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Homicide involontaire de sa femme

Avec ce verdict du jury, la juge Hélène Di Salvo a beaucoup de latitude pour déterminer la peine à lui infliger

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Photo Agence QMI, Toma Iczkovits Michel Cadotte, qui a étouffé sa femme atteinte d’Alzheimer avec un oreiller, a été reconnu coupable d’homicide involontaire samedi.

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Michel Cadotte a été trouvé coupable d’homicide involontaire sur sa femme atteinte d’Alzheimer, hier. Un soulagement pour le Montréalais, qui évitera ainsi la prison à vie.

« Je voudrais remercier le jury et la cour d’avoir écouté [...] Ils ont été vraiment bons dans leur écoute », a laissé tomber M. Cadotte, quelques minutes après le verdict.

  • VOYEZ Michel Cadotte s'adresser aux médias quelques minutes après le verdict:

L’homme de 57 ans a dit ressentir un certain soulagement et a avoué avoir vécu un « stress » tout au long des procédures de plus d’un mois. Il a ensuite pleuré silencieusement quand ses avocats ont pris la parole.

« C’est une histoire triste, un moment de faiblesse humaine. [...] Un homicide reste une infraction excessivement grave, il n’y aura pas de passe-droit, il va y avoir des conséquences importantes, a dit Nicolas Welt, l’un des deux avocats de l’aide juridique.

« Je pense que la famille pourra enfin commencer son deuil, a ajouté sa collègue Elfriede Duclervil. Cette maladie-là, nous l’avons qualifiée de tsunami qui a fait un ravage sur son passage, qui a ravagé des frères, des sœurs, un époux, des amis... »

  • VOYEZ l’analyse de la juge à la retraite Nicole Gibeault:

État diminué

« Non coupable de meurtre. Coupable d’homicide involontaire », a prononcé d’une voix assurée la présidente du jury, hier avant-midi, au palais de justice de Montréal. C’est donc dire que les jurés ont cru que Michel Cadotte avait un état diminué par la dépression quand il a étouffé avec un oreiller sa femme Jocelyne Lizotte, le 20 février 2017, dans le CHSLD de Montréal où elle résidait.

Jocelyne Cadotte, sa femme décédée.
Photo courtoisie
Jocelyne Cadotte, sa femme décédée.

Mme Lizotte, 60 ans, souffrait du stade le plus avancé de la maladie d’Alzheimer. Elle ne reconnaissait plus personne et devait passer son temps attachée. La femme s’était fait refuser l’aide médicale à mourir un an plus tôt, puisqu’elle n’était ni en fin de vie ni en mesure de donner son consentement.

Lors du procès, Cadotte avait longuement témoigné sur l’enfer qu’il avait vécu pendant neuf ans.

Grosse latitude pour la peine

Avec ce verdict, la juge Hélène Di Salvo aura une large latitude afin de déterminer la peine à lui infliger, qui pourrait aller de l’absence de prison jusqu’à l’emprisonnement à perpétuité, bien que cette option soit fort improbable. Les observations sur la peine se dérouleront le 5 mars. Dans l’attente, M. Cadotte a été remis en liberté.

S’il avait été trouvé coupable de meurtre, il aurait écopé de la prison à vie, sans possibilité de libération conditionnelle avant une période d’incarcération allant de 10 à 25 ans.

Pour le moment, impossible de dire quelle peine sera exigée par les deux parties.

« Il faut qu’on prenne le temps d’analyser ce qui serait approprié comme sentence », a précisé Me Welt.

« Pour l’instant, il est trop tôt [pour un appel]. Nous allons prendre le temps d’évaluer les directives qui ont été données par la juge Di Salvo et de voir si des erreurs de droit ont été commises », a indiqué de son côté la procureure de la Couronne, Me Geneviève Langlois.

 

Ce qu’ils ont dit

« Dans les circonstances, non, je ne suis pas surprise. On avait des éléments pour arriver à ce verdict. De toute évidence, les membres du jury ont épousé la thèse de la défense sur une responsabilité diminuée. »

– Nicole Gibeault, juge à la retraite

« C’est un jugement très, très important au Canada. »

– Richard Dubé, criminaliste

« On est satisfaits du verdict, mais je ne pense pas qu’il y ait quelqu’un, de notre côté comme du côté de la famille Lizotte, qui soit satisfait [de tout ce qui s’est] passé. »

– ­­Nicolas Welt, avocat de Michel Cadotte

« C’est un verdict populaire. Je pense que les jurés, après avoir entendu l’accusé témoigner, les psychiatres également, ils ont donné un break à l’accusé. »

– Jean-Pierre Rancourt, criminaliste

« Tout se jouait sur l’intention [...] On se rappelle que pour un meurtre, il faut vouloir causer la mort et que le geste va causer la mort tandis que pour l’homicide involontaire, on commet un geste illégal et c’est un crime quand même, mais la conséquence est moindre parce qu’on ne voulait pas que la personne décède. »

– François-David Bernier, avocat