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Faire parler les morts...

Droits des femmes, laïcité, les libéraux ont-ils oublié le traitement qu'ils ont réservé à Fatima Houda-Pepin?

Faire parler les morts...
Simon Clark/Agence QMI

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La libérale Hélène David devrait se garder une petite gêne avant de faire parler les morts, surtout si c’est pour causer du « droit des femmes » et de laïcité.  

Allo? Fatima Houda-Pepin? Elle s’en souvient la libérale Hélène David? 

Une décennie de tergiversation libérale! 

Non mais ils sont culotés ces libéraux quand même! Une décennie de tergiversation sur la question de la laïcité, essentiellement par électoralisme, pour éviter de froisser son électorat, au détriment du bien commun... Et ça fait la leçon!  

SL20100518-10
Commission parlementaire sur les accommodements raisonnables.  Ministre de la justice Kathleen Weil.
Stevens LeBlanc 
18 mai 2010
AgenceQMI
SL20100518-10 Commission parlementaire sur les accommodements raisonnables. Ministre de la justice Kathleen Weil. Stevens LeBlanc 18 mai 2010

C’est comme si les députés rescapés de la magistrale raclée subie par ce parti en octobre dernier n’avaient rien compris du message envoyé par la population. 

Ce parti a été pratiquement rayé de la carte du Québec francophone, son pire résultat depuis la confédération.  

N’allez pas dire ça à la députée Hélène David. Tiré du texte de la journaliste Geneviève Lajoie :  

Un bien «triste hasard» aux yeux de la députée libérale Hélène David que le tout premier texte de loi étudié dans cette salle «enlève des droits aux femmes». «C’est vraiment d’une infinie tristesse et je suis pas sûre que Marie-Claire Kirkland serait très fière aujourd’hui», a-t-elle insisté.

Un projet de loi qui « attaquerait les femmes », mais qui épargnerait les hommes, « le mari barbu qui est musulman, car la barbe est un signe biologique, physique » toujours selon la députée libérale. 

Quel délire quand même. Aucune femme ne sera empêchée de porter un signe religieux. Certains emplois institutionnels seront assujettis à la loi sur la laïcité de l’État. Les personnes qui occuperont ces emplois devront s’abstenir de porter un signe religieux pendant les heures de travail.  

Une contrainte raisonnable qui existe dans plusieurs domaines. J’ai plusieurs amis pompiers, dont un de confession musulmane. Sans égards aux inclinaisons religieuses ou aux préférences, tous acceptent de ne pas porter la barbe. Pour l’étanchéité du masque d’oxygène notamment m’a-t-on expliqué.  

Souvent, les opposants au PL 21 du gouvernement argüent que le voile islamique, puisque c’est de ça que cause la députée libérale David, n’est qu’un morceau de linge, que le gouvernement ne devrait pas dicter aux femmes comment s’habiller, que de porter le voile est un « droit ».  

Je me questionne sur le degré d’orthodoxie que certains accordent aux « simples vêtements ». Je me permets ici de citer (encore, je l’ai fait dans le Journal de lundi dernier) l’auteure et enseignante de confession musulmane Fatiha Boudjahlat, tiré de son ouvrage Combattre le voilement :  

Il n’y a pas d’inégalité quand le non-accès à une ressource ou à une opportunité découle de l’adhésion à une pratique orthodoxe, adhésion qui reste volontaire, sauf à faire de ladite religion une ethnie ou à en faire une obligation.

On ne peut pas hurler à l’injustice ou à la discrimination quand le degré d’orthodoxie pour lequel on a opté réduit le champ des opportunités.

Pas d’injustice ici, puisque, comme nous le rappellent si souvent les tenants du multiculturalisme, « tant de femmes portent le voile par choix ». Soit. Cette adhésion volontaire à une pratique orthodoxe peut réduire le champ des opportunités. Aux pratiquants de l’orthodoxie d’en prendre note. 

Expulsion de Fatima Houda-Pepin : pas de leçons à donner au PLQ! 

Si j’étais une députée libérale, qui veut rappeler la mémoire de la « première femme élue à l’Assemblée nationale », pour la faire militer, de façon posthume (que c’est lassant cette manie!) contre la laïcité institutionnelle, je m’assurerais d’être bien prudente... 

