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Pâques et crue printanière...

Vue de la Petite-Nation, depuis quelques années, la fête de Pâques se conjugue avec la crue des eaux et la solidarité...

Inondations d'avril 2017 à Saint-André-Avellin, vue du pont de la municipalité, rivière de la Petite-Nation.
Photo Steve E. Fortin Inondations d'avril 2017 à Saint-André-Avellin, vue du pont de la municipalité, rivière de la Petite-Nation.

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Vue de la Petite-Nation, depuis quelques années, la fête de Pâques se conjugue avec la crue des eaux et la solidarité...  

Au cours des dernières années, la région a été frappée par les inondations à ce moment-ce de l’année. 2017 fut particulièrement difficile. Deux semaines durant, des dizaines de familles qui vivaient au rythme de la crue des eaux, du son des pompes, et des milliers de poches de sable, remparts de fortune devant la nature qui se déchaine.    

Débordement de la rivière de La petite-Nation à Saint-André-Avellin
Photo Steve E. Fortin
Débordement de la rivière de La petite-Nation à Saint-André-Avellin

Dans ces moments-là, c’est indéniable, le sentiment de solidarité est inspirant, nécessaire.    

Cette année, encore, les citoyens se préparent au pire, et espèrent pour le mieux. Les conditions sont réunies par ici pour que tout dérape : températures en hausse le jour et la nuit, pluies diluviennes, fonte des neiges accélérée.    

Le congé de Pâques, encore cette année, sera, pour bien des gens, dédié aux poches de sable plutôt qu’aux réjouissances.    

Vue du chemin du Lac Groleau dans la municipalité de Ripon, aux abords de la rivière de la Petite-Nation
Photo Steve E. Fortin
Vue du chemin du Lac Groleau dans la municipalité de Ripon, aux abords de la rivière de la Petite-Nation

À Ripon, dans le nord de la Petite-Nation, en 24 h, le débit de la rivière a augmenté drastiquement. Selon les autorités, le seuil d’inondation mineure (SIM) est fixé, ici, à 82 m3/s. Au cours des vingt-quatre dernières heures, le débit est passé de 58 à 80 m3/s.    

Et il pleut à boire debout.    

Sans surprises, les autorités sont sur le pied d’alerte. J’en ai discuté avec Bruno Bédard, directeur du service d’incendie de la municipalité de Ripon. Il m’a rappelé à quel point la situation pouvait basculer rapidement.    

Et il en sait quelque chose. En 2017, alors que sa propre demeure était inondée – et celle de son collègue pompier Michel Pilon – ceux-ci n’ont pas compté les heures (et les heures de sommeil qui manquaient) afin de porter secours aux nombreux sinistrés de leur village.    

Faire le relais, des jours durant, entre sa propre demeure sinistrée et l’aide aux autres. Pendant ce temps, les bras n’ont pas manqué pour aider chez les Bédard et les Pilon.    

Inondation à Papineauville, rivière des Outaouais
Photo courtoisie, Nicole Beauchamp
Inondation à Papineauville, rivière des Outaouais

Une collectivité qui se soude, qui s’enlace, qui se tient.   

À Papineauville, j’ai constaté la même chose, chez les Beauchamp, des résidents dont la propriété borde la rivière des Outaouais. En plus de 20 ans, jamais Normand Beauchamp n’avait vu la rivière monter autant qu’en 2017. Les aïeux du coin ont rappelé le milieu des années 70, une fois...   

Par rapport à son niveau de crue normal, en 2017, la rivière chez les Beauchamp avait monté de plus de sept pieds!    

Pendant 10 jours, 24 h sur 24, à trois hommes, ils ont veillé aux pompes et aux poches de sable pour protéger la propriété. Plus de 1000 poches de sable ont été nécessaires.    

En plein cœur du village de Papineauville, une entreprise de machinerie lourde accueillait les énormes montagnes de sable nécessaires afin de «faire les poches». Des citoyens s’y relayaient, afin d’aider les pompiers et autres responsables.    

Il pleuvait, il faisait froid. Je me souviendrai toujours de cette dame âgée, quittant son véhicule, avec d’énormes plats de rangement. À l’intérieur, des muffins chauds, des petits gâteaux. C’était juste parfait.    

J’ai parlé avec Normand Beauchamp au cours des dernières heures. Lui aussi sera occupé pendant la fin de semaine de Pâques cette année. «On va faire des poches!»   

C’est que le niveau de la rivière, en ce moment approche le seuil minimal des inondations. Et l’expérience de 2017 rappelle que ça peut changer rapidement.    

Je lui ai demandé s’il accepterait d’être relocalisé dans l’éventualité où la situation «d’urgence» devenait la norme en quelque sorte. «Si c’est comme ça à chaque année, il faudrait y penser!»   

Comme tant d’autres, ici dans la région, les Beauchamp seront aux aguets, surveilleront le niveau de l’eau.    

«On sait très bien que notre situation pourrait s’aggraver dans le contexte des changements climatiques» explique M. Beauchamp.    

Les prochaines heures seront déterminantes. On retient son souffle par ici. «C’est Pâques, on ne risque pas de manquer de bras!»