/news/politics
Navigation

Ingérence politique dans l’affaire SNC-Lavalin: «La plus grosse épreuve» de Justin Trudeau

L’affaire SNC-Lavalin continue de faire des vagues avec la démission de l’ex-ministre de la Justice du gouvernement

POL-CABINET-REUNION
Capture d’écran, Global News Justin Trudeau, flanqué ici du ministre des Ressources naturelles Jim Carr, s’est défendu vigoureusement mardi à Winnipeg dans l’affaire SNC-Lavalin.

Coup d'oeil sur cet article

OTTAWA | La démission fracassante de l’ex-ministre de la Justice Jody Wilson-Raybould plonge le gouvernement Trudeau dans une crise sans précédent à l’aube des prochaines élections fédérales.

« C’est clairement la plus grosse épreuve pour ce gouvernement, soutient le juriste de l’Université Laval Patrick Taillon. Il est à la fois bombardé de l’extérieur par l’opposition et les enquêtes journalistiques. Mais il y a aussi une crise à l’interne. »

  • ÉCOUTEZ l'analyse de notre journaliste Emmanuelle Latraverse:

 

Jody Wilson-Raybould est au cœur d’une controverse d’ingérence politique alléguée du bureau du premier ministre Trudeau dans l’affaire SNC-Lavalin.

Selon le Globe and Mail, Mme Wilson-Raybould aurait subi des pressions pour aider la multinationale québécoise à éviter un procès criminel. L’élue aurait refusé de plier, puis aurait été mutée peu de temps après au ministère des anciens Combattants. Son passage dans le cabinet Trudeau a pris abruptement fin, mardi.

Jody Wilson-Raybould
Photo d'archives, Agence QMI
Jody Wilson-Raybould

« C’est avec le cœur lourd que j’ai remis ma lettre de démission au premier ministre », a-t-elle fait savoir sur son compte Twitter.

Dans son message, elle dit avoir voulu faire de la politique autrement.

« Quand j’ai cherché à me faire élire au fédéral, c’était avec le but de porter une vision positive et progressive du changement, au nom des Canadiens », a-t-elle écrit.

Bataille à venir

Dans un geste inusité, Jody Wilson-Raybould a retenu les services d’un avocat pour la conseiller.

« Nous sommes dans une situation qui suggère qu’il y a quelque chose de sérieux qui est en train de se passer », soutient une juriste de l’Université d’Ottawa, Jeniffer Quaid.

Avec ce départ, Justin Trudeau perd une ministre, mais aussi un symbole important. Jody Wilson-Raybould, une Autochtone, s’était donné comme mission d’être la voix des Premières Nations dans les cercles fermés du pouvoir. Or, la réconciliation avec les peuples autochtones est un pan majeur du programme libéral.

Le chef conservateur Andrew Scheer a fait ses choux gras de ce nouveau rebondissement.

« La seule chose qu’on peut conclure [de la démission de Mme Wilson-Raybould], c’est que la version des événements est différente entre la sienne et celle de Justin Trudeau », a-t-il réagi.

Plusieurs tempêtes

La démission-choc de Jody Wilson-Raybould constitue une autre tuile pour le gouvernement Trudeau dans cette affaire. On apprenait plus tôt cette semaine que le commissaire à l’éthique ferait enquête.

Justin Trudeau n’est pas au bout de ses peines. Un comité parlementaire se réunit mercredi pour décider s’il lance sa propre enquête. Un refus du groupe d’élus à majorité libérale déclencherait les foudres de l’opposition.

Le chef néo-démocrate Jagmeet Singh a exhorté le premier ministre à laisser parler la ministre démissionnaire, déplorant du même souffle le départ de la première femme autochtone à occuper le poste de procureure générale.

Le premier ministre répond aux attaques

Le premier ministre Justin Trudeau se dit « surpris » et « déçu » de la démission-choc de son ex-ministre de la Justice, Jody Wilson-Raybould, dans la foulée de l’affaire SNC-Lavalin.

M. Trudeau a offert une réplique bien sentie à Mme Wilson-Raybould en point de presse à Winnipeg, mardi en soirée.

« Sa décision est incompatible avec les discussions que j’ai eues avec elle », a-t-il laissé tomber.

Visiblement contrarié, le premier ministre s’est défendu d’avoir mal agi dans le dossier SNC-Lavalin.

Mme Wilson-Raybould n’aurait d’ailleurs jamais formulé de reproches au gouvernement dans ce dossier, alors qu’elle en avait le devoir, a dit M. Trudeau.

« Notre gouvernement a fait son travail en respectant toutes les normes établies. Si quelqu’un pense le contraire, il avait la responsabilité de soulever la question avec moi. Personne ne l’a fait, incluant Jody », a-t-il affirmé.

Jody Wilson-Raybould, la seule Autochtone au Conseil des ministres, a claqué la porte du cabinet Trudeau en matinée.

Qui sont les hommes et les femmes derrière nos politiciens? Emmanuelle présente... un balado animé par Emmanuelle Latraverse.

Accusations rejetées

M. Trudeau a rejeté les accusations voulant que cette démission remette en question la volonté du gouvernement d’accomplir la réconciliation avec les peuples autochtones. Il a soutenu que cette cause n’est pas l’affaire « d’une seule personne ».

Ce nouveau rebondissement est d’autant plus étonnant que le premier ministre avait assuré pas plus tard que lundi qu’il avait toujours confiance en sa ministre des Anciens combattants.

Le ministre de la Défense nationale, Harjit Sajjan, reprendra le portfolio par intérim.

Outre sa lettre de démission, Mme Wilson-Raybould s’est terrée dans le silence le plus complet depuis l’éclatement de l’affaire SNC-Lavalin la semaine dernière, plaidant le secret professionnel.

Justin Trudeau étudie la possibilité de lever l’obligation au secret de son ex-ministre.

Il soutient toutefois que cette possibilité comporte de « réels dangers », puisque la cause de SNC-Lavalin est toujours devant les tribunaux.

Qui est Jody Wilson-Raybould ?

♦ 47 ans.

♦ Membre de la nation We Wai Kai, en Colombie-Britannique.

♦ Chef régionale de l’Assemblée des Premières Nations pour la Colombie-Britannique de 2009 à 2015.

♦ Parmi les leaders autochtones qui ont rencontré Stephen Harper dans la foulée du mouvement Idle No More.

♦ Ancienne procureure de la Couronne de la Colombie-Britannique.

♦ Dossiers qui ont été sous sa responsabilité : Aide médicale à mourir et légalisation du cannabis.

Quatre dates charnières

► 2012

Premières perquisitions de la Gendarmerie royale du Canada dans le cadre de son enquête sur SNC-Lavalin.

► 2015

SNC est accusée d’avoir payé 48 millions $ en pots-de-vin à des responsables libyens de 2001 à 2011. SNC fait du lobby pour que le fédéral adopte un mécanisme qui permet aux multinationales de conclure des ententes hors cour pour les grandes entreprises accusées de fraude et de corruption.

► Septembre 2018

Le gouvernement Trudeau permet les ententes hors cour, appelées accords de poursuite suspendue.

► Octobre 2018

Le Service des poursuites pénales du Canada refuse de négocier pour une entente hors cour. SNC demande à la Cour fédérale de réviser la décision.