hockey-études de l’Académie Saint-Louis, à Québec.

Samuel Clusiau, un élève de cinquième secondaire, adore les blagues et l’humour de son prof de français, qui « gère sa classe comme une équipe de sport », dit-il. Il prend un malin plaisir à agacer les jeunes selon les performances de leurs équipes sportives favorites.

« L’humour en classe, c’est tellement important. Ça apaise, ça change le climat », lance Jean-Michel, qui a l’habitude de commencer ses cours par quelques minutes de « niaiseries » pour détendre l’atmosphère.

« DEUX MINUTES DE SPORT »

Il n’hésite pas non plus à imposer « deux minutes de sport » au beau milieu d’une période de cours virtuel pour permettre à ces jeunes sportifs de se dégourdir avant de se replonger dans l’analyse d’un roman.

Le lien avec les élèves est primordial, ajoute-t-il. « Je pense que ce que j’ai amené du sport, c’est de considérer le jeune avant l’élève ou l’athlète. Je m’intéresse au petit bonhomme dans le costume d’élève », affirme celui qui se définit toutefois comme un prof exigeant, pour qui la rigueur et le travail en classe sont non négociables.

La recette fonctionne, visiblement. Jean-Michel arrive à « nous faire aimer la grammaire, la poésie et les autres trucs de français toujours plates », dit Alexis Vézina, un autre élève du groupe 502.

INITIER DES SPORTIFS À LA POÉSIE

Auteur de romans jeunesse et passionné de littérature, Jean-Michel initie ses élèves à différentes formes de poésie, en leur faisant découvrir « les classiques qui font peur », comme Gaston Miron ou Nelligan, mais aussi Eugène Gillevic et Bizz.

« Quand je leur ai parlé de poésie, je leur ai dit qu’ils allaient aimer ça et ils ne m’ont pas cru, lance-t-il en riant. Je ne pense pas qu’il y en a 100 % qui aiment ça, mais semble-t-il que ça fonctionne pour plusieurs. »

Les oreilles bien branchées sur de la musique qui les allume, les élèves ont même fait quelques séances d’écriture automatique en classe.

« La poésie, il faut que ça parte d’eux, que ça connecte ici », dit Jean-Michel en montrant son cœur.

Ce dernier a été renversé par la qualité de la prose de certains jeunes sportifs.

« J’ai des élèves en or, c’est vraiment un plaisir de travailler avec eux, ajoute l’enseignant. Et le plus beau compliment qu’ils peuvent me faire, c’est lorsqu’ils me disent : “on travaille, mais on ne s’en rend pas compte”. »

Fin de chapitre
La prof 1

Une retraitée se fait le « cadeau » de retourner enseigner

Jocelyne Strouvens

Années d’expérience : 31 ans
École : Collège Jean-de-Brébeuf
Ville : Montréal
Plus beau souvenir de la pandémie : Les 72 filles à qui elle enseigne depuis octobre. « On est vite devenues complices, elles et moi. »

Malgré la pandémie et une retraite déjà bien amorcée, Jocelyne Strouvens est retournée en classe l’automne dernier pour aider à pallier la pénurie de personnel, allant même jusqu’à enseigner à distance lorsque son mari fut hospitalisé en raison de la COVID-19.

Lorsqu’on lui a proposé, en octobre, un remplacement d’un mois en première secondaire, l’enseignante de français s’est dit que cette opportunité tombait à point, finalement. La COVID-19 avait mis un frein à ses projets de retraite et elle se sentait maintenant « fraîche et dispose » pour effectuer ce bref retour en classe, un an et demi après avoir dit au revoir à ses élèves.

De retour au collège Jean-de-Brébeuf, à Montréal, Mme Strouvens est rapidement « tombée sous le charme » de ses deux groupes d’élèves, des jeunes filles « attachantes » et « exemplaires ».

« C’était un cadeau! », lance l’enseignante qui compte une trentaine d’années d’expérience.

D’un mois à l’autre, le remplacement se prolonge. Mme Strouvens accepte de demeurer en poste, après s’être habituée aux contraintes des mesures sanitaires et autres défis imposés par la pandémie.

