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Noyades au Québec
Encore trop de morts évitables
Les Québécois ne semblent pas avoir retenu la leçon du sommet de noyades atteint l’an dernier.
La triste tendance se poursuit sur les différents plans d’eau de la province.

« Sans faire de jeu de mots, on est sensiblement dans les mêmes eaux que l’année dernière », déplore Raynald Hawkins, directeur général de la Société de sauvetage.

Depuis le début de l’année, le Québec compte au moins 51 morts par noyade, soit 17 de moins que l’an dernier à pareille date, selon le décompte officieux de l’organisme.

La plage du parc national d’Oka, dans les Basses-Laurentides, était bondée le mercredi 4 août dernier. La plage du parc national d’Oka, dans les Basses-Laurentides, était bondée le mercredi 4 août dernier. Photo Agence QMI, Joël Lemay

Cependant, la tragédie impliquant six motoneigistes au Saguenay–Lac-Saint-Jean était comprise dans le bilan de l’an passé, ce qui gonflait le total de décès, rappelle M. Hawkins.

S’il espère encore ne pas atteindre ou dépasser le triste nombre de 95 noyades, il craint que la moyenne de 80 morts par an soit encore dépassée.

À l’aide des rapports d’enquête de coroners, des données colligées par la Société de sauvetage et de témoignages de proches, Le Journal a pu dresser le portrait de ces accidents évitables, mais aussi des solutions mises en place.

Si les circonstances varient, les piscines, les lacs et les rivières restent les endroits les plus meurtriers.

Sur les 52 décès attribuables à des noyades dont les enquêtes étaient complétées pour l’année 2020, 35 ont eu lieu dans ces plans d'eau, selon les documents obtenus par Le Journal.

D'après les données du Bureau du coroner, certaines noyades se déroulent aussi chaque année dans des bains ou des puisards, notamment.

Décès évitables

Tous étaient des décès accidentels qui auraient pu être évités, notamment en portant une veste de flottaison ou en limitant sa consommation d’alcool, constate-t-on en analysant les rapports.

Et cette année encore, tous les éléments sont réunis pour qu’il y ait autant sinon plus de noyades, croit Raynald Hawkins, alors que l’été est loin d’être terminé.

« Il ne s’est jamais vendu autant de piscines résidentielles, autant [d'articles] de sports de pagaies, de motomarines, d’embarcations de plaisance. Combiné avec le fait que les gens passent leurs vacances au Québec et qu’il fait beau et chaud, ça augmente la probabilité d’avoir des accidents de ce genre », prévient celui qui est à la tête de la Société de sauvetage depuis 31 ans.

Seuls et sans veste

Dans près de la moitié des noyades repertoriées par l'organisme, les défunts étaient seuls et n'avaient donc personne pour les aider à proximité.

Souvent, ils ne portaient pas non plus leur veste de flottaison.

Un homme a sombré dans les eaux alors qu'il se baignait à la plage nature du Cap-Saint-Jacques le 25 juillet 2020. Photo d'archives, Agence QMI

« Les gens ne la portent pas parce que ce n’est pas obligatoire ! Quand on est dans une voiture décapotable sur une belle route de campagne, on porte sa ceinture de sécurité. Ça devrait être la même chose pour les vestes de flottaison », pense M. Hawkins.

L’année dernière a aussi été particulièrement meurtrière du côté des enfants de moins de 14 ans, avec 12 décès.

Il s’agit du pire bilan depuis 2012, où neuf enfants avaient perdu la vie.

Selon Liane Fransblow, coordonnatrice de la traumatologie au programme de prévention des blessures à l’Hôpital de Montréal pour enfants, ce chiffre est probablement dû au manque d’attention et de supervision, particulièrement avec le télétravail.

Comme elle, M. Hawkins soutient que l’annulation des cours de natation empêche les enfants d’avoir des connaissances de base pour éviter la noyade.

Une certaine amélioration

Malgré tout, M. Hawkins constate que les citoyens sont de plus en plus attentifs aux risques de noyade et se réjouit de voir que son travail porte ses fruits.

« Quand j’ai commencé, en 1985, on avait 200 décès liés à l’eau par année au Québec. Là, on est rendu avec une moyenne de 80, alors qu’on a plus de piscines résidentielles, plus d’accès à l’eau et plus d’activités nautiques », estime-t-il.

Profil de la noyade au Québec

L'été dernier a été particulièrement meurtrier sur les cours d'eau du Québec et la triste tendance se poursuit. Avec la pandémie, les Québécois ont été plus nombreux à profiter des cours d'eau de la Belle Province, que ce soit pour s'y baigner, pêcher, ou pratiquer des activités nautiques. Ce sont d'ailleurs ces dernières qui sont responsables du plus grand nombre de décès, principalement dû au fait que les plaisanciers nr portent pas leur gilet de sauvetage ou leur veste de flottaison, croît Raynald Hawkins, directeur général de la société de sauvetage.

