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Les « mauvais perdants »

Les anti-laïcs ont perdu. Et ils ne le prennent pas, manifestement.

Les « mauvais perdants »
Simon Clark/Agence QMI

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Les anti-laïcs ont perdu. Et ils ne le prennent pas, manifestement. Ils sont de bien mauvais perdants. 

Bien sûr, j'ironise. Mais cela transparait des débats - quand il y en a et que nous ne sommes pas à l’état d’insultes - et des discussions qui ont cours depuis que le gouvernement, dument élu, a annoncé ses intentions fermes de légiférer dans le sens de la laïcité. Ça dérape! Et pas juste un peu.  

À peine élu, dès que l’on a commencé à discuter de laïcité, des voix se sont levées pour contester la légitimité du gouvernement Legault. « Élu par défaut », « pas vraiment pour son programme, mais juste pour remplacer les libéraux », etc. 

Autrement dit, l’intendance M. Legault, et pas plus! Surtout pas la laïcité.  

Les mêmes qui ne contestaient pas la légitimité du gouvernement Couillard quand il passait la tronçonneuse dans les services publics au nom d’une austérité idéologique...  

Ou encore quand celui-ci tentait, par la toute petite porte arrière, et discrète, de l’Assemblée nationale, d’imposer les préceptes du multiculturalisme au Québec (projets de loi 59 et 62) sans avoir le courage de mener le débat au sein de la population. 

Pour l’occasion, afin de bloquer cette vile tentative du Parti libéral de Philippe Couillard, deux ténors de notre univers juridique aux positions diamétralement opposées auront fait équipe : Julie Latour et Julius Grey. Pas question d’imposer l’esprit même du multiculturalisme par voie législative sans en référer d’abord à la population! Un extrait de leur lettre d'opinion commune en mai 2016 : « Le projet de loi no 59 participe d’une rectitude politique dangereuse, issue de l’idéologie de multiculturalisme canadien, que le Québec n’a jamais cautionnée

Aviez-vous entendu à l’époque les pleureuses anti-laïcité déchirer leurs chemises à propos des PL 59 et 62 du PLQ?  

S’en prendre aux Québécois laïcistes... 

Placés devant l’inévitable, c’est-à-dire que 68 % des députés de l’Assemblée nationale voteront en faveur du projet de loi 21 (84 sur 124 en excluant le président de l’Assemblée), les anti-laïcs s’en prennent aux Québécois.  

On a comparé la velléité de laïcité des Québécois aux pires régimes et atrocités de l’histoire. Rien de moins. Épuration ethnique, régime nazi, apartheid, dictature iranienne. Rien n’est ménagé pour insulter, mépriser les Québécois qui appuient la laïcité.  

Et c’est malsain.  

Les « mauvais perdants »
Simon Clark/Agence QMI

La décision d’écourter les Consultations particulières et audiences publiques sur le PL 21 est salutaire en ce sens que cela nous permettra, collectivement, d’éviter des dérives comme le ce témoignage, hier, de Haroun Bouazzi, le représentant de l'Association des Musulmans et des Arabes pour la laïcité au Québec.  

Je passe ici le clavier à l’avocat constitutionnaliste François Côté qui n’a pas mâché ses mots pour dénoncer les propos de M. Bouazzi :  

« Haroun Bouazzi fait allusion au totalitarisme du régime de l'Ayatollah Khomeini en Iran – régime formellement reconnu coupable de violations graves et systématisées des droits de l'Homme (des dizaines de milliers de cas de torture, violences sexuelles, emprisonnement injustifié et exécutions extra-judiciaires) devant le Tribunal international sur l'Iran (la Haye) – pour parler du Projet de loi 21 sur la laïcité de l'État en commission parlementaire.

Monsieur Bouazzi, ces propos que vous avez tenus sont indignes et inacceptables dans l'enceinte parlementaire . Non seulement ces paroles, sophisme de l'association à l'infâme, ne font que jeter un sérieux doute sur la substance même de votre argumentaire – mais elles sont au surplus incroyablement insultantes envers la vaste majorité concourante de la société québécoise, envers son mode de vie, son histoire, ses valeurs, sa tradition juridique et son rapport collectif face à la manifestation de la religion dans la sphère civique, que vous associez à un des plus odieux régimes de terreur dictatoriale des dernières décennies. » 

Sur sa page Facebook, M. Côté en a rajouté sur les nombreuses diatribes insultantes de M. Bouazzi (ex-candidat à l’investiture de la circonscription Maurice-Richard sous la bannière de Québec Solidaire) envers les Québécois laïcistes ou critiques de l’islamisme politique.  

