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Est-ce qu’on a le droit de mettre en scène le viol d’un enfant dans une fiction?

L'auteur Yvan Godbout fait face à des accusation de production et de distribution de pornographie juvénile

Est-ce qu’on a le droit de mettre en scène le viol d’un enfant dans une fiction?
PHOTO AGENCE QMI, SÉBASTIEN ST-JEAN

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C’est l’histoire Yvan Godbout, un écrivain dont je n’avais jamais entendu parler jusqu’à cette semaine. Dans le roman d’horreur Hansel et Gretel, écrit par monsieur Godbout, il y a une scène de viol. Rien de neuf sous le soleil, vous allez me dire. Des scènes de viols, d’abus, d’agression, la littérature en est remplie.  

Le hic, c’est que ce viol est celui d’une fillette de 9 ans par son père. On parle ici d’une page sur 270, un passage de quelques lignes, mais tout de même. L’extrait a choqué une enseignante, assez pour qu’elle porte plainte à la police l’an dernier.   

J’ai lu la scène en question, qui se trouve à la page 13 du livre. Est-ce que c’est explicite? Oui. Est-ce que c’est descriptif? Oui. Est-ce que cette scène génère un énorme malaise? Oui. Est-ce que c’est un crime d’avoir écrit une telle chose? Non.  

Pourtant, l’auteur et son éditeur des éditions AdA, Nycolas Doucet, ont été arrêtés jeudi dernier et ont fait la promesse de comparaitre le 15 avril prochain. On les accuse de production et de distribution de pornographie juvénile.   

C’est clair que la mère de famille en moi n’a pas vraiment envie de lire un livre où on raconte en détail le viol d’une petite fille du même âge que la mienne. Sauf qu’en tant qu’autrice, en tant qu’artiste, je trouve cela très inquiétant.   

N’ayons pas peur des mots, si la justice condamne ces deux gars-là, vers où on s’en va? Et, surtout, que fait-on des œuvres littéraires déjà écrites comme le Grand cahier, d’Agota Kristof, où on dépeint des actes sexuels mettant en scène des enfants et qui fait figure de lecture obligatoire dans plusieurs écoles québécoises? Que fait-on de Lolita, un roman de Vladimir Nabokov qui raconte l’histoire d’amour entre un homme et une pré-ado, et qui est considéré comme un classique de la littérature? On les brûle? On fait un grand autodafé sur l’autel de la rectitude et de la morale à deux cennes?   

La question demeure : selon la loi, est-ce que cet extrait peur être considéré comme de la pornographie juvénile? La réponse est oui. Mais ici, tout est dans l’intention. Il faut se demander si la scène est construite de façon à érotiser le rapport sexuel entre un enfant et un homme. Force est d’admettre qu’après la lecture, on est plutôt devant un texte qui cherche à condamner la pédophilie en montrant comment c’est un acte abject et abominable.   

L’art est là pour parler de ce que l’homme a de plus terrible. L’art existe pour dépeindre les côtés sombres de l’âme humaine. C’est un réflecteur de notre société. Et cette société, ne nous en déplaise, contient son lot d’horreur. Si les artistes n’ont plus la liberté de créer en toute impunité, que leur restera-t-il?   

Je ne suis pas la seule à penser qu’Yvan Godboult et son éditeur ne méritent pas d’être condamnés pour avoir écrit et publié le viol d’une enfant. Une pétition circule actuellement et déjà 7000 personnes l’ont signée.   

Si Yvan Godboult et Nycolas Doucet sont condamnés, cela créera un précédent très inquiétant. Est-ce que ce sera le retour de l’index? Est-ce que des artistes pourront être envoyés en prison pour leurs oeuvres? Et attention, sachez que si vous êtes en possession du roman Hansel et Gretel, vous pourriez être accusé de possession de pornographie juvénile. Ça me rappelle les régimes totalitaires.   

Geneviève Pettersen coanime Les Effrontées, tous les jours de 9 h à 10 h en semaine sur QUB radio.