 

Décès depuis 2011

* En date du 3 août 2021

Sexe des victimes

2020

2021

Âge des victimes
2020
2021
Aînés (70 ans et plus)
Adultes (40 à 69 ans)
Jeunes adultes (15 à 39 ans)
Enfants (15 ans et moins)
Âge inconnu
Lieu des noyades
Rivière/Ruisseau/Fleuve Rivière-ruisseau-fleuve
52% 2020
63% 2021
Lac/Étang Lac/Étang
37% 2020
33% 2021
Piscine Piscine
11% 2020
4% 2021
Activité pratiquée lors de la noyade
Activité nautique (kayak, navigation) Activité Nautique (kayak, navigation)
23% 2020
33% 2021
Baignade Baignade
17% 2020
11% 2021
Pêche Pêche
10% 2020
16% 2021

Pour qu’elle ne soit pas morte en vain

Les parents d’une fillette morte noyée l’été dernier constatent que les efforts de sensibilisation qu’ils font portent des fruits, mais souhaitent surtout que des cours de natation soient offerts gratuitement à tous les enfants.

Marie-Pier Lévesque et Christian Kaiser tentent de donner un sens à la mort tragique de leur petite fille en sensibilisant les citoyens aux noyades accidentelles. Frédérique, 3 ans, a sombré dans la piscine familiale de Noyan, en Montérégie, après avoir échappé au regard de ses parents pendant un court instant, le 4 juillet 2020. Photo Agence QMI, Toma Iczkovits

« Deux-trois semaines après l’accident, j’ai remarqué que des piscines aux alentours de chez nous avaient de nouvelles clôtures. J’ai vu aussi des gens se rendre compte que c’est quelque chose qui n’arrive pas seulement aux autres », rapporte Christian Kaiser, papa de la petite Frédérique, décédée l’été dernier.

Le 4 juillet 2020, la fillette de 3 ans qui avait été surnommée « Fredou » a échappé au regard de ses parents, à Noyan, en Montérégie, pendant seulement quelques secondes.

Il n’a fallu que ce court laps de temps pour que l’enfant soit retrouvée inanimée dans la piscine qui venait tout juste d’être installée, peut-on lire dans le rapport du coroner, le Dr André-H. Dandavino, publié en mai dernier.

Cicatrice toujours présente

« C’est une cicatrice qui ne guérira jamais, il va falloir qu’on vive avec ça pour le restant de notre vie. Perdre un enfant, c’est quelque chose qu’on ne devrait jamais vivre. Aujourd’hui, c’est quelque chose que l’on doit affronter du matin au soir », laisse tomber Marie-Pier Lévesque, la mère de Frédérique.

« Perdre un enfant c’est quelque chose qu’on ne devrait jamais vivre. »- Mme Lévesque

Depuis la mort de la plus jeune de leurs quatre enfants, Christian Kaiser et Marie-Pier Lévesque essaient de donner un sens à la tragédie qu’ils ont vécue en sensibilisant les Québécois aux noyades.

« Il faut être tout le temps vigilant ! Il faut arrêter de croire qu’une noyade se passe comme dans les films, que ce soit un enfant ou un adulte: ils ne crient pas et tu ne les entends pas se débattre, c’est silencieux et ça peut être très rapide », prévient M. Kaiser, qui a perdu son « rayon de soleil ».

Mme Lévesque espère de son côté que le récit de leur histoire et de celle de leur fille peut sensibiliser la population, même si cela reste une épreuve.

« Tous les jours, on a des souvenirs d’elle, nos trois enfants nous parlent toujours de Frédérique. Même si elle n’est plus là avec nous, on la voit partout sur notre ferme. On ne pourra jamais l’oublier », confie Mme Lévesque.

Sensibiliser les autres

La jeune Fredou continue d'ailleurs de toucher les gens puisque son histoire en a incité plusieurs à faire plus attention et à mieux s’équiper pour éviter un tel drame, pense le couple qui dit avoir reçu beaucoup de messages de citoyens.

Mais les deux parents estiment qu’il faut en faire plus encore que simplement bien sécuriser les piscines résidentielles pour prévenir ces accidents évitables.

Cours de natation

« Au Québec, il y a des cours d’eau partout ! Que ce soit des rivières, des lacs ou des piscines. Il faut que l’on apprenne à nager gratuitement aux enfants, et ce, dès le plus jeune âge. »- Mme Lévesque

Cela passe notamment par la reprise des cours de natation et du programme « Nager pour survivre » de la Société de sauvetage pour les élèves du primaire et du secondaire, croient-ils.

Son conjoint pense également qu’il faut que le gouvernement fasse un effort supplémentaire pour améliorer le bilan des noyades dans la province.

« Dans les années 2000, le travail qui a été fait pour l’alcool au volant a été beaucoup plus important. On en entendait beaucoup plus parler à la télé ou à la radio, contrairement à ce qui est fait en ce moment pour la prévention des noyades », déplore M. Kaiser.

Forte demande de clôtures de piscine

Les constructeurs de clôtures constatent une très forte augmentation de la demande, principalement à cause des risques de noyade, de la pandémie et des nouvelles normes pour les piscines résidentielles.

