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L’impro en mouvement

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MONTRÉAL | Alors que plusieurs ligues entament la dernière étape de leur saison, l’improvisation a définitivement atteint une place de choix au sein de l’univers culturel montréalais.

«On est au Café Campus depuis 1999», indique d’abord Sébastien Renaud, président de la CIA, la Coalition des improvisateurs anonymes, mais également joueur et capitaine de l’équipe des Rouges.

Cette présence à Montréal remonte à la fin des années 1990, alors que le phénomène de l’impro n’avait pas encore entamé sa formidable ascension comme jeu culte québécois.

Si le gain en popularité de l’impro leur fut profitable, le nombre de ligues a quant à lui explosé durant les dernières années. C’est tout un écosystème qui commençait à se bâtir et dans lequel il fallait tirer habilement son épingle du jeu.

«Il fut un temps où on était une des rares ligues. Aujourd’hui, il y en a beaucoup plus, mais on réussit à tenir notre bout, ajoute M. Renaud. On est quand même réputé dans le monde de l’impro, on va chercher des joueurs qui ont un très bon calibre, souvent des humoristes de la relève, des jeunes comédiens.»

La Guilde d’improvisation théâtrale (GIT) a su justement profiter de cette vague pour émerger tout récemment comme nouvelle ligue à Montréal. «Là, on termine notre troisième année», indique Christian Duchesne, un des quatre capitaines de la GIT.

Enfin, la Sprite, une ligue du quartier Rosemont, vient tout juste d’atteindre la pleine maturité. «Cette année, ça va faire 18 ans que la ligue existe», dit Carl Poulin, joueur et président de la ligue.

Une croissance expliquée

Alors que les trois ligues entameront sous peu leur dernier tournoi de la saison, la popularité grandissante pour ce jeu théâtral n’est plus à démontrer et les raisons qui l’expliquent sont nombreuses.

«J’ai l’impression qu’il y a beaucoup de commissions scolaires, beaucoup d’écoles, de cégeps qui offrent de l'impro et qui offrent de plus en plus d’équipes», soutient Sébastien Renaud.

«Il y a de plus en plus de joueurs qui commencent très jeunes, même certaines écoles primaires parfois qui vont offrir des ateliers d’impro ou des ligues d’impro, et donc ça fait beaucoup de gens qui ont la piqûre très vite et qui veulent continuer longtemps», ajoute le président de la CIA.

Le jeu reste par ailleurs très accessible et à la portée de tous.

«C’est un art qui est super démocratique, tout le monde peut tenter sa chance, peu importe son niveau, ce n’est pas dispendieux», indique Carl Poulin.

Par ailleurs, l’offre grandissante d’impro sur l’île de Montréal a créé du même coup une compétition entre les différentes ligues pour s’attirer un public qui a désormais devant lui une large palette de spectacles. Une saine concurrence qui pousse chacune des ligues à se dépasser.

«Les ligues en général ont peut-être arrêté de tenir le public pour acquis, soutient Christian Duchesne. Il y a beaucoup de ligues qui ont un visuel vraiment plus léché, qui est vraiment plus travaillé que dans les années antérieures.»

«De plus en plus, les ligues ont des comités à l’interne qui s’occupent de la publicité, du marketing, qui s’occupent de faire en sorte que la ligue soit vue à l’extérieur», poursuit un des capitaines de la GIT.

Différents modèles

L’offre grandissante proposée dans la métropole se traduit également par une diversité au niveau des formules, chaque ligue d’impro ayant son originalité. «Nous¸, on a une orientation très punch», indique Sébastien Renaud, de la CIA.

Du côté de la GIT, c’est davantage la construction qui est mise en valeur.

«GIT, ça signifie Guilde d’improvisation théâtrale, et ça a été fondé pour proposer un modèle qui était un peu différent, proposer un style de jeu qui était moins axé sur le punch et davantage sur la construction de l’histoire», dit pour sa part Christian Duchesne.

