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#moiaussi : briser le silence en éduquant nos jeunes ados

Au centre, Jessica Gosselin, initiatrice et conceptrice du projet X-PRESSION, en compagnie de douze heureuses élues.
Au centre, Jessica Gosselin, initiatrice et conceptrice du projet X-PRESSION, en compagnie de douze heureuses élues.

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Vous connaissez Suzanne Zaccour? Il s’agit d’une jeune femme québécoise, militante et doctorante en droit de l’Université d’Oxford. Elle vient de publier l’essai La fabrique du viol , aux éditions Leméac. Elle y dénonce la culture du viol, la façon mysogyne dont on traite les victimes, mais, surtout, elle aborde de front les questions fondamentales «de consentement, d’égalité, de respect, et de tout ce que les rapports hommes-femmes ne sont pas et devraient être». C’est ce qui m’a intéressée.  

Tout ce que les rapports hommes-femmes ne sont pas et devraient être... Avez-vous visionné la série Le Monstre, dernièrement? Cette série en six épisodes, adaptée du récit autobiographique d'Ingrid Falaise, qui nous raconte sa descente aux enfers avec son charmant Al baby? Tout au long du visionnement, une seule et horrible question nous traverse l'esprit: comment une brillante étudiante en littérature a-t-elle pu accepter de se faire traiter aussi cruellement?                             

À cause du silence.                                        

Ce silence qui rend si vulnérable. Cette honte ignoble qui fait courber l’échine et accepter l’inacceptable. Ce silence qui plonge l'humain dans un isolement et une solitude insoutenables.                                         

Très tôt dans la série Le Monstre, Ingrid Falaise lance en voix hors-champ une phrase troublante : «J’aurais dû écouter ma petite voix...». Mais elle ne l’a pas écoutée. Parce qu’il était déjà trop tard. Elle était ensorcelée.   

Agir après coup

Le 18 mars dernier, la ministre de la Justice et procureure générale du Québec, Mme Sonia LeBel, accompagnée de Mme Hélène David, députée de Marguerite-Bourgeoys, Mme Véronique Hivon, députée de Joliette, et Mme Christine Labrie, députée de Sherbrooke, a annoncé la formation d’un comité d’experts sur l’accompagnement des personnes victimes d’agressions sexuelles et de violence conjugale. En bref, ce comité aura pour mandat d’évaluer les mesures actuelles et d'étudier celles permettant d'assurer un accompagnement répondant mieux aux besoins des victimes. Bravo, mesdames! Superbe initiative non partisane! Il était temps!                         

Par contre, un seul bémol: ce comité agira après coup. Encore une fois.                                       

Mais qui accompagnent en amont les jeunes filles vulnérables, rêveuses ou ensorcelées? Celles qui n’arrivent pas à écouter leur petite voix intérieure qui chuchote «Non... Non... Non...!» Les parents? Dur dur pour eux de briser le mur du silence érigé entre eux et leurs ados. L’école? Dur dur d’aborder des questions aussi personnelles à 30 dans une classe, et ce, malgré la mise en place d’un programme d’éducation à la sexualité et de toute la bonne volonté des intervenants du milieu. Alors qui? Qui?                                    

X-PRESSION : un projet communautaire exceptionnel pour briser le silence, prévenir la sexualisation précoce et encourager la persévérance scolaire   

Danseuse, chorégraphe, diplômée en art de la scène et en loisir, Jessica Gosselin a toujours cru au médium des arts et au langage du corps pour contribuer au bien-être des adolescentes. Après avoir suivi une formation avec Mme Francine Duquet, sexologue, professeure à l'UQAM et conceptrice du programme «On est encore des enfants», visant à prévenir la sexualisation précoce chez les enfants de 10 à 12 ans, elle a conçu le projet X-PRESSION. Son concept, financé par la Fondation du Grand Montréal, est génial: mettre un X sur toutes les formes de pression sociale à raison d'une heure de discussions, suivie d'une heure de danse...histoire de bouger et de se défouler, le sourire aux lèvres, le coeur battant.               

Depuis octobre, donc, deux groupes de treize jeunes filles de cinquième et sixième année se rendent chaque semaine au Centre communautaire Petite-Côte, dans Rosemont, pour aborder en toute confiance des enjeux si chers à leurs yeux: relation amicale et popularité; médias et stéréotypes liés à la sexualité; consentement, désir de plaire et éveil amoureux et vocabulaire sexuel; intimidation et réseaux sociaux, Internet et sexualité, pour ne nommer que ceux-là. Autant de sujets qui trouvent un véritable écho chez ces jeunes filles s'apprêtant à faire le saut dans la jungle anxiogène de l'école secondaire.                      

Mieux outillée et plus confiantes, j'ose espérer que ces discussions leur permettront d'arriver à écouter leur petite voix et à dire NON.                    

Et, si un jour maudit, l'une d'entre elles ne voit pas le coup venir, elle sera peut-être en mesure de dénoncer avec plus d'aplomp son agresseur, forte de toute la confiance qu'elle aura acquise à 11 ans... à coup d'après-midis passés avec Jessica au centre communautaire Petite-Côte.                                 

Or, pour pallier le manque de ressources dans nos écoles et briser le silence dans nos maisons, il me semble impératif d'encourager et de financer massivement ce type d'initiatives communautaires afin d'éduquer nos jeunes filles adolescentes (et nos garçons aussi!) AVANT qu'elles ne se voient contraintes d'écrire #moiaussi. Il en va de la santé mentale et physique de nos jeunes et il s'agit aussi, très certainement, d'un moyen de lutter contre le décrochage scolaire, et ce, partout dans la province. C'est le rêve de Jessica Gosselin et de tous les parents. En tout cas, c'est le mien.                 

Il est aussi impératif, M. Roberge, de donner au numérique la place qu'il mérite dans les programmes d'étude! Nous avons assez joué à l'autruche! Les jeunes ont l'impression d'entrer dans la préhistoire chaque matin lorsqu'ils se pointent à l'école et ils sont si peu outillés pour naviguer dans l'univers d'Internet et des réseaux sociaux! À quand un vrai programme d’éducation à la citoyenneté numérique, M. le ministre? J'attends votre réponse avec impatience.