La demande pour la construction de clôtures autour des piscines résidentielles a augmenté d’environ 30 % cette année chez Clôture de piscine Enfant Sécure, à Lavaltrie. Sur la photo, de gauche à droite : la présidente Mélanie Charette,  le vice-président Pascal Bruneau et l'adjointe Chantal Mailloux. Photo Martin Alarie La demande pour la construction de clôtures autour des piscines résidentielles a augmenté d’environ 30 % cette année chez Clôture de piscine Enfant Sécure, à Lavaltrie. Sur la photo, de gauche à droite : la présidente Mélanie Charette, le vice-président Pascal Bruneau et l'adjointe Chantal Mailloux. Photo Martin Alarie

« Ça a été une saison vraiment folle! Habituellement, elle commence vers la mi-mars, mais cette année, dès janvier on avait beaucoup de demandes par courriel », explique Pascal Bruneau, vice-président chez Clôture de piscine Enfant Sécure, à Lavaltrie, dans Lanaudière.

Selon lui, la pandémie a poussé les citoyens à faire l’acquisition d’une piscine, les obligeant donc à faire installer une clôture tout autour. Avec le télétravail et l’exode des citadins vers la banlieue, les contrats aussi se sont accumulés.

« Il y a beaucoup de jeunes familles qui ont fait l’acquisition de maisons sur la Rive-Sud ou la Rive-Nord de Montréal par exemple, alors ils voulaient faire clôturer leur piscine. » - Pascal Bruneau.

Chez Clôture Therrien, à Québec, la frénésie est due au fait que les citoyens voulaient avoir un cocon sécuritaire, indique-t-on.

Éric Caron, propriétaire de l’entreprise Clôture Actuel, à Longueuil, note aussi une augmentation de la demande depuis l’an dernier.

Pour tout le monde

« Avant, c’étaient surtout les grands--parents qui faisaient clôturer pour leurs petits-enfants, mais maintenant, c’est vraiment tout le monde, même ceux qui avaient des droits acquis », soutient-il.

Selon plusieurs entrepreneurs, la demande a augmenté de 30 à 35 % par rapport à l’année précédente.

« On s’attendait à avoir 10 % à 15 % d’augmentation et finalement c’est le double de ce qu’on pensait », mentionne Pascal Bruneau.

Mais la pandémie a aussi apporté son lot d’incidence sur la disponibilité des matériaux.

M. Bruneau estime avoir eu deux semaines de rupture de stock, mais que tout est maintenant rentré dans l’ordre. Du côté de Clôture Therrien, on abonde dans le même sens.

Pénuries de matériaux

« On a eu des pénuries avec le bois, l’acier ou le béton. On a aussi eu de la difficulté à s’approvisionner parce que beaucoup de matières viennent de l’étranger. Ça a été notre défi cette année », indique-t-on.

Dernièrement, les entrepreneurs reçoivent également beaucoup d’appels pour se préparer à rendre les piscines conformes aux changements de réglementation qui s’en viennent en juillet 2023.

« Pour le moment, on commence à se renseigner. Ils nous appellent beaucoup pour avoir de l’information et demandent des soumissions », décrit M. Bruneau qui se prépare à avoir plus de demandes dans les prochaines semaines.

Un pas de plus pour sécuriser les piscines

Piscine Jarry du Parc Jarry, à Montréal, jeudi le 5 août 2021. Photo Agence QMI, Joel Lemay.

Pour éviter les noyades, le gouvernement provincial a retiré leur droit acquis à tous les propriétaires de pisicines, ce qui les obligera à installer des clôtures autour de celles-ci avant 2023.

En mai dernier, le gouvernement du Québec a annoncé un resserrement des mesures du Règlement sur la sécurité des piscines résidentielles.

Désormais, les propriétaires de piscines construites avant novembre 2010 n’auront plus le droit acquis de ne pas avoir de clôture et devront en faire poser une avant le 1er juillet 2023.

Recommandé par les coroners

Cette mesure avait été recommandée par plusieurs coroners au fil des ans, dont Me Stéphanie Gamache après le décès du petit Jérémy Thétrault, 2 ans et 10 mois, en avril 2020.

Pour Marie-Pier Lévesque, maman de la petite Frédérique Kaiser, qui est décédée d’une noyade l’été dernier à seulement 3 ans, il était temps que Québec serre la vis.

« Le Québec est plein de lacs et de rivières, on ne pourra jamais surveiller tous les cours d’eau. Alors, commencer avec un petit pas sur les terrains privés, il fallait le faire », affirme-t-elle.

Liane Fransblow, coordonnatrice de la traumatologie au programme de prévention des blessures à l’Hôpital de Montréal pour enfants, abonde dans le même sens.

« C’est très important parce que ça va permettre d’enlever un accès facile aux piscines. On a eu des cas d’enfants qui jouaient dans la cour et qui sont tombés dans la piscine parce qu’il n’y avait pas de protection autour », note-t-elle.

Constante surveillance

Cependant, pour Mme Fransblow, rien ne remplace la vigilance lorsque les enfants sont près ou dans l’eau.

« Il ne faut jamais quitter les enfants des yeux quand ils jouent, particulièrement quand il y a plusieurs adultes. Il faut désigner une personne qui ne s’occupe que de regarder les enfants, sans distraction, sans téléphone et sans discussion », explique-t-elle.

Christian Kaiser, père de la petite Frédérique, lance d'ailleurs ce cri du cœur : « Une noyade, ça ne prend que quelques secondes », résume-t-il.

Pour M. Kaiser, il faut aussi se méfier des gadgets qui peuvent alerter, par exemple, si quelqu’un ou quelque chose tombe dans l’eau.

« La réalité de ces choses-là, c’est que ça donne un faux sentiment de sécurité parce que quand on est dans la piscine on retire souvent les bracelets des enfants », croit-il.