LA COVID-19 ENTRE EN SCÈNE

En mars, son mari contracte la COVID-19 et doit être hospitalisé. Mme Strouvens, qui est alors en isolement, décide malgré tout de continuer à enseigner à distance à ses deux groupes d’élèves.

« Je n’ai pas vraiment eu d’hésitation », dit-elle. Il lui était de toute façon impossible de rendre visite à son mari à l’hôpital et elle ne voulait pas laisser tomber ses élèves. « Déjà qu’elles ont eu plusieurs remplaçants dans d’autres matières, je trouvais que c’était important de leur assurer une certaine stabilité ».

Pendant quatre semaines, les jeunes filles sont assises en classe, devant un écran géant, alors que Mme Strouvens leur enseigne les règles de grammaire à partir de la maison, parfois interrompue par un appel du médecin l’informant de l’état de santé de son mari.

UN REPÈRE

Cet engagement a tout changé pour plusieurs élèves, qui ont été touchées par le dévouement de leur enseignante de français. « Elle a été notre repère permanent dans une période de grande incertitude », affirme Ana Antonia Iordachescu, une élève de première secondaire.

Mme Strouvens n’y voit de son côté rien d’extraordinaire--- et insiste pour souligner le travail remarquable accompli par des milliers d’enseignants au cours de la dernière année scolaire.

« Les défis technologiques pour une vieille prof ont été plus nombreux cette année, mais on n’en meurt pas. Mes élèves ont sans doute apprécié mon énergie, mon dynamisme et mon côté parfois un peu théâtral, mais tout cela, je le partage avec de nombreux profs. »

Fin de chapitre
Prof 4

Une vraie pro de l’école virtuelle

Karina Villeneuve

Années d'expérience : 25 ans
École : École virtuelle du centre de services scolaire de la Rivière-du-Nord
Plus beau souvenir de la pandémie : « Ma première journée avec mes élèves et leurs parents. Nous étions tous fébriles, intimidés et dans l’incertitude face à l’avenir... on se lançait dans tout une aventure! »

L’enseignante Karina Villeneuve a réussi avec brio cette année à enseigner à lire et à écrire aux élèves de première année de sa classe virtuelle, malgré les contraintes de l’écran.

« J’essaie que ma classe virtuelle ressemble le plus possible à une vraie classe », lance cette prof au rire contagieux, qui compte 26 années d’expérience.

Après avoir combattu un cancer du sein il y a trois ans, Mme Villeneuve a obtenu une exemption lui permettant d’enseigner à l’école virtuelle mise sur pied par le Centre de services scolaire de la Rivière-du-Nord pour les élèves à risque de contracter la COVID-19.

Aucun enseignant ne s’était porté volontaire pour enseigner en première année et Mme Villeneuve a fini par accepter. « Je suis quand même quelqu’un qui adore enseigner et qui aime les défis. J’ai retroussé mes manches », lance celle qui s’est formée à l’enseignement en ligne à coup de tutoriels sur YouTube.

Même si sa classe virtuelle ne comptait que cinq élèves à la rentrée, les défis étaient nombreux. « Je me suis dit: ce que je fais qui est gagnant, je vais le refaire en virtuel », indique celle qui a transformé une pièce de sa maison en véritable salle de classe.

DÉFIS TECHNIQUES

L’enseignante a pu surmonter les défis techniques des premiers jours d’école en ligne grâce à la collaboration des parents, qui sont devenus ses « alliés ».

Pour apprendre aux élèves comment bien tracer leurs lettres, elle s’est aussi équipée d’une caméra qui permet de filmer le mouvement de la main, pour que ses élèves voient bien comment manier leur crayon.

Les travaux faits à la maison sur papier ont été photographiés et envoyés à l’enseignante par les parents et les élèves, qui se sont rapidement familiarisés avec le fonctionnement de leur nouvelle école virtuelle.

