/entertainment/movies
Navigation

«Mon ami Walid»: on trouve de tout à l’épicerie

Adib Alkhalidey et Julien Lacroix
Photo Agence QMI, MARIO BEAUREGARD Adib Alkhalidey et Julien Lacroix

Coup d'oeil sur cet article

Adib Alkhalidey et Julien Lacroix se partagent l’affiche de Mon ami Walid, un long métrage surprenant.

Auteurs du scénario, les deux humoristes mélangent les genres, le comique, l’absurde et le drame s’entremêlant sans discontinuer pendant un peu moins d’une heure vingt.

Le pari est audacieux, le duo ayant produit le film à coups de campagnes de sociofinancement (incluant des spectacles). Tourné en 10 jours avec un budget de 80 000 $, Mon ami Walid a ainsi pu voir le jour grâce à la contribution de 753 donateurs.

La distribution du long métrage échappe, elle aussi, à toute classification, les compères présentant leur œuvre à la manière d’un spectacle, hors des salles de cinéma, lors de représentations pour lesquelles il faut se procurer des billets sur monamiwalid.ca.

Le traitement du propos n’est pas habituel. Dès les premières images – une trop vieille mère (Danielle Fichaud) avec son trop jeune fils (Iani Bédard) s’échangent des insultes bien senties –, on sait qu’on entre dans un monde différent, peuplé d’êtres décalés. En effet, la scène suivante se situe à la caisse d’une épicerie, celle réservée aux détenteurs de 12 articles et moins. Le caissier, c’est Walid (Adib Alkhalidey), clown triste s’il en est un, qui tente de se suicider dans l’entrepôt. Rescapé in extremis par un Antonin (Julien Lacroix, dont la coiffure lui donne de petits airs de Jim Carrey dans La cloche et l’idiot) quelque peu détraqué, Walid se retrouve donc, à son corps défendant, affublé d’un nouvel ami qui tente de le «sauver».

La galerie de personnages croisés au cours du périple des deux hommes tient plus de la cour des miracles que d’une «fictionnalisation» de la réalité tels ce gérant d’épicerie (Guy Jodoin) s’adonnant à des plaisirs très solitaires en espionnant ses clientes, comme ce meneur d'un groupe d’alcooliques anonymes (Christian Bégin dont la prestation fait écho à celle du Problème d’infiltration), cette femme souffrant d’un terrible pied d’athlète (Debbie Lynch-White) ou encore ce sans-abri philosophe (Hubert Proulx) passant son temps à rénover sa maison en carton.

Si on se laisse, pendant le premier tiers de Mon ami Walid, agréablement porter par la narration décousue, on finit par se demander où Adib Alkhalidey et Julien Lacroix veulent en venir, question à laquelle on n’obtiendra jamais de réponse. Si l’on est sensible à certaines touches particulièrement réussies de surréalisme (les excellentes répliques sont nombreuses), force est de constater qu’il manque décidément de cohérence et de cohésion narrative pour que toute cette folie soit transmissible efficacement au spectateur.

Intéressant essai, Mon ami Walid est une première œuvre prometteuse qui en fait souhaiter une seconde plus aboutie.

Note: 3 sur 5