Une veste de sauvetage oubliée

La fille d’un pêcheur décédé dans un accident bête, l’été dernier, souhaite que sa mort serve à rappeler l’importance cruciale du port de la veste de sauvetage.

Vicky Pelletier est toujours sous le choc, un an après le décès de son père Paul-Yvon, que l’on voit ici en photo en train de faire ce qu’il aimait le plus au monde : pêcher. Photo Didier Debusschère

« S’il avait eu sa mausus [de] veste de sauvetage ce jour-là, il serait encore en vie », insiste Vicky Pelletier, la gorge nouée.

Et pourtant, son père Paul-Yvon Pelletier était reconnu pour être très à cheval sur la sécurité sur l’eau. Jamais, il n’allait pêcher sans sa veste de flottaison, assurent ses proches.

« Quand on allait pêcher avec lui, il ne nous laissait même pas embarquer dans sa chaloupe si on n’avait pas notre veste sur le dos », se souvient sa fille unique, qui demeure dans la région de Québec.

Sauf que le 4 juillet 2020, Paul-Yvon Pelletier--- avait laissé par mégarde sa veste chez lui, à Lévis.

Oubli fatal

En arrivant au chalet familial à Saint-Pamphile, près de Montmagny, il a tout de même décidé de partir pêcher seul sur la Grande rivière Noire, considérant qu’il ne risquait pas grand-chose par une pareille journée de beau temps.

Qui plus est, le retraité de 71 ans connaissait ce cours d’eau comme le fond de sa poche, lui qui y pêchait régulièrement depuis sa tendre enfance.

« Tous les gens autour du chalet avaient une veste et ils auraient pu très bien lui en passer une. Mais il était trop orgueilleux pour leur demander » - Vicky Pelletier

« Tous les gens autour du chalet avaient une veste et ils auraient pu très bien lui en passer une. Mais il était trop orgueilleux pour leur demander », relate Vicky Pelletier, partagée entre tristesse et colère lorsqu’elle repasse le fil des événements dans sa tête.

Car ce jour-là, la rivière n’était pas exactement la même que d’habitude.

Depuis la dernière partie de pêche de M. Pelletier, un câble d’acier avait été installé sous l’eau, et tout indique qu’il a accroché sa ligne sur ce fil.

Selon le rapport du coroner, c’est ce qui l’aurait fait trébucher dans la rivière, alors qu’il ne savait pas très bien nager.

Lorsqu’il a été retrouvé par des passants, son corps était submergé sous deux mètres d’eau et il était déjà trop tard.

Inconsolables

« Il faut que les gens arrêtent de penser qu’ils sont invincibles », implore sa fille, qui a dû arrêter de travailler quelques mois pour épauler sa mère après la tragédie.

« Il faut que les gens arrêtent de penser qu’ils sont invincibles » - Vicky Pelletier

Certes, son père est mort en faisant ce qu’il aimait le plus au monde, mais la douleur reste vive pour la famille.

Paul-Yvon Pelletier n’aura pas eu le temps d’assister au mariage de sa petite-fille l’été dernier ni à la naissance de son troisième arrière-petit-enfant.

Cet électricien de profession laisse aussi dans le deuil plusieurs amis, qui se souviendront d’une personne extrêmement sociable et à la générosité sans bornes.

« Je vis à côté d’une rivière et je vois plein de gens qui n’ont pas leur veste. Ça me choque, car ils ne savent pas comment ça peut chambouler la vie de tout le monde, une noyade », laisse tomber Vicky Pelletier, peinant à retenir ses larmes.

Selon des statistiques de la Société de sauvetage du Québec, 31 personnes se sont noyées l’an dernier au Québec en pratiquant un sport nautique. De ce nombre, à peine quatre portaient leur veste de sauvetage correctement.

L’alcool et l'absence de gilet de flottaison ne font pas bon ménage

L’alcool et l’absence de gilet de sauvetage restent les deux principaux facteurs aggravants pour les noyades, déplorent policiers et pompiers, qui ne ménagent aucun effort pour faire changer les mauvaises habitudes.

La patrouille nautique de la Sûreté du Québec faisait des vérifications, le 11 juin dernier, sur le fleuve Saint-Laurent, à Longueuil. Photo Agence QMI, Joël Lemay

« En paddleboard et en canot, il n’y a environ que 50 % des gens qui portent leur veste. En bateau, ça doit être à peine 25 % », constate avec stupéfaction Frédéric Brière, chef aux opérations de la Régie du Service de sécurité incendie de la vallée de la Rouge, dans les Laurentides.

Depuis le début de l’été, les pompiers de ce service incendie arpentent tous les plans d’eau de leur territoire pour sensibiliser les plaisanciers à l’importance de la veste de sauvetage à bord.

Lancé pour faire face à l’afflux de visiteurs sur les lacs et les rivières depuis l’an dernier, ce projet est très bien reçu par la population, mais l’effet risque de se faire sentir seulement dans quelques années, avancent les pompiers.

« C’est des mœurs à changer. La veste de flottaison, ça doit devenir comme la ceinture de sécurité. Avant, il y avait toujours un grand-père qui ne portait pas sa ceinture, mais aujourd’hui c’est devenu un automatisme », plaide M. Brière.

