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Coupable de négligence criminelle

L’entreprise CFG Construction était au banc des accusés depuis 2013 à la suite de la mort d’un camionneur

Quebec
Photo Stevens LeBlanc La famille, dont la veuve d’Albert Paradis, Sylvie Dionne (à droite), et une enfant du défunt, Jessy Paradis (à gauche), a poussé un cri de soulagement et de satisfaction, entremêlé de larmes, quand la magistrate a déclaré l’entreprise de Québec coupable, jeudi.

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Coupable de négligence criminelle ayant causé la mort. Ces mots, prononcés par la juge Hélène Bouillon contre l’entreprise CFG Construction, ont eu l’effet d’un baume pour la famille du camionneur Albert Paradis, mort tragiquement en 2012 quand ses freins défectueux l’ont abandonné sur un chantier.

« Ça ne ramènera jamais notre père, mais ce qu’on veut, c’est de montrer un exemple, que c’est important que les camionneurs soient entendus », a réagi Jessy Paradis, l’une des trois enfants du défunt, après que la famille eut accueilli avec satisfaction le jugement de la magistrate, un rare du genre contre une entreprise québécoise.

Des plaintes répétées

Le camion endommagé du défunt en septembre 2012
Photo courtoisie
Le camion endommagé du défunt en septembre 2012

Le 11 septembre 2012, Albert Paradis, 50 ans, a été trouvé sans vie à côté de son vieux camion 12 roues Volvo de type porte-conteneurs, après avoir fait une violente sortie de route dans une côte sur le chantier des Parcs éoliens de la Seigneurie de Beaupré. Son chargement de pièces de métal était au maximum de sa capacité, sous les ordres du patron.

Le camionneur d’expérience se plaignait depuis plusieurs mois de ses freins défaillants, dont au responsable du garage de l’entreprise. Encore cette journée-là, il exprimait des craintes. Avant d’entreprendre la descente funeste, il avait même lancé au téléphone à sa conjointe : « Si je ne suis pas à la maison à 5 h 30, c’est parce que je vais être mort ».

« Haut niveau de négligence »

La juge a conclu que « le haut niveau de négligence » de CFG Construction, alors en importantes difficultés financières, a rendu le camion « intrinsèquement dangereux ». Ce dernier, « dans un état lamentable », n’aurait jamais dû prendre la route.

Les pratiques de l’entreprise étaient de faire des « économies de bouts de chandelle » dans son garage aux « installations inadéquates », où il y avait « absence de rigueur et de professionnalisme », a-t-elle constaté.

« Des préoccupations financières, un laxisme présent au garage, voire même encouragé, une attitude de détachement et d’indifférence face aux entretiens et réparations des freins du camion ont balayé toute préoccupation de sécurité, et ce, bien au-delà de la simple négligence.

Ces omissions ont causé la mort du camionneur Albert Paradis », a conclu la magistrate, dans une sévère décision de 52 pages.

L’inspection mécanique effectuée après l’accident a révélé que la capacité de freinage maximale du camion était de 53 % et que le poids lourd présentait 14 défectuosités majeures préexistantes, toutes reliées au système de freinage.

Le président de l’entreprise, Franky Glode, dont le témoignage au procès a été qualifié de « tout sauf transparent » par la juge, n’a pas commenté le verdict. Le montant de l’amende sera débattu plus tard en cour.

Des proches soulagées

« Aujourd’hui, on boucle enfin la boucle. On va enfin pouvoir faire notre deuil »

— Jessy Paradis, fille d’Albert Paradis

« Le montant [de l’amende], ça ne changera rien, mais au moins les camionneurs, ils vont être protégés par les compagnies. Y aura pas une autre famille qui va vivre ce qu’on a vécu »

— Sylvie Dionne, veuve d’Albert Paradis


EXTRAITS DU JUGEMENT DE LA JUGE HÉLÈNE BOUILLON

« L’attitude passive et négligente [de l’accusée] à l’égard de l’état des freins, dénoncée à maintes reprises, trahit un détachement complet face à la réalité des conducteurs de poids lourd »

« La décision [de M. Paradis] de gagner sa vie pour faire vivre sa famille, de faire le travail demandé, malgré les craintes et ses appréhensions, ne peut signifier un transfert complet de responsabilité et décharger la compagnie du respect de ses obligations légales de maintenir le camion dans un état sécuritaire »

 

 

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