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France/climat: deux millions de signataires appuient un recours contre l’État

Drapeau français
Photo Archives / AFP

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Plus de deux millions de personnes ont signé en France en moins d’un mois un appel en faveur d’un recours contre l’État français pour inaction climatique, un résultat inégalé dans le pays pour une pétition en ligne.  

Le seuil de deux millions a été franchi jeudi, selon les quatre ONG portant cet appel, baptisé «L’Affaire du siècle», et la toute première procédure judiciaire sur le climat menée à cette échelle.  

La Fondation pour la Nature et l’Homme, Greenpeace France, Notre Affaire à Tous et Oxfam France ont adressé le 17 décembre une requête préalable au gouvernement, accusant l’État de «carence fautive» par son «action défaillante» pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, soulignent-ils.  

Les représentants de l’État ont deux mois pour répondre, les ONG planifiant ensuite un recours juridique devant le tribunal administratif de Paris.  

«La France ne respecte pas ses objectifs de court terme que ce soit en matière de réduction de gaz en effet de serre, de développement des énergies renouvelables ou d’amélioration de l’efficacité énergétique», estime notamment la requête, mettant en parallèle engagements législatifs et diplomatiques, et manquements.  

Jeudi, les ONG ont indiqué «attendre désormais du premier ministre une réponse à la hauteur», se disant «déterminées à passer ce printemps à la 2e étape, en portant ce recours devant le tribunal administratif» et préparant «des rendez-vous de mobilisation citoyenne».  

Objectif trois millions

Devant un réchauffement planétaire galopant et l’insuffisance des mesures prises quasiment partout, les recours climatiques se multiplient dans le monde.  

En France, c’est encore une nouveauté. Avant les ONG, le maire de Grande-Synthe, dans le nord, avait engagé en novembre une démarche similaire, arguant de la vulnérabilité de sa ville bâtie sur des polders. Le gouvernement a jusqu’à fin janvier pour répondre à sa demande préalable.  

«Les grandes transformations, il faudra les faire ensemble et pas les uns contre les autres», a objecté dans le quotidien Le Monde la secrétaire à la Transition écologique Emmanuelle Wargon, interrogée sur les deux millions de pétitionnaires.  

«L’Affaire du siècle est plutôt une bonne nouvelle dans la mesure où cela montre que deux millions de signataires pensent qu’il est urgent d’agir», a-t-elle ajouté. «Mais je trouve réducteur de résumer ça à une bataille entre les associations et l’État».  

Le ministre François de Rugy avait lui appelé les associations à participer au grand débat national promis à la suite du mouvement des «gilets jaunes», mais pour les ONG, le temps n’est plus au débat, mais à l’action. Le ministère leur a aussi lancé une invitation en décembre. Elles n’y ont pas répondu.  

Pour Jean-François Julliard, directeur général de Greenpeace, «le gouvernement a été pris au dépourvu par cette mobilisation exceptionnelle».  

«Il a d’abord tenté de la récupérer par la voix de François de Rugy, tout en dénigrant l’outil juridique. Mais c’est le silence assourdissant d’Emmanuel Macron qui nous frappe», ajoute-t-il.  

La pétition, publiée le 18 décembre sur le site laffairedusiecle.net, avait recueilli son premier million de signataires en 36 heures.  

En 2016, l’appel en ligne contre le projet de loi El Khomri sur la réforme du droit du travail avait dépassé le cap d’un million de signatures en deux semaines.  

La pétition climat vise désormais les trois millions de soutiens, selon le site. Manière de mettre la pression, pour les défenseurs de cette démarche judiciaire nouvelle en France et à l’issue encore incertaine même si les avocats citent les victoires récoltées aux Pays-Bas, au Pakistan ou en Colombie.   

Et dans l’intervalle, l’initiative présente «un intérêt politique majeur, qui est de susciter le débat, de donner de l’espace au sujet», remarque Arnaud Gossement, juriste spécialiste du droit de l’environnement.