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L'Alberta retourne dans le giron des conservateurs

Jason Kenney
Photo d'archives Agence QMI Jason Kenney

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Le Parti conservateur uni de Jason Kenney est parvenu à refermer la parenthèse néodémocrate des quatre dernières années en Alberta en remportant haut la main les élections qui se tenaient dans la province mardi soir.

Peu avant minuit, les conservateurs affichaient environ 53,4 % des voix, contre 32,8 % pour le NPD et 10 % pour le Parti de l'Alberta. Les conservateurs étaient aussi en avance dans 61 circonscriptions, contre 23 pour le NPD et aucun siège pour les autres partis.

Alors que les néodémocrates sont parvenus à s'accrocher à leurs fiefs d'Edmonton, les conservateurs ont remporté la grande majorité des circonscriptions de Calgary, faisant ainsi pencher la balance en leur faveur.

Lors de la dissolution de l'Assemblée, le NPD détenait 52 sièges, contre 25 pour les conservateurs unis et cinq répartis entre les autres partis. Le seuil de la majorité est de 44 sièges en Alberta.

«Un grand jour pour l'Alberta»

Le futur premier ministre de l'Alberta, Jason Kenney, a évoqué un «grand jour», tout en promettant de relancer l'économie de la province. «L'Alberta est prête à faire des affaires», a-t-il lancé en reprenant un slogan cher au premier ministre progressiste-conservateur de l'Ontario, Doug Ford.

«Ce soir, nous lançons un message aux Canadiens. [...] Nous avons élu un gouvernement qui va se lever et négocier un accord juste pour l'Alberta au sein de ce grand pays», a évoqué Jason Kenney, en revenant sur le ressentiment des Albertains vis-à-vis du reste du pays.

«Il y a une grande frustration dans cette province, un sentiment que nous avons contribué massivement au Canada et qu'en retour, nous sommes bloqués partout», a poursuivi le chef conservateur, faisant ainsi allusion aux projets d'oléoducs qui ont rencontré de la résistance, tant en Colombie-Britannique qu'au Québec.

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Jason Kenney s'est aussi adressé directement au Québec, en français, pour parler de l'importance de construire de nouveaux oléoducs afin d'exporter le pétrole albertain.

L'ex-ministre de la Défense et de l'Immigration sous Stephen Harper a aussi assuré «prendre au sérieux» la protection de l'environnement et la diversification de l'économie, tout en indiquant que l'Alberta doit profiter de la demande mondiale en énergie pour exporter son pétrole.

Notley reste dans l'opposition

De son côté, Rachel Notley a dressé un bilan positif et a assuré qu'elle continuera à défendre ses idées.

«Il y a 4 ans, les Albertains nous ont choisis pour remplir un travail difficile dans un moment difficile. Et nous avons accompli ce travail. [...] Aujourd'hui, l'Alberta est un meilleur endroit. Je suis très fière de notre bilan», a commenté la première ministre sortante en s'adressant à ses partisans.

Mme Notley a notamment évoqué, parmi ses réalisations, la hausse du salaire minimum à 15 $, la diminution de moitié du nombre d'enfants vivant sous le seuil de la pauvreté, sa lutte aux changements climatiques et, en parallèle, son combat pour pouvoir exporter les ressources pétrolières de la province.

La chef du NPD a promis d'assurer une transition harmonieuse avec les conservateurs et de diriger l'opposition à Edmonton, où elle compte talonner de près le nouveau gouvernement.

«La politique en Alberta a changé à jamais. Gouverner ne devrait pas être un droit divin, mais être mérité [...]. Être votre première ministre a été un grand honneur», a ajouté Mme Notley, en faisant référence aux décennies que les conservateurs ont passées aux commandes de la province.

Retour à la normale

Cette élection marque la fin d'un intermède amorcé en 2015, alors que Rachel Notley avait mené le NPD à la victoire en profitant de la division du vote entre les progressistes conservateurs et le Parti Wildrose. Auparavant, les conservateurs avaient régné sans partage sur la province, remportant sans discontinuer des majorités à chaque élection depuis 1971.

De nombreux sondages menés tout au long de la campagne avaient donné le Parti conservateur uni, créé lors de la fusion des progressistes conservateurs avec le Wildrose, grand gagnant des élections, malgré une remontée néodémocrate dans le dernier droit.

En vertu de cette victoire de Jason Kenney, toutes les provinces du Canada se retrouvent dirigées par un homme, Rachel Notley étant la dernière femme qui officiait en tant que première ministre depuis la défaite de Kathleen Wynne en Ontario en juin 2018.

La moitié des provinces au pays se retrouvent aussi dirigées par des partis conservateurs, tandis que les provinces des Maritimes, sauf le Nouveau-Brunswick, demeurent entre les mains des libéraux. Le Québec, avec la CAQ, et la Colombie-Britannique, avec une coalition NPD/verts, complètent le tableau.

Pétrole, oléoduc et économie

Sans surprise, l'enjeu pétrolier dans la province de l'Ouest, forcée de vendre au rabais son or noir en raison d'un manque de débouchés, ce qui plombe son économie et entraîne des mises à pied, a été le thème central de la campagne électorale.

Plus particulièrement, la saga du projet d'oléoduc Trans Mountain, actuellement en processus d'approbation au fédéral après son rachat par Ottawa et une reprise des études d'impact, a déchiré les passions, les deux principaux candidats promettant de se battre pour sa construction. Jason Kenney a même promis, «dans l'heure» suivant son éventuelle élection, de couper les exportations de pétrole destinées à la Colombie-Britannique en raison de son opposition au projet en activant un projet de loi adopté par les troupes de Rachel Notley.

«Si le gouvernement néo-démocrate continue de bloquer notre énergie, nous serons heureux de rendre Vancouver carboneutre en 2020», avait-il clamé la fin de semaine dernière.

La campagne a aussi été marquée par de nombreuses attaques personnelles et négatives entre les candidats et les chefs de parti.

Plusieurs controverses chez les candidats ont également émaillé par campagne électorale. Notamment, Todd Beasley s'était fait montrer la porte du Parti conservateur uni pour avoir qualifié les musulmans de «fous qui vénèrent Satan». D'autres candidats, majoritairement conservateurs, ont aussi dû s'expliquer pour d'anciennes remarques remettant en question le mariage gai, les droits LGBTQ ou l'avortement.