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Les rebelles accusent l’Amérique d’être derrière la guerre au Yémen

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AFP

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Sanaa | Les rebelles au Yémen ont accusé mercredi Washington de tirer les ficelles de la guerre dans ce pays, après le veto du président Donald Trump à une résolution du Congrès l’exhortant à cesser tout soutien à une coalition militaire combattant les insurgés.  

Mardi, M. Trump a rejeté cette résolution parlementaire, qualifiée de « tentative inutile et dangereuse d’affaiblir » ses pouvoirs constitutionnels et qui selon le président américain met de surcroît « en danger des vies de citoyens américains ».  

Outre les attaques de drone menées depuis des années par les États-Unis contre des djihadistes implantés au Yémen, notamment ceux d’Al-Qaïda, le Pentagone apporte un soutien logistique « non combattant » aux Saoudiens et aux Émiratis, piliers d’une coalition intervenue en 2015 dans ce pays en soutien au président Abd Rabbo Mansour Hadi face aux rebelles Houthis.  

« L’Amérique n’est pas seulement impliquée dans la guerre au Yémen, mais c’est elle qui a pris la décision de cette guerre », a déclaré le porte-parole des rebelles Mohammed Abdel Salam à Sanaa, la capitale du Yémen contrôlée par les Houthis.  

« Les autres (pays impliqués dans la guerre) ne font que suivre l’Amérique et appliquent ses désirs », a-t-il ajouté, soulignant que le veto fait endosser à Washington « la responsabilité des massacres et du blocus qui frappent le Yémen ».  

Proche allié de Washington, l’Arabie saoudite, qui dirige la coalition militaire au Yémen, n’a pas immédiatement réagi au veto de Donald Trump. Mais les Émirats arabes unis l’ont salué.   

« Stratégique »  

«La décision importante du président Trump est à la fois opportune et stratégique », a souligné le ministre d’État émirati aux Affaires étrangères Anwar Gargash.  

Il a affirmé que la coalition continuait de « soutenir les efforts de paix de l’ONU au Yémen » et de tenir compte des « dimensions humanitaire et politique » de la crise dans ce pays.  

L’assassinat en octobre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi dans le consulat de son pays à Istanbul par un commando venu de Riyad a suscité de nombreuses critiques à travers le monde et accéléré une mobilisation des parlementaires américains contre le soutien de M. Trump à Riyad.  

Le refus du président américain de mettre en cause le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane -considéré comme « responsable » de l’assassinat de Khashoggi par le Sénat américain- a indigné jusque dans son propre camp républicain.  

Le conflit au Yémen, pays pauvre de la péninsule arabique, a provoqué la pire catastrophe humanitaire au monde selon l’ONU, et poussé des millions de personnes au bord de la famine.  

Il a fait quelque 10 000 morts, en majorité des civils, selon un bilan partiel de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Des ONG estiment toutefois que le nombre de morts est nettement plus élevé, certaines citant un bilan cinq fois supérieur.  

Les rebelles, qui contrôlent aussi une bonne partie du nord du pays, sont soutenus par l’Iran chiite, grand rival chiite de l’Arabie saoudite sunnite au Moyen-Orient.  

Paix introuvable  

Quatre ans après l’intervention militaire en mars 2015 de la coalition militaire, ni le gouvernement ni les rebelles ne sont parvenus à l’emporter et les efforts pour mettre fin à la guerre n’ont pas abouti jusqu’ici.  

L’ONU a annoncé lundi avoir obtenu un accord final des belligérants pour un retrait des combattants de la ville portuaire de Hodeida (ouest), sans toutefois en préciser la date.  

Ce retrait est l’un des éléments clés de la trêve à Hodeida, obtenue début décembre en Suède par l’ONU, mais qui n’a jamais été appliqué.  

« Les deux parties ont maintenant accepté un plan de redéploiement détaillé », a assuré l’émissaire de l’ONU au Yémen Martin Griffiths.  

Un accord similaire annoncé en février n’a jamais été non plus appliqué sur le terrain.  

Le port de Hodeida, par lequel transite l’essentiel de l’aide humanitaire internationale envoyée à une population exsangue, est contrôlé par les rebelles.  

Dans un rapport lundi, l’International Crisis Group a appelé les États-Unis à continuer à réduire leur soutien à la coalition dirigée par l’Arabie saoudite, seul moyen selon ce centre de réflexion d’aller vers une fin de guerre.