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Le Québec «fasciste», ou la banalisation du mépris...

Elle est où la limite à partir de laquelle on dit «c’est assez cette banalisation du mépris envers le Québec!»

Le Québec «fasciste», ou la banalisation du mépris...
Caricature d'Ygreck

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Elle est où la limite à partir de laquelle on dit « c’est assez cette banalisation du mépris envers le Québec! »  

Répétez après moi, le Québec est intolérant, le Québec est fasciste, et s’il le faut, mentez, déformez les faits, mais répétez ad nauseam...  

À heure de grande écoute, le jour de la fête nationale du Québec, sur une radio populaire de la région d’Ottawa, un chroniqueur qui affirme sans gêne que le gouvernement Trudeau devrait remettre le Québec à sa place, agir, contre une loi qui serait à la limite du fascisme.  

Le Québec «fasciste», ou la banalisation du mépris...
Capture d'écran Twitter

Rien de moins. Et le Randall’s Rant – titre de la chronique d’opinion de Randall Moore sous la forme d’une montée de lait – est répété tout au long de la journée à cette antenne populaire où l’on se spécialise dans le rock des années 60 à 80.   

Ce n’est pas une radio communautaire, c’est l’une des radios les plus écoutées de l’Outaouais ontarien et québécois. J’ai capté ce segment en fin de journée, le 24 juin, alors que je la syntonisais moi-même.   

On peut l’écouter ici. Voici le verbatim de la chronique (traduit) :  

« Le silence est assourdissant, celui de notre premier ministre, de ce gouvernement, et de ses partisans pas mieux que des moutons, scandaleusement discrets, et le chef conservateur, qui ne fait pas bien mieux, à propos du gouvernement raciste du Québec et sa nouvelle loi qui interdit le port de signes religieux , juifs, sikhs, mais arrêtons de pavaner, c’est surtout à propos des musulmans. Cette loi rend illégal pour les fonctionnaires de porter ce que leur religion leur prescrit de porter... on parle ici des enseignants, des infirmières, des médecins, des chauffeurs d’autobus ... et au diable la liberté d’expression! La liberté de religion!   

Je veux dire, voilà des choses dont on entend parler ailleurs... mais pas au Canada. Ô, mais ça arrive! Et Justin Trudeau et compagnie assistent à ça, tels des spectateurs, trop timides, trop pissous, pour faire ce qui est juste et mettre au pas le gouvernement du Québec avec tout ce qui est à sa disposition! Mais non! C’est une année électorale n’est-ce pas! Les libéraux ont besoin des votes du Québec donc... ils ignoreront cette petite chose insignifiante que sont le RACISME et la DISCRIMINATION! Pouvez-vous imaginer la réaction de Trudeau et de ses moutons si c’était Doug Ford qui osait un coup aussi stupide! Comme je le mentionnais, le leader conservateur ne fait guère mieux, mais Justin Trudeau!!! C’était notre homme! Notre premier ministre! Celui qui promettait de faire de la politique autrement! Mais malheureusement, il s’avère que celui-ci n’est qu’un autre politicien hypocrite plus intéressé par sa propre carrière politique que les droits et libertés des musulmans de sa propre province.   

Et la gauche! Je me demande, mais où est votre indignation! Ce que le gouvernement du Québec vient de faire par sa nouvelle loi ce n’est rien de moins que répugnant, sans compter que c’est illégal, et à la limite du fascisme. Pourtant, le premier ministre, et ses complices habituels, comme je le disais... le silence est assourdissant. »   

Par où commencer? Peut-être en rectifiant les faits. J’ai soumis l’argumentaire de Randall Moore à l’avocat constitutionnaliste François Côté. Notamment sur la portée de la loi 21. Le chroniqueur est dans l’champ.   

Et pas juste un peu. D’abord, il est faux de prétendre que tous les fonctionnaires seront empêchés de porter des signes religieux. Explication de l’avocat Côté :   

« La loi comprend essentiellement deux obligations distinctes  

1 - L'interdiction de donner ou recevoir des services à visage dissimulé  

2 - L'interdiction de port de signes religieux dans l'exercice de fonctions  

C'est surtout sur le point 2 que tout le débat public porte et là-dessus, spécifiquement l’interdiction de port de signes religieux, non, les infirmiers et chauffeurs de bus ne sont pas visés à l'Annexe II de la loi, ils ne seront pas sous l'interdiction de porter des signes religieux au travai l. »  

À moins que Randall Moore ne soit un ardent défenseur de la burka ou du tchador...   

François Côté ajoute : « par contre, l'interdiction de donner ou recevoir des services à visage caché, elle, elle n’a presque pas fait de débats (parce que je pense que personne ne la trouve controversée), mais elle a un champ d'application plus large, lequel, lui, vise effectivement le réseau de la santé ainsi que les sociétés de transport. »  

Mais bon. Qui se soucie des faits? Faudrait rappeler au chroniqueur que RIEN n'emprêchera les gens au Québec de porter des signes religieux exception faite, pendant les seules heures de travail, de ceux qui sont en postes d'autorité tel qu'on le définit dans la loi 21. Moore préfère insinuer que « les droits et libertés des musulmans » sont suspendus. Et pour ce qui est de sa critique de la gauche, Randall Moore devrait porter attention à ce se passe au Québec... il pourrait se trouver des atomes crochus avec le parti « de gauche » de l'Assemblée nationale... Doit-on rappeler que lors du dernier congrès de Québec solidaire, celui où ce parti a renié sa position de campagne électorale sur la laïcité, on avait affirmé le plus sérieusement du monde qu'une commis de la SAAQ pourrait porter le voile intégral...   

L’objectif de la montée de lait de Moore n’est pas de faire dans la dentelle. Ce qui est excessif est insignifiant dit l’adage...   

Pourtant, il n’y a rien de banal dans le fait de traiter le gouvernement Legault de « raciste », ce gouvernement qui a été dument élu par la majorité des Québécois et des Québécoises qui se sont présentés aux urnes...  

Il n’y a rien de banal – Ô que non – à insinuer que ce gouvernement emprunte au « fascisme » par sa loi 21.   

Et pourtant nous en sommes là. À heure de grande écoute, une chronique méprisante, violente et surtout truffée de faussetés, répétée toute la journée dans une radio populaire de la capitale du Canada... le jour de la fête nationale du Québec.  

Et il ne faudrait rien dire?