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[PHOTOS] La grande question : bois ou métal?

Il faudra un consensus d’experts pour décider comment la cathédrale parisienne sera reconstruite

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Différents experts en construction, en architecture et en conservation du patrimoine ont commencé à débattre sur la pertinence de reconstruire Notre-Dame de Paris en bois, ou s’il fallait opter pour le métal.

La structure du bâtiment emblématique était une structure « de légende » dont la complexité a « stupéfié le Moyen-Âge » et continuait de fasciner les artisans d’aujourd’hui, a expliqué à l’AFP Thomas Büchi, maître charpentier suisse et président du groupe Charpente Concept.

« C’est peut-être un des plus grands chefs-d’œuvre des compagnons charpentiers du devoir, dit-il. Pour un peintre, c’est un peu comme si La Joconde était partie en fumée. »

50 ans de préparation

Celui-ci raconte qu’il a fallu 50 ans uniquement pour préparer le bois.

« On commence à couper les arbres [environ 1500] autour de l’an 1200. On les coupe et on les couche pendant un an, la tête tournée vers le nord pour qu’ils soient alignés avec les énergies de la terre. Puis on va les écorcer et les immerger dans un marécage pendant 25 ans. Cela préserve le bois des champignons et des insectes.

« En 1225, on va les ressortir de l’eau, puis scier les troncs en poutres et les laisser sécher pendant 25 ans. Au vu de la durée de vie moyenne de l’époque, cela veut dire que ceux qui ont coupé les arbres n’ont pour la plupart jamais vu la charpente. »

Décision difficile

C’est l’architecte en chef de Notre-Dame, Benjamin Mouton, et la commission nationale du patrimoine et de l’architecture qui auront la lourde tâche de décider s’ils doivent recourir au même bois qui a servi à bâtir la toiture et la flèche, ou opter plutôt pour une structure en métal.

« Le principal défi consiste à reconstruire dans la forme à l’identique, mais pas forcément avec les mêmes matériaux, ni les techniques d’origine », note Hervé Cazelle, architecte du patrimoine qui a participé à une vingtaine de chantiers de reconstruction de bâtiments historiques, contacté par la chaîne France 24. 

« Techniquement, ce n’est pas un problème de refaire à l’identique, dit-il. Nous disposons des plans précis de la cathédrale et le savoir-faire existe en France. »

L’avenir de la flèche « va probablement susciter de nombreux débats », note Alexandre Goulet, architecte au cabinet GCG à Paris. 

« Utiliser les matériaux et les techniques de l’époque peut prendre plus de temps que d’avoir recours à des méthodes plus modernes. Toute la question est de savoir si pour respecter l’intégrité du patrimoine, on peut se permettre de garder une cathédrale “invisitable” en plein cœur de Paris pendant des années », observe pour sa part Félix Bulcourt, directeur de l’école de design de l’ENS de Paris et passionné de l’architecture de Notre-Dame de Paris en entrevue à France 24.

Long diagnostic

Le chantier de restauration a, en fait, « commencé dès ce matin par les mesures d’urgence et à titre conservatoire, souligne M. Cazelle. Il s’agit de sécuriser ce qui a été épargné par l’incendie. Les autorités vont examiner la maçonnerie, les vitraux ou encore les revêtements du sol et mettre en place des dispositifs, comme des étais, pour éviter toute dégradation supplémentaire. »

Les architectes vont ensuite « procéder au diagnostic de l’ensemble de l’édifice, littéralement pierre par pierre », précise l’architecte à France 24. 

L’incendie a généré « énormément de chaleur qui a pu endommager les scellements entre les pierres ce qui peut avoir altéré la structure de l’édifice », précise M. Goulet au réseau français. 

structure fragile

M. Cazelle a ajouté à France 24 que la chaleur a peut-être aussi fait fondre ou déformé le plomb qui maintient les vitraux, ce qui peut obliger à les renforcer.

« Le poids des cendres et de l’eau utilisée pour éteindre les flammes peut aussi avoir fragilisé la structure d’ensemble », ajoute M. Bulcourt. 