«Nous, on adopte un format de match qui est assez standard, mais la Sprite a su se démarquer avec le temps par la qualité et la variété du spectacle qui était présenté», poursuit Carl Poulin à propos de la Sprite.

Trois ligues qui profitent ainsi de l’effervescence suscitée par l’impro depuis quelques années. Si le printemps met fin à leur saison, alors que les grandes finales sont prévues en mai, tout indique qu’elles reviendront à l’automne avec aplomb.

Des artistes et humoristes en impro

Alors que sa popularité est grandissante, plusieurs artistes et humoristes aujourd’hui bien connus sont passés par l’impro au début de leur carrière et certains y demeurent encore.

«Actuellement, Pier-Luc Funk est un joueur de la ligue, il joue dans les Jaunes. Phil Roy vient faire des apparitions une fois de temps en temps selon ses disponibilités», indique Sébastien Renaud, de la CIA.

«Sinon, dans l’histoire, Louis Courchesne, Virginie Fortin, Julien Lacroix, Arnaud Soly, Florence Longpré et Vincent Bolduc ont tous joué avec nous, même Guillaume Lemay-Thivierge est venu jouer pendant deux ou trois saisons», poursuit le président de la CIA.

«À la Sprite, Julien Lacroix a joué avec nous, Christine Morency aussi. Elle a joué plusieurs années avec nous», indique pour sa part Carl Poulin de la Sprite.

Demeurer en orbite autour du monde de l’impro représente alors une façon pour ces humoristes et acteurs maintenant bien connus de garder un bon niveau dans un jeu qui leur aura souvent permis de se former comme artiste.

«C’est une façon pour eux de garder la main, de rester alertes, poursuit Sébastien Renaud. Il y a beaucoup d’humoristes présentement qui percent sans avoir passé par l’École de l’humour, mais on les a définitivement vu passer par l’impro avant.»

Petit guide des ligues d’impro à Montréal

  • LALIG: une ligue d’improvisation née en 2007, par l’initiative d’un groupe d’amis, qui prend place au bar L’Abreuvoir les lundis à 20 h. Des matchs à chaque semaine pour les saisons d’automne et d’hiver.
  • Like: une ligue d’impro qui se veut non compétitive et qui oriente sa démarche sur l’ambiance et le spectacle. Les matchs sont présentés tous les lundis à 20 h à la Coopérative Les Récoltes.
  • Tandem: une ligue qui prend place pendant la saison chaude et qui met en confrontation plusieurs duos lors d’une même soirée. Le duo vainqueur est couronné à la fin de la saison. Les matchs ont lieu les mardis soir au Broue Pub Brouhaha Rosemont à partir du 4 juin jusqu’à la fin août.
  • P’tite Ligue d’impro Classique (PLIC): une ligue qui investit le bar Le Vestiaire le dimanche soir à 20 h et qui présente des matchs spectacles. La ligue est actuellement au cœur d’un tournoi de fin de saison, la grande finale aura lieu le dimanche 5 mai.
  • Impro Academy (ImpAct): une ligue créée en 2007 où ce sont les joueurs qui doivent s'exécuter individuellement devant trois juges. Au terme de la soirée, le joueur ou la joueuse ayant accumulé le plus de points repart gagnant. Le mercredi soir à 20 h au bar La Shop.
  • Ligue des pamplemousses: avec ses 400 membres, elle est une des plus grosses ligues d’improvisation au monde. Elle organise des matchs chaque mercredi soir dans le réseau collégial métropolitain depuis 1995. Trois divisions au cœur de la ligue: Pamplemousse, Tangerine et Clémentine.
  • Gailaxie: une ligue prenant place au cœur du Quartier latin, tout aussi ludique qu’irrévérencieuse, dont les matchs se déroulent le dimanche soir à 19 h 30 au Cabaret Mado et sont animés par une drag queen.