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David Saint-Jacques raconte le «vertige» de l’espace

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C’est avec émotion et humilité que David Saint-Jacques a raconté sa toute première sortie extravéhiculaire, premier moment où il a véritablement flotté dans l’espace, lundi, pour y accomplir de nombreuses tâches sur la Station spatiale internationale (SSI), avec sa collègue américaine Anne McClain.  

Pendant six heures et demie, ils ont travaillé à déplacer une plaque de fixation pour les batteries, ont branché des câbles électriques qui serviront de circuit électrique au Canadarm2, ont mis à niveau le système de communications sans fil de la Station et installé de l'équipement de structure destiné à une plateforme scientifique.      

 Mais au-delà des considérations techniques très «terre à terre», le Québécois a raconté avoir vécu une expérience extraordinaire qui sera marquée à tout jamais dans son esprit.       

 Il a notamment raconté aux médias mercredi, le moment où il a quitté le «confort» de la Station spatiale internationale.     

  

Clin d’œil mémorable   

Alors qu’il était précédé par l’astronaute de la NASA Anne McClain, celle-ci s’est retournée vers lui en lui faisant un clin d’œil. Il a alors compris qu’il était bel et bien dans l’espace.       

«C’était la nuit, donc on ne voyait pas la Terre. Le Soleil commençait à se lever. On pouvait voir la ligne du lever, la ligne bleue, rouge et orange et la courbe de la Terre à l’horizon. Anne m’a fait un clin d’œil et j’ai compris que j’étais dans l’espace. Cette image est restée imprimée dans mon esprit. Je pense qu’elle ne va jamais s’effacer», raconte-t-il.      

Il note à quel point la journée a été éprouvante, et la compare à un marathon en termes de dépense énergétique.       

«Ce qui était le plus remarquable, c’est que c’est plus facile que pendant l’entraînement. Sur Terre on s’entraîne dans une immense piscine avec un vrai scaphandre, en plus il faut se battre contre l’eau. Dans l’espace on bouge très doucement, très librement, c’est pour ça qu’il faut prendre son temps. On a l’air d’aller très lentement, mais il y a une grande tension interne pour contrôler nos mouvements», détaille le Québécois.     

COURTOISIE/NASA

Vertige spatial   

L’un des moments forts de cette sortie, sur le plan humain, est certainement lorsqu’il a réalisé, pendant un instant, qu’il flottait dans l’espace, dans l’immensité.       

«On est très concentré sur notre travail. On se sent un peu comme si on est en train de monter la tour Eiffel, on est sur une drôle de structure. Ce qui surprend, soudainement, c’est quand on voit dans l’arrière-fond la Terre, et on se rend compte qu’elle tourne. Là, on a le sentiment de vitesse. La première fois que j’ai vu cela, j’ai senti que mon esprit s’est ajusté. Ma raison a pris le dessus pour me dire : ‘’c’est correct, t’es en orbite aussi, tu ne vas pas tomber, c’est correct. Mais oui, il y a des petits moments où l’instinct prend le dessus, c’est ça qui nous préserve en vie, notre instinct.»       

Au-delà des défis techniques et physiques, c’est l’aspect psychologique qui est le plus exigeant dans l’espace.      

«Parce que même si c’est fantastique, il y a une grande sensibilité au fait que c’est très dangereux. Le subconscient se rend bien compte qu’on est dans un environnement absolument extrême, qu’on est là un peu par miracle. Ça, je pense en fait que ça finit par être fatigant», réalise-t-il.       

Par ailleurs, même s’il portait le scaphandre spatial, une merveille de technologie permettant à l’humain de survivre dans l’hostilité de l’espace, David Saint-Jacques admet avoir ressenti les écarts importants de température.       

«Dès que le soleil se lève, on sent la lumière qui rentre dans le scaphandre, et on peut ajuster le tout avec un viseur», explique-t-il.       

COURTOISIE/NASA

Moment de réflexion   

Lors de cette sortie extravéhiculaire, l’astronaute québécois n’a pas eu beaucoup de temps pour prendre du recul, ou pour philosopher sur ce qu’il vivait en raison des nombreuses tâches qu’il devait accomplir.       

«Ça va me prendre encore des semaines, des mois, des années à absorber l’expérience que j’ai vécue. Mais j’ai eu quelques petits moments de lucidité, entre deux connecteurs, entre deux tâches, deux déplacements.»       

«J’ai ressenti un sentiment d’humilité de se savoir en vie par miracle dans un environnement pareil. [...] Je trouvais cela touchant de me retrouver comme ça, petit satellite, conscience humaine en orbite autour de la Terre, maintenue en vie grâce au génie humain et à la collaboration internationale immense qui se trouve derrière cela. Ça me rendait fier de ce que peuvent accomplir les êtres humains.»     

COURTOISIE/NASA

 Difficile de dormir   

Le retour dans la Station spatiale internationale n’a pas été de tout repos, malgré la réussite des opérations.       

«Lorsque je suis rentré à l’intérieur, j’étais dans un drôle d’état. J’étais à la fois très heureux de l’expérience bien sûr, mais j’étais dans un tel état avec l’adrénaline! Ç’a été difficile de dormir cette nuit-là, malgré le fait que j’étais fatigué.»       

Cette journée dans sa mission n’est certainement pas sa plus difficile, en raison de l’enthousiasme autour de la mission.       

«C’était du travail, dur, mais de l’art. De la pure joie».      

Chaque jour, les experts en vulgarisation d'En 5 minutes proposent un format audio inspiré de la page publiée dans Le Journal.

La mission qu’il accomplit dans l’espace est loin d’être terminée, mais il garde toujours en tête son dernier défi de taille : revenir sur Terre.       

«Ça reste l’un des moments les plus dangereux de toute l’expérience. Il ne faut jamais oublier. C’est facile devenir complaisant et oublier le danger permanent qui nous entoure et le fait qu’il faut rester à l’affût. Garder le pouls de cette machine qui nous garde en vie. Le défi est là. Bien profiter et ne pas baisser la garde.»     

Ce qui l’étonne le plus de sa mission   

 Malgré son entraînement et sa préparation, ce qui a le plus étonné David Saint-Jacques, est le soutien des équipes au sol dans toute la mission.       

«L’effort continuel, soutenu des équipes au sol pour assurer la pérennité et la sécurité des opérations spatiales. C’est impressionnant... à quel point l’espace a la capacité d’attirer le meilleur de l’être humain. Se creuser la tête, de collaborer, de vouloir aller plus loin, de vouloir trouver une solution. Chaque jour je suis impressionné et ému par la quantité d’énergie positive qui est mise dans cette position-là. Ça me donne confiance pour l’avenir, pour mes enfants parce que c’est une démonstration quotidienne que quand on veut, on peut accomplir des miracles.»     

Que pense-t-il des voyages civils?   

Questionné sur les voyages civils dans l’espace, David Saint-Jacques se dit convaincu qu’ils auront lieu, un jour.       

«Si vous aviez demandé à vos arrière arrière-grands-parents, il y a un siècle ou plus, s’il y avait un jour la possibilité pour les gens ordinaires de voler en avion, ça aurait semblé complètement hurluberlu comme question... et pourtant, maintenant c’est possible. C’est ça l’aventure de la créativité et du génie humain. Petit à petit, on repousse les limites de ce qui est possible», explique-t-il en soulignant que l’environnement de l’espace est très difficile.