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Deux «monstres»...

Le Québec a été secoué par deux attentats au cours des dernières années, deux «monstres»...

Deux «monstres»...
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Alexandre Bissonnette est-il un «monstre»? Richard Henry Bain en est-il un? Deux assassins qui ont secoué le Québec. Des terroristes?   

Le moins que l’on puisse dire c’est que le traitement dans les médias des gestes de chacun est différent. Les façons de présenter chacun de ces tueurs et les crimes innommables qu’ils ont commis comportent de grandes différences aussi.       

  

Alexandre Bissonnette
Illustration Ygreck
Alexandre Bissonnette

«Le monstre»  

La Presse+ publie ce matin un long dossier sur Alexandre Bissonnette; étoffé, documenté, appuyé par de nombreux témoignages de proches de l’auteur de l’attentat à la mosquée de Québec, de gens qui l’ont côtoyé en détention, de psychologues, des forces de l’ordre.        

J’ai lu ce dossier avec la plus grande attention. Mais jamais sans que ne m’agace cette petite réflexion: «On est loin du portrait qu’avait fait ce journal de Richard Henry Bain, cet amoureux du Canada à l’âme troublée!»       

Idem, dans le dossier de ce matin, pour cette association constante entre le crime de Bissonnette et «l’islamophobie». Il est vrai qu’on y lit que le tueur s’en défend, mais en fin de compte, cette association est partout dans le texte. Du moins n’hésite-t-on pas à suggérer que le geste de Bissonnette a été posé par «islamophobie».        

Une chose est certaine, le tueur a choisi la mosquée et non le centre commercial pour commettre son geste ignoble. En soi, cela pointe vers la «haine des musulmans». Conséquemment, vous dire tout le mal que je ressens quand je vois des gens qui tentent de glorifier, de défendre, de justifier l'attentat de Bissonnette...        

  

Richard Henry Bain fait face à 16 chefs d'accusation, dont celui de meurtre prémédité sur la personne de Denis Blanchette.
Illustration juridique / Reuters
Richard Henry Bain fait face à 16 chefs d'accusation, dont celui de meurtre prémédité sur la personne de Denis Blanchette.

L’autre «monstre»  

Si l’on n’hésite pas, avec raison, à qualifier de «monstre» le tueur Bissonnette, c’est pas mal plus nuancé dans le cas de Richard Henry Bain. D’entrée de jeu, si on a publié un dossier aussi étoffé sur Richard Henry Bain dans La Presse (que celui sur Bissonnette ce matin), je ne l’ai pas trouvé.        

Dans les heures qui ont suivi l’attentat du Métropolis, Yves Boisvert publie dans La Presse une chronique qui dit essentiellement ceci: nous savons peu de choses encore sur ce crime, mais ce que nous savons c’est que ce n’est pas «politique, mais plutôt psychiatrique».        

Et cet autre texte , au titre évocateur, «Richard Henry Bain: un amoureux du Canada à l'âme troublée».        

On tente d’établir rapidement que l’auteur de l’attentat du Métropolis est un fou, on insiste pour évacuer toute motivation politique. On ne manque pas de rappeler son accoutrement bizarre, ses propos incohérents sur les lieux du drame.        

Pourtant, ce que hurlait Bain sur les lieux du crime était pour le moins sans équivoque: Lorsqu'il a été arrêté, l'homme a crié que les anglophones allaient se réveiller et que c'était «payback time».       

Les paroles exactes de Bain furent celles-ci: «The English are waking up! et It's going to be fucking payback», ou en bon français: «Les anglophones se réveillent et l’heure de la câlisse de revanche a sonné.»        

Il me semble que c’est assez clair merci. Pas besoin d’éplucher des semaines, voire des mois, l’historique de l’utilisation d’internet pour comprendre que Richard Henry Bain était animé d’une haine des Québécois francophones, surtout des nationalistes ou indépendantistes.        

N’en déplaise à ceux qui ont tout fait pour tenter d’expurger de son acte toute motivation politique.       

Richard Henry Bain est un «monstre», assurément.       

Instrumentalisation des attentats  

Autre différence marquée entre les deux attentats, la façon dont on a traité de chacun dans la sphère publique, avec le temps.        

L’attentat du Métropolis a été, d’une certaine façon, balayé sous le tapis. Pas de gros battage médiatique pour le prononcé de la sentence ou lors des appels faits par le terroriste Bain. Pas d’appels non plus par des groupes nationalistes québécois à l’institution d’une journée de commémoration visant à dénoncer la «québécophobie».        

Le 4 septembre n’est pas devenue une date marquée au fer rouge lors de laquelle on mobilise des équipes afin de rappeler l’odieux de la chose. Pourtant, suffit de relire les témoignages de ceux qui étaient présents au Métropolis pour comprendre à quel point l’enrayement du fusil de Bain fut providentiel.         

On a enterré cet attentat au rang des événements troublants qu’il nous faut oublier, dont il vaut mieux ne pas parler. Pour pas faire de «chicane», sans doute.       

Dans le cas de l’attentat terroriste de Bissonnette? Je vous laisse juger de ce qui est en train de se passer. Mais vous dire tout le mal que je pense de ceux qui tenteraient d'instrumentaliser cet attentat ignoble...