« De mon côté, reprend le charpentier Thomas Büchi, « je vais vraiment militer pour qu’on refasse une charpente en bois. Il ne faut pas faire comme pour la cathédrale de Chartres dont la charpente a brûlé au 19e siècle et qu’on a remplacée par une charpente métallique. En France, on a largement les chênes en suffisance. »

-Avec l’AFP et France 24

  

  

COUT DE LA RESTAURATION : les chiffres varient selon les techniques traditionnelles ou nouvelles qui pourront être utilisées, mais atteindront de toute façon plusieurs centaines de millions d’euros, selon les experts, et l’élan de solidarité devrait permettre de couvrir ce budget. « Cette fois-là, ce n’est pas l’argent qui va manquer », a résumé l’animateur Stéphane Bern, alors que tant de chefs d’oeuvre en péril ont du mal à trouver des financements.     

DÉLAIS : les pronostics sur les délais d’une restauration sont très variables. Il faudra « dix à vingt ans minimum », selon M. Bern, en commençant par l’évaluation des dommages, les arbitrages à prendre sur des manières de procéder, les appels d’offre. Les travaux préparatoires, d’assainissement, de consolidation, de séchage prendront également du temps. Une fois les arbitrages pris, les entreprises compétentes qui disposent des savoir-faire nécessaires pourront mener la restauration relativement vite, selon les experts.    

APPELS D’OFFRE : À la différence des cathédrales d’autres pays ou de Strasbourg (en raison du régime concordataire) qui n’appartiennent pas à l’Etat, la restauration de la cathédrale de Paris obéit aux règles complexes des marchés passés par l’Etat : les sociétés retenues par les appels d’offre font toujours appel à des sous-traitants qui peuvent faire appel elles-mêmes à des sous-traitants. Elles-mêmes peuvent faire appel « à des personnes peu qualifiées » sur les chantiers, affirme une architecte qui a requis l’anonymat.    

Ce système des marchés attribués par l’Etat est considéré par certains architectes comme moins sûr pour le contrôle au jour le jour du bon état de conservation d’un monument. Pour la cathédrale de Strasbourg, une équipe dédiée vérifie chaque jour l’état de la cathédrale.     

ASSURANCE : il risque d’y avoir une longue discussion dans le domaine des assurances. Qui a été responsable de quoi ? À cette question s’ajoute la difficulté qu’il y aura à déterminer l’origine du sinistre.     

RÉOUVERTURE AUX VISITEURS : l’intérieur de la cathédrale va pouvoir rouvrir aux visiteurs. Sans doute assez vite. Il faut évidemment procéder d’abord à la vérification de la solidité des voûtes. C’est le voeu des autorités, ministère et évêché, de rouvrir la cathédrale au culte et aux touristes dans un délai raisonnable.     

VOÛTES : les voûtes peuvent avoir été ébranlées par deux chocs thermiques successifs, provoqués par le feu et ensuite par l’eau qui ont saturé les poutres. Des expertises longues et minutieuses seront menées.     

CHARPENTES : Redonner à la cathédrale sa figure d’origine ne pose pas de problème. Mais les magnifiques charpentes, notamment du choeur et de la nef, avec leur densité de traces historiques depuis le XIIe siècle, sont perdues pour toujours. Cet ensemble est une des plus belles charpentes de France, et c’est, pour les historiens de l’architecture, une perte considérable d’un patrimoine qui raconte une histoire et un savoir faire d’artisans, parfois de père en fils.    

Les charpentes en chêne seront-elles refaites exactement comme l’ont voulu les bâtisseurs, dans les règles de l’art et le respect de savoirs ancestraux ? C’est le voeu de nombreux architectes et de Stéphane Bern, d’autres plaidant pour une reconstruction plus rapide, avec des structures métalliques ou de béton.     

FLÈCHE : la reconstitution de la flèche, d’assez petite taille, ne devrait pas poser de problèmes. Elle avait déjà été reconstituée par Eugène Viollet-Le-Duc au XIXe siècle.     

ÉCHAFAUDAGES : il va falloir prévoir des échafaudages géants et complexes. Et aussi probablement placer au dessus de la cathédrale un parapluie géant pour que les combles sèchent. Puis les bois devront être enlevés, avec prudence, pour éviter tout déséquilibre. Commencera ensuite une longue phase de séchage. S’il fallait étayer les voûtes qui s’élèvent à 33 mètres, ce serait complexe en termes d’échafaudages.