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Décès du réalisateur québécois Jean Beaudin

Décès du réalisateur québécois Jean Beaudin
Simon Clark/Agence QMI

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MONTRÉAL - Le réalisateur Jean Beaudin n’est plus.

L’homme derrière la caméra de films québécois marquants comme «J.A. Martin photographe», «Le matou» et «Being at Home with Claude», mais aussi du classique de la télé «Les filles de Caleb», est décédé subitement samedi, a annoncé mardi l’Agence Omada. Il avait 80 ans.

La cause de sa mort n’a pas été dévoilée. Jean Beaudin laisse dans le deuil sa conjointe, ses deux enfants et ses cinq petits-enfants.

 

Marina Orsini était l’invitée de Sophie Durocher sur QUB radio: 

 

 

Marina perd un ami

À plusieurs reprises au cours de sa carrière échelonnée sur plus de 40 ans, Jean Beaudin a dirigé Marina Orsini à la télé, notamment dans l’inoubliable série «Les filles de Caleb», mais aussi dans «L’or et le papier», «Shehaweh» et «Miséricorde».

La comédienne, qui affirme que le cinéaste était pour elle un «père spirituel», était particulièrement triste, mardi.

«Ça me bouleverse beaucoup. On s’est parlé il y a quelques jours à peine», a confié Marina Orsini en entrevue téléphonique.

Celle-ci s’est remémoré avec nostalgie le «magnifique télégramme» que Jean Beaudin lui avait fait parvenir pour lui annoncer qu’il lui confiait le rôle d’Émilie Bordeleau, en 1990.

«On était unis par la passion de notre métier, a-t-elle expliqué. Je sais à quel point il était fier des "Filles de Caleb". Quand on travaillait avec Jean Beaudin, on avait le sentiment d’être les plus grands acteurs du monde. C’était un homme qui aimait passionnément et profondément son métier, et qui aimait et respectait les acteurs. C’était un homme exigeant, qui avait beaucoup de goût, de finesse, de culture. Il nous poussait toujours à aller au-delà de nos capacités.»

«Il a évidemment marqué ma carrière, parce que j’ai tellement travaillé avec lui, mais aussi ma vie de fille et d’être humain, a poursuivi Marina Orsini. C’est devenu mon ami, j’ai toujours senti que je faisais partie de sa famille. J’étais proche de ses enfants, on a déjà célébré Noël ensemble.»

«Il ne faisait pas ses 80 ans et il avait encore beaucoup à voir, à dire, à savourer», a-t-elle conclu.

«J. A. Martin Photographe»

C’est en 1964 que Jean Beaudin a fait son entrée à l’Office national du film.

En 1975, il a signé le long métrage «J.A. Martin photographe» qui a été chaudement accueilli à Cannes. Marcel Sabourin et Monique Mercure – récompensée du prix d’interprétation dans l’Hexagone – y tenaient le haut de l’affiche.

Il a aussi mis en images plusieurs œuvres littéraires québécoises, qu’on pense à «Mario», «Le matou», «Being at Home with Claude», «Souvenirs intimes» et «Le collectionneur».

La sortie de son dernier film, le drame psychologique «Sans elle» mettant en vedette Karine Vanasse, remontait à 2006. Deux ans plus tôt, il avait été lancé son drame d’époque «Nouvelle-France».

En plus d’avoir été réalisateur, Jean Beaudin a agi à titre de scénariste, monteur et producteur pour plusieurs œuvres.

Il n’y aura pas de funérailles officielles. Afin de remplacer les fleurs, la famille suggère plutôt des dons à la fondation Brain Canada qui développe la recherche sur le cerveau.

La veille de sa mort, soit vendredi, le cinéaste a accepté le titre d’officier de l’Ordre de Montréal que lui a décerné la mairesse Valérie Plante. En 2016, il avait été fait chevalier de l’Ordre national du Québec.

Ils ont dit:

 

Guillaume Lemay-Thivierge, interprète de Monsieur Émile dans «Le matou»:

«J’ai appris son décès ce matin. J’avais un très beau rapport avec lui. "Le matou" a été remastérisé et présenté à la Cinémathèque il y a environ un an, et j’étais content de revoir ce film avec l’homme avec qui je l’avais fait. C’est un peu grâce à lui si je pratique mon métier aujourd’hui, d’une certaine façon. C’était un gars qui protégeait les acteurs, qui était difficile avec l’équipe, mais qui protégeait énormément la vérité et la sensibilité des acteurs. Il m’a protégé, comme petit gars. C’était extraordinaire! Je garde un très, très beau souvenir de mon tournage avec lui.»

