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La facture salée des baby-boomers

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Un jeune canadien moyen né en 2017 devra payer environ 736 000$ en taxes et impôts de plus que ce dont il bénéficiera en services publics au cours de sa vie, selon une récente étude du C.D Howe Institute.*  

Un Canadien plus âgé pour sa part, disons celui né en 1960, paiera plutôt aux alentours de 125 000$ de plus que le coût de sa réelle utilisation des services publics canadiens.   

C’est une des conséquences du vieillissement de la population canadienne; un enjeu primordial pour les prochaines générations au gouvernement, qui devront composer avec moins de revenus et plus de dépenses gouvernementales.   

L’analyse de l’étude du think thank canadien évalue également le nombre de contribuables par rapport au nombre de personnes âgées. En 1972, il y avait sept contribuables pour soutenir chaque retraité. Cela constituait l’équilibre idéal entre ce que le contribuable payait pour sa propre utilisation des services publics et celle des autres.  

Car évidemment, plus on est vieux, moins notre revenu est élevé, moins on consomme, moins on paie d’impôt, tout en risquant de devenir un usager du système de santé canadien.   

Ce qui est moins normal en revanche, c’est que cet équilibre entre le nombre de jeunes et de personnes âgées ne peut être maintenu à long terme. Dans moins de dix ans, il y aura seulement trois contribuables pour chaque personne âgée au Canada.  

Simplifions: un plus petit groupe de citoyens, en l’occurrence les jeunes d’aujourd’hui, devra payer pour un plus grand nombre de personnes à la retraite.  

Des conséquences concrètes  

Certes, ce vieillissement de la population a pour première conséquence une augmentation des coûts de notre système de santé; les dépenses en santé par habitant sont par exemple de 8348$ pour les 70 à 74 ans, et ils chutent à environ 2500$ pour les Canadiens âgés entre 25 et 60 ans.*  

On estime donc que les dépenses publiques canadiennes reliées au système de santé augmenteront de 50% en 2045 par rapport à notre niveau actuel.   

Les provinces détenant les pouvoirs en santé seront encore plus affectées. En 2030, près de 40% des dépenses provinciales pourraient être nécessaires pour maintenir à flot un système de santé, ô combien déjà saturé.   

Or, l’explosion des coûts de santé n’est pas la seule conséquence: il faudra également bonifier les aides financières aux Canadiens à la retraite et revoir l’aménagement de notre territoire: rues, transports en commun, logements...   

L’ère du politiquement impossible  

Quelles sont donc les conséquences de ce vieillissement chez les jeunes générations?   

Essentiellement une prise en otage de son pouvoir politique.   

Pourtant, Dieu sait qu’une panoplie de défis les attendent quand les portes du pouvoir s’ouvriront enfin à elle, à commencer par la transition coûteuse et inéluctable vers une économie verte.   

Dit autrement, nous entrons dans une ère du politiquement impossible. L’élaboration de grands chantiers politiques nous sera mathématiquement impensable; nous devrons nous contenter probablement d'une gestion rigoureuse des finances publiques.  

Sans efforts supplémentaires pour taxer davantage une génération plus riche que jamais, le Canada et le Québec continueront de s’endetter. Heureusement, le Québec s’est doté d’un outil formidable, le Fonds des générations, pour diminuer dans la mesure du possible cette iniquité intergénérationnelle.     

En revanche, son influence est réduite devant les 50 dernières années d’insouciance et de laxisme budgétaire d’une classe politique qui n’a toujours vu que le bout de son nez.  

Alors que la pensée populaire est de croire qu’on paie toujours de plus en plus d’impôts, la vérité est qu'en moyenne nous en payons moins. De 1976 à 2016, le contribuable au salaire médian paie 1244$ en taxes et impôts de moins par an, en ajustant bien sûr selon l’inflation.  

Voici donc une génération, les boomers, qui s’est continuellement octroyé à elle-même des baisses de taxes et d’impôts sur une carte de crédit déjà pleine, alors que le coût des services publics ne cessait d’augmenter.  

En termes de politiques publiques, le boomer, c’est celui qui s’est bourré la face dans un restaurant à cinq services, avec une bouteille de vin en accompagnement, et qui a finalement décidé de quitter le restaurant sans payer, refilant du même coup la facture à ses enfants et petits-enfants.    

*Source : Intergenerational Fairness: Will our Kids Live Better than We Do?, par Parisa Mahboubi du C.D. Howe Institute.  

*Source : «Tendances des dépenses nationales de santé, 1975 à 2018», par l’Institut canadien d’information sur la santé.