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Catherine Dorion saute la clôture et c'est tant mieux!

La députée de Taschereau, Catherine Dorion
Photo d'archives, Simon Clark La députée de Taschereau, Catherine Dorion

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On a récemment appris que Catherine Dorion, députée de Taschereau pour Québec solidaire, fera une chronique régulière dans l’émission Bouchard en parle au FM93. J’applaudis!

Il est grand temps que les deux solitudes de Québec se parlent. 

J’entends par là, la gauche et la droite, les gens qui habitent au centre-ville versus ceux qui habitent en banlieue, les adeptes du transport en commun versus les fans de voitures, les auditeurs de Radio-Canada et des médias communautaires versus ceux qui écoutent les radios parlées privées.

Il y a bien sûr quelques nuances à faire, mais reste que Québec, c’est comme un beigne. Le glaçage sur le pourtour est bleu, et le trou est orange. Ceux qui ont voté CAQ versus ceux qui ont voté QS. Faudrait mélanger ça un peu...

Catherine Dorion réussira peut-être à nous sortir de nos chambres d’échos et à faire entendre un autre point de vue. Son talent de communicatrice se situe là où la plupart des intellectuels de gauche échouent: dans la forme.

Son franc parlé et l’aspect revendicateur de son discours rejoignent les auditeurs de ce type de radio. Son côté spectaculaire et divertissant – pas ennuyant – fait qu’on accroche. 

On peut lui reprocher que son style manque parfois de nuances, mais est-ce que Fillion est nuancé? Est-ce que Bouchard l’est? Et Duhaime?

Depuis des années, les représentants des organisations de gauche, du milieu communautaire, féministe et syndical, refusent plus souvent qu’autrement de se présenter dans les radios de droite.

Ce refus est très compréhensible quand on sait pertinemment que peu importe le discours, l’animateur va réussir à te planter. Si à tout hasard, ça fonctionne moins bien pour lui pendant l’entrevue, il te plantera après l’entrevue.

Pour avoir été interviewé à plusieurs reprises par des animateurs de ces radios, laissez-moi vous dire que le niveau de stress est assez élevé et que la préparation pour faire passer son discours équivaut à une bonne journée de travail. On en sort épuisé.

Ceci dit, le fait de refuser d’y aller élimine une partie du discours de l’espace public et ça, c’est dangereux. 

La majorité des radios à Québec sont de droite et font dans le même style.

Leurs cotes d’écoute, si on les met ensemble, dépassent largement celles des autres postes.

Dans un bon écosystème médiatique, la diversité des points de vue et des sources doit être présente. Comme pour le guide alimentaire canadien: alimentation variée pour une bonne santé! Même chose pour la nourriture intellectuelle. À Québec, il faut se l’avouer, on est un peu «débalancés», ça tire plutôt vers la droite.

Certains reprocheront à la députée d’être en conflit d’intérêts puisqu’elle est une députée élue. Alexandre Cloutier, Éric Caire, le maire Tremblay au Saguenay, Denis Coderre l’ont fait avant elle. Agnès Maltais le faisait aussi dans une radio communautaire de Québec. Pourquoi Catherine s’en priverait-elle?

Certains diront qu’elle ne devrait pas «sauter la clôture» pour alimenter les cotes d’écoute de ces radios. Croyez-moi, Bouchard et compagnie n’ont vraiment pas besoin d’elle pour augmenter leur auditoire.

Je souligne au passage qu’il est tout de même très positif de faire une place à une femme au sein de ce genre de tribune qui est rarement égalitaire et je félicite la députée de Taschereau pour son courage.  

J’ose espérer que cet exercice nous aidera à mieux nous comprendre.


* Par soucis de transparence, je tiens à préciser que j'ai travaillé pour la campagne d'investiture de Catherine Dorion dans Taschereau.