Alcool à bord

Les policiers ont eux aussi à l’œil les plans d’eau depuis le début de la saison estivale. Et ils ont remarqué non seulement que le port de la veste est négligé, mais que la consommation d’alcool à bord des embarcations est également problématique.

« Quelqu’un qui chuterait d’un bateau en état d’ébriété et sans veste a beaucoup plus de [risques] de se noyer »- Sergente Ann Mathieu, porte-parole de la Sûreté du Québec.

Et pour cause, on estime que l’alcool est à l’origine de 40 % des accidents impliquant au moins une embarcation.

Parmi l’ensemble des victimes de noyades survenues sur un plan d’eau l’an dernier, au moins sept d’entre elles avaient consommé de l’alcool ou de la drogue de manière importante avant le drame.

Pourtant, contrairement à n’importe quel autre mode de transport, la loi permet de boire de l’alcool sur un bateau, que l’on soit passager ou conducteur.

« On peut boire, mais on ne peut pas conduire et être en état d’ébriété. La limite est la même que les automobilistes, et le Code criminel s’applique pour les récalcitrants », prévient la sergente Mathieu.

Une loi qui manque de mordant

Les plongeurs de la Sûreté du Québec mènent des recherches sur la rivière Richelieu, à Saint-Marc-sur-Richelieu, pour retrouver le corps d’un homme de 32 ans tombé dans le cours d’eau la veille lors d’une fête sur un ponton, en Montérégie, le mardi 25 mai 2021. Photo d'archives, Agence QMI

Quant à la veste de flottaison, la loi n’oblige pas le port de la veste sur soi, mais seulement de l’avoir quelque part dans l’embarcation.

Pour Raynald Hawkins, directeur général de la Société de sauvetage du Québec, la législation actuelle manque clairement de mordant.

« Le port de la veste de flottaison devrait être obligatoire, à tout le moins pour les embarcations de moins de six mètres. Ça exclut les grands voiliers, mais ça inclut les pontons », réclame-t-il.

Aucun coroner ayant enquêté sur la dizaine de noyades impliquant l'absence d'équipement de flottaison n'ont recommandé de modification à la loi.

Explosion des ventes de vestes de flottaison

Emmanuel Prinet. Photo d'archives, Agence QMI

L’engouement pour le nautisme durant la pandémie a bondi au point où plusieurs commerces se sont retrouvés avec une pénurie de vestes de sauvetage et de flottaison.

« Pour les vestes de flottaison, en gros, les ventes et la demande ont augmenté d’environ 50 % par rapport à l’année dernière, mais il faut savoir que l’année dernière, il y avait des ruptures de stock à cause des difficultés d’approvisionnement », note Emmanuel Prinet, analyste principal de l’allocation et du réapprovisionnement pour l’entreprise de vente d’équipement de plein air, MEC.

Pour les chiens

La compagnie a tout de même constaté que la demande avait augmenté de près de 30 % par rapport à 2019.

« Les vestes de flottaison, c’est le département qui croît le plus rapidement dans notre département d’activité nautique. On constate une réelle demande pour ce genre de produit, que ce soit pour les adultes, les enfants ou même les chiens », soutient M. Prinet.

Chez Kayak Junky, une boutique de plein air située à Mascouche---, dans Lanaudière, c’est le même constat.

« Les vestes de sauvetage ont été pas mal en rupture de stock chez nous, même si on en recevait des quantités incroyables par rapport aux autres années. Dès qu’on en avait, ça partait, et on en a aussi envoyé partout dans le Canada », explique le président de l’entreprise, Jean-François Haman.

Pour Raynald Hawkins, directeur général de la Société de sauvetage, ces ventes ne sont pas surprenantes puisque les citoyens sont obligés par la loi d’avoir des vestes de sauvetage à portée de main lorsqu’ils sont sur une embarcation.

« Le problème, c’est que beaucoup ne portent pas leur veste, et quand ils tombent à l’eau, il est rendu trop tard », précise-t-il.

Manque de matières premières

Comme beaucoup d’entreprises, les magasins de plein air se sont heurtés à des difficultés à s’approvisionner durant la pandémie. Les matières premières étaient en rupture de stock.

« Les vestes de sauvetage, ça a été un des [articles] les plus difficiles à obtenir cette année. Certains fabricants annonçaient un manque de matières premières, donc ça s’arrachait ces matières », mentionne M. Haman.

Mais c’est aussi en raison du manque de place dans les conteneurs qui viennent de Chine, à cause de la COVID-19, que les livraisons sont moins nombreuses, constate-t-on chez Dépôt Plein Air, à Montréal.

« Toutes les livraisons ont été retardées, parce que tous les matériaux sont fabriqués en Chine, puis assemblés au Canada. Si les livraisons de Chine prennent du retard, ça ralentit la chaîne de production », explique-t-on.

Causes variables, solutions simples

Les causes des nombreuses noyades des deux dernières années sont diverses. Voici quelques pistes pour tenter d’expliquer le nombre élevé de ces morts évitables.