Les « mauvais perdants »
Le Journal de Quebec

Taylor et Bouchard 

De la même façon, ça n’a pas volé très haut lors des allocutions de Charles Taylor et Gérard Bouchard, les deux commissaires déchus de la commission du même nom.  

Passons outre le témoignage du premier, sans intérêt comme le rappelait le chef du Parti québécois Pascal Bérubé, lequel n’a pas perdu son temps à lui poser quelque question que ce soit. Charles Taylor milite, avec acharnement, il ne réfléchit plus.  

Dans le cas de Gérard Bouchard, son affirmation selon laquelle « le Québec n’a pas l’air d’une société décente » apparemment, car on y discute de laïcité et qu’on légifèrera en ce sens a été réfutée par un autre sociologue, M. Michel Roche. Voici sa réponse (en entier) adressée à « son collègue » :  

« Le Québec, peu sensible aux droits fondamentaux?

Le Québec n'a pas toujours été d'avant-garde, surtout dans la période qui va de la répression des Patriotes en 1838 jusqu'à la Révolution tranquille, alors que nous étions sous la coupe de l'Église catholique et des notables ultramontains des villes et des villages. Mais il s'est pas mal rattrapé depuis. Il sait bien ce que signifie la domination religieuse et c'est pour cela qu'il est très majoritairement en faveur de la laïcité (droit collectif) - pas seulement celle des murs, des stylos à bille et des ordinateurs utilisés par les fonctionnaires. Il sait aussi ce que veut dire la domination d'une autre langue, celle du conquérant. Ce n'est pas pour rien qu'il s'est battu pour faire du français la seule langue officielle (droit collectif). Il connaît aussi les conséquences de la liberté individuelle laissée aux patrons de remplacer les grévistes par des briseurs de grève. Il bénéficie aujourd'hui d'une loi qui protège les droits collectifs des travailleurs et travailleuses que le gouvernement fédéral n'a toujours pas votée à Ottawa. Habitué à sa situation de minoritaire, il a été le premier, en Amérique du Nord, à adopter une loi permettant l'union civile pour les couples de même sexe (2002). Écœuré par les façons d'agir des «faiseux d'élections» liés au «big busines», le Québec s'est doté d'une loi sur le financement des partis politiques, devenue dès lors un modèle pour le reste du monde. On pourrait allonger la liste sans peine.

Aucune étude rigoureuse n'existe qui permet de prouver que le port de signes religieux peut endoctriner des élèves ou les traumatiser ? C'est un peu démagogique. Il ne s'agit pas de la crainte de provoquer un trauma, mais du droit collectif à un espace réellement neutre au sein de l'institution centrale qui nous unit: l'État. Tiens, je vais faire le démagogue moi aussi. Aucune «étude rigoureuse» ne permet de prouver que le port d'objets véhiculant une opinion politique (macaron, t-shirt, casquette «Make America Great Again!») peut endoctriner ou traumatiser des élèves ou des utilisateurs des services de l'État. Et ça demeure néanmoins interdit. Personne ne conteste cela. Même moi, alors que la politique est enfouie au plus profond de ma personnalité, inséparable de ce que je suis. Parce que c'est un PRINCIPE. En dépit de mes tentatives de devenir fonctionnaire à la sortie de mes études et des multiples examens passés et réussis, on m'a rejeté. Et je crois que les personnes responsables avaient bien raison. Comment? Vous dites que la religion, ce n'est pas la même chose? Les religions ne véhiculent-elles aucunes valeurs concernant les minorités (sexuelles, notamment), les femmes, la démocratie, le capitalisme et le communisme? Les religions sont des idéologies et il faut les traiter comme telles.

Mon collègue Gérard Bouchard a beaucoup apporté à l'histoire et à la sociologie. Discuter avec lui est un vrai plaisir pour l'intellect. Mais en dépit de tout cela, je ne partage pas le portrait qu'il brosse du Québec actuel et sa conception libérale (anglo-saxonne) de la laïcité. » 

Six jours de ceci, c’est amplement suffisant trouvez pas?!