Jessica Barker, interprète de Charlotte Beaumier dans «Les filles de Caleb»:

«Jean représente pour moi de grands souvenirs. Quand on avait tourné "Les filles de Caleb", on était à Saint-Jean-des-Piles et on avait du temps. Le soir, je soupais avec lui. J’ai vraiment eu une intimité avec lui. C’était un homme d’une immense générosité, qui a fait attention à moi. Le personnage de Charlotte, c’était Jean, c’était toute la douceur et la tendresse de Jean. Il avait une sensibilité incroyable. Chaque fois qu’on se croisait, il me prenait dans ses bras et me disait : "Nous autres, on a fait des belles affaires !" C’était sa phrase, et c’est vrai! "Les filles de Caleb", quelle série !»

Vincent Bolduc, interprète de Napoléon Bordeleau dans «Les filles de Caleb»:

«"Les Filles de Caleb" était l’un de mes premiers plateaux, et il a tellement pris soin de nous ! Il m’appelait "Poléon". Comme un papa Noël, avec une affection. Il avait un grand amour des acteurs. Après, il m’a réengagé pour "Les minutes du patrimoine", j’avais 13 ans et il m’appelait encore "Poléon"!»

Johanne-Marie Tremblay, qui a joué sous sa direction dans «Les filles de Caleb», «Ces enfants d’ailleurs», «Sans elle», «Nouvelle-France», «Being at Home With Claude», «Shehaweh», etc.:

«Il me demandait sur chacune de ses productions, ou presque. Il avait confiance en moi, il était très fidèle. Il avait toujours quelque chose à me proposer. C’était un homme d’une grande tendresse pour les acteurs. Je me sentais bien avec lui, dans la confiance qu’il m’accordait. Il était exigeant, très cultivé, et il ne pouvait pas supporter la moindre – et je dis bien la moindre – incompétence. Il faisait beaucoup de recherches par rapport aux projets qu’il faisait, et si un comédien ou un technicien ne faisait pas son travail jusqu’au bout, jusqu’où lui l’attendait, on en entendait parler. Il a apporté beaucoup de tendresse à travers ses films et ses séries. Ce qui émane de ça, c’est de la tendresse et de l’empathie pour les personnages et pour l’histoire, il le démontrait par ses images et sa réalisation. Pour moi, il a toujours été d’une grande douceur. Il aimait les acteurs.»

 

Ils ont écrit sur Twitter:

 

Patrice Godin, interprète de Marek Favreau dans «Ces enfants d’ailleurs»:

«Magnifiques souvenirs de tournage avec Jean Beaudin sur "Ces enfants d’ailleurs". Jean était intransigeant, parfois colérique, mais d’une grande sensibilité. Ç’a été un privilège de tourner avec lui. J’en aurais pris plus. Au revoir, Jean Beaudin. Merci.»

Nathalie Roy, ministre de la Culture et des Communications:

«C’est avec une grande tristesse que nous avons appris le décès du cinéaste Jean Beaudin. Nos pensées accompagnent ses proches. Merci pour la grande présence et contribution à la scène artistique du Québec et d’ailleurs.»

Claude Fournier, auteur de «Ces enfants d’ailleurs»:

«Quelle tristesse d’apprendre la mort de Jean Beaudin, un cinéaste de qui Marie-José et moi étions assez près. Nos condoléances à toute la famille.»

Valérie Plante, mairesse de Montréal:

«Je viens d’apprendre le décès de Jean Beaudin, grand cinéaste et officier de l’Ordre de Montréal, dont l’oeuvre exceptionnelle a marqué l’imaginaire collectif, de "J.A Martin" au "Matou", en passant par "Les filles de Caleb". Mes pensées accompagnent sa famille et ses proches.

Pablo Rodriguez, ministre du Patrimoine canadien:

«Un grand réalisateur nous a quittés. C’est avec tristesse que j’ai appris le décès de Jean Beaudin, célèbre cinéaste derrière "Les filles de Caleb" et plusieurs autres classiques du répertoire québécois. Toutes mes sympathies à sa famille et à ses proches.»

 

- Avec la collaboration de Marie-Josée R. Roy