Raynald Hawkins, Directeur général de la Société de Sauvetage du Québec. Photo Agence QMI, Joël Lemay

Des cours de natation réclamés

À cause de la pandémie, les élèves du primaire et du secondaire n’ont pu suivre les cours de natation et du programme de sécurité. « Depuis plus de 15 mois, on n’a pas pu déployer le programme “Nager pour survivre”, donc les enfants et adolescents sont plus à risque, ils ne sont pas conscientisés aux règles de sécurité aquatique ou nautique », regrette Raynald Hawkins, directeur général de la Société de sauvetage.

À son avis, il faut absolument que les cours de natation reprennent rapidement et ils devraient être obligatoires dans les écoles.

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Dix noyades dans un bain en 2020

En 2020, 10 noyades ont eu lieu dans un bain, et ce sont principalement des personnes aînées qui sont victimes de ces accidents, d’après les données du Bureau du coroner compilées par Le Journal.

Sur les 10 décès, huit personnes avaient de 60 à 90 ans. Selon Manon Guay, chercheuse et professeure à l’Université de Sherbrooke, les principales causes de ces décès sont des problèmes cardiaques, des chutes ou la consommation d’alcool. Elle souhaite que les aînés s’équipent de dispositifs d’appel d’urgence pour avoir rapidement de l’aide lorsque nécessaire.

Pour prévenir les chutes, les aides techniques comme des barres d’appui devraient être rendues obligatoires dans le Code du bâtiment pour que les personnes aînées ne se sentent pas stigmatisées lorsqu’ils en ont. « En plus, ces barres peuvent servir à tout le monde. C’est un peu comme les poteaux dans le métro qui sont là pour nous aider », explique-t-elle.

Les hommes plus téméraires...
et souvent en état d'ébriété

Selon les données de la Société de sauvetage, ce sont principalement les hommes adultes qui décèdent d’une noyade.

En 2020, ils représentaient près de 77 % des décès dans les cours d’eau et, en 2021, ils comptent pour près de 88 % jusqu'à maintenant.

Pour Raynald Hawkins, directeur général de la Société de sauvetage, si les hommes sont tellement représentés, c’est surtout parce qu’ils surestiment leur capacité à savoir nager, sont plus téméraires et ont, quatre fois sur 10, le facteur de l’alcool en plus.

Selon M. Hawkins, il faudrait continuer de diffuser des messages de prévention et de sensibilisation qui les visent plus.

Le corps d'un homme qui est tombé dans la chute des Galets à Pont-Rouge a été repêché le 10 mai 2021. Photo d'archives, Agence QMI

Manque criant de sauveteurs

En plus d’avoir du mal à recruter des sauveteurs, de moins en moins de jeunes s’inscrivent pour suivre des formations de sauveteur.

« Statistiquement parlant, c’est 50 % de moins de personnes pour la formation de 1er niveau. En 2019, j’avais 5500 jeunes de 13 à 14 ans qui commençaient leur premier niveau de certification en sauvetage, et l’année dernière, j’en ai eu 2400 », déplore Raynald Hawkins, directeur général de la Société de sauvetage.

Avec son organisation, il travaille à trouver des solutions pour rendre le métier plus attractif, plus valorisant et pour retenir les sauveteurs. Il pense également à inciter les personnes plus âgées à venir garnir les rangs.

Les sauveteurs, comme cette jeune femme photographiée la semaine dernière à la plage d'Oka, dans les Basses-Laurentides, se font de plus en plus rares, au Québec. Photo Agence QMI, Joël Lemay

Il a secouru une fillette de la noyade grâce à la RCR

Un homme de Mirabel a pu ramener à la vie une fillette de cinq ans le mois dernier en se remémorant les trucs de RCR qu’il maîtrise depuis sa jeunesse, lorsqu’il travaillait comme premier répondant dans des festivals et des événements sportifs.

Martin Vanier, un père de famille de 44 ans de Mirabel, a sauvé une fillette de 5 ans le mois dernier, au Complexe Atlantide dans Lanaudière. Photo Agence QMI, Martin Alarie

« Du moment que tu pousses et que tu souffles, c’est correct. L’important, c’est que le sang circule et que le cœur pompe », résume avec humilité Martin Vanier.

Reste que s’il n’avait pas été dans la piscine du Complexe Atlantide le 10 juillet dernier, la fillette n’aurait peut-être pas eu autant de chance. D’autant que, comme le rapportait Le Journal trois jours plus tard, le parc aquatique de Saint-Calixte était bondé et plusieurs parents se plaignaient du manque de sauveteurs.

« Quand on l’a sortie de l’eau, elle était grise et elle avait les lèvres bleues. Elle ne respirait plus et il n’y avait aucun pouls », se souvient M. Vanier, qui passait jusque-là du bon du temps dans l’eau avec sa petite famille.

Adrénaline

Son état d’esprit a aussitôt complètement changé et l’adrénaline a pris le dessus. Faisant fi des cris d’effroi que poussait la mère de la fillette et des regards consternés des gens qui regardaient la scène, il a amorcé les manœuvres de réanimation.

Pendant dix longues minutes, il a poussé sans arrêt sur le thorax de l’enfant, épaulé par les sauveteurs, mais également par une médecin et deux infirmières qui étaient, elles aussi, là au bon moment.

L’une d’elles a voulu lui faire le bouche-à-bouche, mais la jeune fille avait la mâchoire complètement fermée. C’est M. Vanier qui a pu écarter ses dents afin que l’on puisse souffler.

