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Attaque «cybernétique» au Venezuela? Possible, mais moins probable qu’une panne

Attaque «cybernétique» au Venezuela? Possible, mais moins probable qu’une panne
AFP

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Le gouvernement du Venezuela accuse les États-Unis d’avoir organisé un «sabotage cybernétique » contre la principale centrale hydroélectrique du pays, ce qui a eu pour effet de priver le pays de courant depuis jeudi après-midi: possible, mais moins probable qu’une panne, assurent des experts.  

La défaillance, qui a affecté tout le pays à partir de jeudi 16 h 50 locales, est survenue sur la centrale Simon-Bolivar, sur le barrage de Guri: installé sur un affluent de l’Orénoque, c’est le quatrième plus grand barrage du monde, situé au Venezuela dans l’État de Bolivar (sud).  

Pour Jeff Middleton, responsable en chef de la technologie de la société TheVault, spécialisée en protection des données et cryptage des transactions financières, il est relativement aisé d’attaquer une installation de ce type en injectant «un virus», ce que peut parfaitement faire selon lui «un acteur étatique».  

En décembre 2016, une cyberattaque en Ukraine, probablement au moyen d’un virus, avait privé d’électricité pendant plus d’une heure une partie de Kiev, la capitale.  

«Pour attaquer le réseau d’une centrale, il faut attaquer le système qui la fait fonctionner. Par exemple en essayant de le surcharger en contournant l’une des fonctions de sécurité censées empêcher ce genre de problème», explique à l’AFP Jeff Middleton.  

Par exemple, poursuit-il, le virus «stuxnet» est soupçonné d’avoir endommagé près d’un cinquième du programme nucléaire iranien en 2010.   

«Il suffit de trouver un moyen d’injecter un virus dans les ordinateurs qui contrôlent n’importe quel système industriel: vous le forcez à la surcharge et le mettez dans un tel état, qu’il est impossible de l’éteindre manuellement.»  

«La Russie avait fait quelque chose de similaire lors de l’attaque en Ukraine. Le virus utilisé avait ensuite migré et attaqué les systèmes [des transporteurs internationaux] Maersk et FedEx, leur causant des centaines de millions de dollars de dégâts.»  

Réseau «assez fragile»

«Mais, connaissant le Venezuela, c’est plus sûrement dû à une panne technique», souligne toutefois l’expert joint à Hong Kong.  

Un «sabotage» piloté par Washington «semble peu probable», abonde dans le même sens James Lewis, expert en cybersécurité du Center for Strategic and International Studies. «Les États-Unis agissent généralement dans les domaines de la finance et d’internet, pas de l’électricité. Qu’aurions-nous à y gagner et pourquoi nous embêterions-nous avec ça?», se demande-t-il.  

Pour Loïc Guézo, expert français en cybersécurité de la société TrendMicro, «il est tout à fait possible» qu’une centrale vénézuélienne ait été prise pour cible par une cyberattaque d’un État, «c’est un scénario auquel se préparent tous les grands opérateurs, partout dans le monde».  

«Les systèmes du Venezuela sont anciens, et l’ensemble du réseau doit être assez fragile: une attaque limitée peut avoir des conséquences très larges», ajoute-t-il.  

Mais «pour l’instant, je n’ai pas connaissance de signaux clairs laissant penser à une cyberattaque», conclut Loïc Guézo.  

Le pays est plongé dans une grave crise économique, avec une contraction du PIB de 50% depuis 2014 et une hyperinflation à huit chiffres. Les observateurs accusent le gouvernement de négliger la maintenance et les investissements dans les infrastructures publiques du pays, dont le réseau électrique qui connaît de fréquentes pannes – mais jamais de cette ampleur ni de cette durée.   

Le barrage de Guri, long de plus de 1300 m et d'une hauteur de 162 m, est entré en fonction en 1978 et a été achevé en 1986. La centrale gérée par la compagnie nationale Corpoelec dispose d’une puissance d’environ 10 200 mégawatts (selon les chiffres officiels de 2007) et alimente les trois quarts du Venezuela.  

En 2016, le gouvernement avait décrété six mois de rationnement de l’électricité en raison d’une grave sécheresse qui affectait le niveau du barrage et le fonctionnement de la centrale.