L’enseignement à l’écran se déroulant le matin, Mme Villeneuve a eu beaucoup plus de temps que d’habitude en après-midi pour expérimenter de nouvelles méthodes pédagogiques et pour se réinventer. « J’avais le temps et ç’a fait toute la différence », dit-elle.

L’ART DE SE RÉINVENTER

Ses découvertes pédagogiques lui ont permis d’amener ses élèves encore plus loin qu’elle l’avait espéré en début d’année et deviendront des « incontournables » à son retour en classe l’automne prochain.

« La plupart de mes élèves sont rendus plus avancés que ceux qui rentrent en deuxième année habituellement », affirme-t-elle fièrement.

Tout au long de cette année hors de l’ordinaire, l’équipe de cette école primaire virtuelle s’est aussi démenée pour organiser des spectacles, des bingos, un gala méritas et même un beach party virtuel en fin d’année scolaire. « Tout se réinvente, quand on veut », dit Mme Villeneuve.

Cette dernière se réjouit d’avoir pu développer un lien précieux avec ses élèves, même à l’écran. Cette année de pandémie lui aura permis de confirmer « qu’en présence ou à distance, [elle a] l’enseignement à cœur », lance-t-elle.

Fin de chapitre
La prof 3

Un quatuor qui se démarque

Marie Racine Galipeau, Marie-Lou Boulais, Sarah Trooper, Alexandra Lepitre

École : École primaire Saint-Léon
Ville : Cowansville
Plus beau souvenir de la pandémie : La chimie, le partage, la confiance et la résilience qu’elles ont bâti entre elles

Quatre enseignantes ont réinventé leur enseignement en pleine pandémie Il était une fois quatre enseignantes de première année, qui ont appris à travailler ensemble, alors qu’un virus chamboule la planète tout entière. Rien n’a pu arrêter cette « équipe de feu » qui a réussi à se réinventer, malgré la pandémie.

Marie Racine Galipeau, la « doyenne du groupe », enseigne à l’école Saint-Léon de Cowansville depuis neuf ans. Marie-Lou Boulais, «la prof aux 100 millions d’idées», s’est joint à elle l’an dernier comme enseignante de première année.

À la rentrée, Sarah Trooper, « l’organisatrice par excellence », et Alexandra Lepitre, « la colle de l’équipe », les ont rejoint, formant un quatuor d’enseignantes passionnées qui ont eu envie de repartir en neuf, même en sachant que la pandémie leur imposerait de nouvelles règles auxquelles il faudra s’habituer.

«On ne sait pas trop pourquoi, mais on a décidé qu’on voulait faire plein de nouvelles affaires et de nouveaux projets», raconte Marie, qui avoue ne pas être reconnue pour sa grande capacité d’adaptation.

Après avoir suivi en plein été une formation sur de nouvelles méthodes d’enseignement, elles ont plongé tête première à la rentrée : planification d’ateliers d’écriture, lecture interactive, vidéoconférence avec les supers-bibliothécaires scolaires, entrevue avec l’auteur Annie Groovy... la liste est longue.

En se serrant les coudes, elles ont réussi à réinventer leur quotidien en classe, à travers les séances de lavage de mains, les changements de directives et les masques à ajuster derrière les cache-cou.

Chaque semaine, au fil de leurs rencontres « cafés-chocolatines », elles ont confronté leurs idées et se sont réajustées. Elles ont beaucoup ri, mais aussi pleuré. « Ça l’air beau maintenant, mais ça n’a pas été facile tous les jours. Ce qui nous a sauvées, c’est notre attitude en classe et les unes envers les autres », affirme Sarah.

Ce saut dans le vide aura finalement été salutaire pour tous, ajoute Marie. « Ça nous motivait tellement, on voyait tellement les répercussions sur nos minous que j’avais l’impression qu’ils ne la voyaient pas, la pandémie. »

Les quatre « enseignantes de cœur » terminent cette année « pas reposante du tout» en se comptant bien chanceuses d’avoir pu compter les unes sur les autres.

« À vos côtés, je peux affronter n’importe quelle guerre», lance Marie-Lou à ses collègues.

Fin de chapitre