« C’est fou la force que l’adrénaline peut donner. J’étais à quatre pattes sur l’asphalte et je n’ai jamais ressenti la douleur. Le lendemain, j’avais deux énormes ronds sur les genoux »- Martin Vanier

Dans le cadre de son travail en tant que technicien chez Bell Canada, M. Vanier a eu de nouveau à suivre des formations de RCR dans les dernières années.

« C’est sûr qu’avoir une base en RCR, ça aide à avoir confiance en soi », reconnaît l’homme de 44 ans, qui a déjà secouru un collègue qui s’était retrouvé coincé sous un morceau de béton.

Ne Jamais perdre espoir

Encore une fois le mois dernier, il a fait preuve d’héroïsme et la petite a fini par reprendre ses esprits une première fois.

Elle a alors été déplacée sur le côté afin qu’elle puisse recracher toute l’eau qu’elle avait avalée. Mais rapidement, l’enfant a de nouveau perdu conscience.

Loin de se décourager, les bons samaritains ont poursuivi leurs manœuvres et à l’arrivée des paramédics, elle a éclaté en sanglots, signe qu’elle était enfin saine et sauve.

« Quand tu es dans l’action, tu ne saisis pas la gravité. Mais quand ça a passé, je me suis mis à pleurer, surtout qu’elle avait le même âge à peu près que mes enfants », confie Martin Vanier, toujours très ému.

Une formation qui peut sauver des vies

Un adolescent est mort noyé dans la piscine publique du Marché Maisonneuve à Montréal, vers 4 h 30, le samedi 17 juillet 2021. Photo d'archives, Agence QMI

Les secouristes rappellent que chaque seconde compte quand vient le temps de sauver quelqu’un et ils insistent pour dire que connaître la RCR peut faire la différence.

« Allez suivre une formation RCR, c’est tellement important ! » implore Stéphane Smith, porte-parole d’Urgences-santé.

Certes, tout le monde est en mesure de faire des compressions thoraciques sur un corps inerte. Mais suivre le cours de quatre heures sur la technique RCR est un gros plus pour ne pas perdre ses moyens dans le feu de l’action, avance Sylvie Santerre, de la Croix-Rouge canadienne.

« Ce n’est pas quelque chose qui peut s’enseigner au téléphone. Les gens qui n’ont pas pratiqué sur un mannequin ont tendance à figer quand une situation très stressante se présente », observe cette experte en secourisme.

Plus que le bouche-à-bouche

Au programme de plusieurs écoles secondaires, la réanimation cardiorespiratoire (RCR) consiste essentiellement à donner 30 compressions sur le thorax à intervalles réguliers, avant de souffler deux fois dans la bouche de la personne à qui on vient en assistance. Tant que cette dernière n’aura pas recommencé à respirer d’elle-même, il est fortement recommandé de faire et refaire ce protocole jusqu’à ce que les paramédics arrivent.

« Souvent les gens ont peur de briser les côtes en faisant des compressions, mais il faut se raisonner en se disant qu’il ne peut rien arriver de pire », poursuit Mme Santerre.

Elle fait savoir aussi que le bouche-à-bouche est facultatif, si on ne connaît pas la personne à qui on vient en aide.

« L’important, c’est de tenter quelque chose avant que les secours arrivent », martèle Stéphane Smith d’Urgences-santé.

Le temps presse

Selon M. Smith, les chances de survie en cas de noyade baissent de 10 % chaque minute où la victime est inconsciente. On dit aussi que les risques de dommages permanents au cerveau commencent après 4 minutes d’arrêt respiratoire.

Par conséquent, la CNESSST oblige au moins 5 % des employés dans un milieu de travail à suivre une formation RCR et à mettre à jour leurs connaissances tous les trois ans. Sylvie Santerre et Stéphane Smith rappellent toutefois qu’il est toujours possible de suivre ce cours de sa propre initiative.

« En tant que maman, j’aimerais toujours que la personne à côté de moi sache quoi faire dans ce genre de situation », glisse-t-elle.

Baigneurs téméraires en manque de plage à Montréal

Des groupes réclament haut et fort l’aménagement de plus de plages autour de Montréal, sans quoi les gens continueront d’aller se baigner dans des endroits qui ne sont pas sécuritaires.

Les chutes Wilson, à Saint-Jérôme, où des gens se trempaient les pieds dimanche. Photo Martin alarie et d'archives, Chantal Poirier

« Les gens vont se baigner dans des rapides, y compris des familles, et c’est très dangereux. On pourrait contrer tout ça s’il y avait une plage digne de ce nom », martèle Pierre-Paul Sénéchal, président du GIRAM, un organisme qui milite entre autres pour un meilleur accès à l’eau.

Les chutes Darwin, à Rawdon, dans Lanaudière, et les chutes Wilson, à Saint-Jérôme, dans les Laurentides, ont longtemps été deux endroits prisés à moins d’une heure de route de la métropole.

Certes, quelques petits points d’eau existent ici et là à Montréal, comme la plage de Verdun ou encore celle du Cap Saint-Jacques.

En mai, la plage du Cap Saint-Jacques, à Montréal, était fermée, mais les baigneurs l'ont pris d'assaut. Photo Martin Alarie et d'archives, Chantal Poirier

Mais selon M. Sénéchal, la seule plage « digne de ce nom » se trouve dans le parc national d'Oka, à une heure du centre-ville.

