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L’humour en 2018, 2ème partie : Passer au niveau supérieur

Continuons notre bilan de la dernière année en réfléchissant sur de nouvelles formes artistiques et le concept fourre-tout de "relève"

Bruno Ly devant le public de la soirée d'humour du La Tulipe.
Photo Agence QMI, Dario Ayala Bruno Ly devant le public de la soirée d'humour du La Tulipe.

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Continuons notre bilan de la dernière année. Certaines formes artistiques autrefois saugrenues sont maintenant de plus en plus présentes. Enfin, on quitte le modèle traditionnel du spectacle de 90 minutes pour quelque chose de plus punché !     

Le virage « à l’américaine » confirmé  

Je n’irai pas jusqu’à annoncer la mort de la forme du one-man/one-woman show, au contraire, mais le problème avec la forme de spectacle qui fait rouler notre industrie de l’humour depuis 30 ans, c’est qu’elle ne permet pas à tous les très bons humoristes qui se relaient sur scène et sur nos écrans de visiter la province.     

C’est très dispendieux à mettre sur la route, un spectacle de 90 minutes. C’est de 12 à 24 mois de préparation, c’est de la mise en marché, de l’investissement en talent et en publicité. C’est un énorme risque financier pour les producteurs.     

Il faut aussi savoir créer un effet de rareté, une demande pour l’artiste en question, un enthousiasme de la part du public pour aller le ou la rencontrer, un désir de payer les 30,00 $ à 50,00 $ (et parfois plus) pour écouter un spectacle.      

Bien sûr qu’on ne peut pas permettre à tous les artistes d’avoir leur spectacle ! Il n’y a pas assez de salles et de dates disponibles pour tout le monde.      

Et ce n’est pas tous les artistes qui ont 90 minutes de matériel rodé au quart de tour, et testé avec succès suffisamment devant public.     

Mais nous avons des dizaines d’artistes qui ont d’excellents 30 minutes !     

Netflix, 22 minutes avec... et spectacles de 60 minutes  

Depuis plusieurs années, le Zoofest et, depuis plus récemment, le Comédiha! offrent une programmation où les artistes, souvent dits « de la relève », ont la scène pour 60 minutes.     

Parfois, ces artistes constituent des duos et font 30 minutes chacun. Parfois, c’est un 60 minutes en solo.     

C’est une forme qui correspond en plusieurs points avec différents modèles américains.     

Une tête d’affiche dans les comedy clubs au pays de Donald fera souvent entre 30 et 45 minutes.     

Les comedy specials, que ce soit sur NBC ou Netflix, sont d’une durée de 60 minutes.     

Jusqu’à maintenant, en dehors des galas dans les festivals, les opportunités de monter sur scène devant de grandes foules avec moins de 30 minutes de matériel étaient plutôt rares.      

Mais nous voyons en 2018 que le tout est en train de changer et de s’enraciner comme pratique.     

Plusieurs salles de spectacles, d’ordinaire de quelques centaines de sièges au maximum, ont commencé à accueillir depuis trois ans des spectacles plus courts.     

Les 60 minutes de nos artistes peuvent maintenant quitter Zoofest et ComediHa! pour se retrouver sur d'autres plateformes, dont Netflix. C’est sûr que nous n’avons que quatre élus à ce jour (Katherine Levac, François Bellefeuille, Louis-José Houde et Adib Alkhalidey), mais c’est un début important.     

Il est aussi possible de se régaler d’émissions courtes consacrées à un ou une artiste en particulier, notamment par le biais de 22 minutes avec... sur véro.tv.      

Nous avons donc maintenant accès à une plus grande variété d’artistes que jamais, ce qui est fantastique car, comme je le répète depuis la fin de mes études doctorales, nous vivons un âge d’or en ce qui concerne la qualité et la variété des contenus humoristiques.     

Et, avant de terminer ce billet, mettons au clair le terme de « relève » en humour.     

Pour en finir avec le concept fourre-tout de « relève »  

Longtemps, on a considéré que, tant qu'un ou une artiste n'avait pas son premier one-man/one-woman show, cet artiste oeuvrait dans les ligues mineures, dans la fameuse « relève ».     

Le « hic », c’est que nous avons maintenant toute une cohorte d’artistes qui ont développé leur art pendant dix ou 15 ans, qui se sont débrouillés seuls longtemps, et qui ont eu à redoubler d’efforts pour être aussi, sinon plus originaux que leurs prédécesseurs, dans l’espoir de percer un jour, alors que le marché leur était passablement fermé, déjà bien repu des artistes issus des années 1990.      

Des dizaines de ces artistes de la "relève" cumulent les contrats en écriture humoristique à gauche et à droite depuis plus de dix ans (en télévision, en radio, pour la scène, etc.) et montent sur scène dans les soirées d’humour plusieurs fois par mois, voire par semaine.     

Donc, tant qu’à moi, quand tu réussis à obtenir 100 % ou presque de tes revenus par l’humour, tu es un ou une humoriste/artiste de l’humour professionnel. Point final.     

Le concept de relève doit maintenant s’appliquer plus strictement à celles et ceux qui en sont encore à faire leurs dents dans le métier, qui doivent équilibrer leur vie artistique entre apprentissages, expériences et revenus d’appoint.     

Ainsi, ce n’est pas parce qu’un créateur d’humour n’est pas connu de tous de Percé à Gatineau qu’il est de la relève.     

La dynamique de l’industrie a changé.     

Et nous, en tant que public, nous devons être un peu plus ouverts devant des visages qu’on ne connait pas.     

Une chose est certaine : un producteur ou une productrice n’envoie pas dans vos téléviseurs ou sur scène un ou une artiste qui n’est pas professionnel.     

Il y a énormément de candidats qui attendent leur tour. Quand un ou une gestionnaire prend un risque sur un « nouveau » visage, ce n’est pas sans raison.     

Et nous, nous n’avons qu’à en profiter.