Hélène David ne se souvient-elle pas du traitement réservé par sa propre formation politique à la première femme de confession musulmane à avoir été élue dans notre Assemblée nationale?  

Elle était pourtant aux premières loges pour mesurer l’impact de la fatwa politique lancée contre Fatima Houda-Pepin par son ancien chef Philippe Couillard. Cela avait fait le délice des caricaturistes d’ailleurs, à un tel point que le cabinet de M. Couillard est intervenu pour se plaindre d’une caricature de lapidation qu’il n’avait pas aimée... 

 

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Le Journal de Québec

La réalité c’est que Fatima Houda-Pepin a été tassée , expulsée du caucus libéral pour avoir refusé de cautionner l’orthodoxie du parti en matière d’accommodements raisonnables, de signes religieux et de toute la question, plus générale, du « vivre-ensemble ».  

Jusqu’à la fin, cette fidèle libérale, députée depuis 1994, a tenté d’implorer son chef « pour qu’on lui trouve une place dans le caucus de son parti », et ce en accord avec ses convictions profondes :  

Pour la députée, cette impartialité doit «minimalement s'incarner dans l'autorité contraignante, c'est-à-dire les juges, les procureurs, les policiers et les agents correctionnels. Ce n'est pas une définition qu'il [Philippe Couillard] souhaiterait».

Alors que M. Couillard a fait savoir qu'il ne dévoilera pas avant ce matin la position adoptée par ses troupes à l'Assemblée nationale, Fatima Houda-Pepin a révélé que, pour celui qui était son chef jusqu'à lundi, l'orientation de base, «c'est plutôt pas d'interdiction du tout à personne. Je trouve que c'est une porte ouverte à beaucoup de dérives».

« J'ai passé une trentaine d'années de ma vie à lutter contre l'intégrisme . Je ne peux pas [parler] des deux côtés de la bouche. [Dire] la porte est ouverte pour tout le monde [pour le port des symboles religieux] et dire, en même temps, je vais lutter contre l'intégrisme.»

 

Faire parler les morts...
Le Journal de Québec

Si le Parti libéral du Québec était si intéressé par le droit des femmes, il aurait considéré celui de sa députée Fatima Houda-Pepin de ne pas être forcée de défendre la forme la plus radicale du multiculturalisme qui soit, celui qui fait le jeu, justement, des orthodoxes et des intégristes religieux.  

Obliger cette députée, qui déjà en 2004, quand les Elmenyawi de ce monde tentaient d’avoir l’oreille du ministre de la justice libéral Jacques Dupuis, mettait en garde contre les dérives potentielles des intégristes...  

Texte de Mounia Chadi, dans Le Devoir du 11 décembre 2004 :  

Après l'Ontario, le débat sur la charia se transpose au Québec. Depuis quelques semaines, la mouvance islamiste fait des démarches auprès du ministre de la Justice, Jacques P. Dupuis, pour que celui-ci officialise l'instauration d'une instance d'arbitrage et de médiation qui rendrait ses décisions en vertu de la charia, la loi islamique. 

En passant, à la lecture de cet article, on se rend compte que la Fédération des femmes du Québec (FFQ) à l’époque avait une position bien différente de la FFQ d’aujourd’hui!  

«Qui sont ces gens qui veulent qu'on en réfère à eux? Qui va les élire?», demande pour sa part Elahé Choukrai, membre du conseil d'administration de la Fédération des femmes du Québec et fondatrice de l'Association des femmes iraniennes de Montréal. Elle rappelle qu'il existe déjà de la médiation informelle au sein de chaque communauté. «On n'a nul besoin d'institutionnaliser la médiation par des gens qui disent représenter les musulmans du Québec. Moi, je pense que leur objectif est de mettre un pied dans la porte et que ce n'est qu'un premier pas... La suite est à venir!» 

Le même Elmenyawi qui était aux côtés de Charkaoui en avril dernier pour mobiliser contre le PL 21...  

Et le PLQ voulait forcer Mme Houda-Pepin à jouer dans la même équipe que ces gens-là!  

Remarquez qu’une « certaine gauche » a mordu à pleines dents dans ce pain-là...