« C’est largement insuffisant pour une agglomération de 4 millions de personnes, maintient-il. Ce n’est pas pour rien que les gens partent dans le Maine [aux États-Unis]. Si on avait plus de plages, on pourrait plus retenir nos touristes. »

Une piscine dans le fleuve

La Fondation Rivières abonde dans le même sens et en profite pour revenir à la charge avec le projet de piscine flottante sur le fleuve, à la hauteur le Vieux-Port, quitte à déplacer la marina qui s’y trouve présentement. « Il y a aussi le site de Bellerive, dans le secteur de Tétreauville, [à Montréal], qui pourrait être intéressant », renchérit Christian Généreux---, responsable de la mobilisation à la fondation.

M. Généreux fait de l’ajout d’espaces de baignade surveillée dans la métropole une question de sécurité, mais aussi un enjeu environnemental.

« En ce moment, il y a beaucoup de gens qui vont se baigner n’importe où et qui laissent leurs déchets parce que ce n’est pas surveillé » - Christian Généreux

« En ce moment, il y a beaucoup de gens qui vont se baigner n’importe où et qui laissent leurs déchets parce que ce n’est pas surveillé », dénonce-t-il, avant de préciser que l’eau à Montréal est beaucoup plus propre qu’on ne le croit. L’aménagement de plages en bonne et due forme n’est donc pas du tout farfelu, poursuit-il.

À l’Hôtel de Ville, l’administration de Valérie Plante entend bien ces arguments et croit aussi que les Montréalais méritent d’avoir accès à plus de plans d’eau, surtout que les canicules pourraient devenir beaucoup plus fréquentes avec les changements climatiques.

On souligne d’ailleurs que deux projets ont été mis en branle, dans les arrondissements de Lachine et Rivière-Des-Prairies, mais aucune date d’ouverture n’est avancée pour l’heure.

Moins que Toronto et Vancouver

« Il faut y aller par étape avant d’aller de l’avant. Il faut penser au trafic maritime, au niveau de contamination, à l’impact sur la biodiversité aussi », a énuméré Robert Beaudry, responsable des grands parcs au comité exécutif.

Bien qu’elle soit entourée d’eau, Montréal est largement moins bien desservie pour la baignade que les deux autres grandes villes canadiennes, Toronto et Vancouver, qui disposent toutes les deux de plusieurs plages à proximité de leur centre-ville.

Des amendes salées et des agents de sécurité

Des gardes de sécurité ont été embauchés aux Chutes Dorwin de Rawdon. Photo Martin Alarie et d'archives, Chantal Poirier

La pandémie a provoqué une ruée vers les plans d’eau à haut risque, forçant les autorités à prendre les grands moyens pour dissuader la population de s’y rafraîchir, avant que survienne un autre drame.

À Rawdon, dans Lanaudière, la surveillance a été accrue autour des chutes Darwin, qui ont déjà été le théâtre de plusieurs noyades.

« Il y a de la surveillance sept jours sur sept. S’il y a encore des gens qui se baignent, il y en a beaucoup moins qu’avant, parce que dès qu’on les voit maintenant, ils se font sortir », relate le maire Bruno Guilbault, qui a embauché une firme privée pour jeter un œil sur le site il y a quelques ans.

520 $ d'amende

De plus, ceux qui prennent le risque de se saucer dans les rapides de la rivière Ouareau s’exposent à une amende salée s’élevant à 520 $ en comptant les frais connexes.

« Ça marche parce qu’on n’a pas eu de noyades depuis au moins six ans », se félicite M. Guilbault.

L’approche dissuasive semble aussi fonctionner au parc régional de la Rivière-du-Nord, à Saint-Jérôme, où les très dangereuses chutes Wilson--- avaient été prises d’assaut l’an dernier par des visiteurs des quatre coins du grand Montréal en quête d’un îlot de fraîcheur.

« Il y a deux fois moins de gens que l’an dernier. Le message semble passer--- parce qu’on reçoit moins d’appels aussi pour savoir si la baignade est permise », note Laurie--Anne Edger, coordonnatrice du volet récréotouristique du parc.

Il faut dire qu’en plus de renforcer la surveillance, les responsables du site ont ajouté cet été des affiches à proximité des chutes pour indiquer la présence d’hameçons au fond de l’eau qui risquent de sérieusement blesser les nageurs.

« On avait déjà une affiche pour dire que la baignade était interdite et qu’il y avait un risque de noyade, mais cette pancarte semble encore plus faire peur aux gens », s’étonne Mme Edger.

Faute de mieux

Reste qu’il y en a toujours pour aller se baigner dans des endroits non surveillés par un sauveteur.

Même si la plage de l’île Charron, à Longueuil, est en théorie fermée pour l’été pour des travaux de stabilisation des berges, Nathalie Rousseau s’y aventure tout de même les jours de canicule, faute d’autres endroits où aller sur la Rive-Sud.

« Ce n’est pas tout le monde qui a une piscine! Quand il fait chaud, je vais à la plage. Mais c’est sûr que ce serait bien avoir un autre plan d’eau sur la Rive-Sud », lance cette résidente de Varennes.

Crédits :

Journalistes :  Clara LoiseauAxel Marchand Lamothe et  Etienne Paré

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