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Mobilisation citoyenne et réseaux sociaux: leçon de démocratie 101

Manifestation sur le climat, vendredi le 15 mars 2019, à Québec.
Photo Jean-François Desgagnés Manifestation sur le climat, vendredi le 15 mars 2019, à Québec.

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Alors que le Québec tout entier s'interroge sur le bien-fondé du projet de loi 21 sur la laïcité de l'État et que des milliers de personnes manifestent haut et fort leur désaccord, le mouvement étudiant pour le climat a été relégué aux oubliettes, et ce, même s'ils ont été des dizaines et des dizaines de milliers à sortir dans les rues au cours des dernières semaines. Même si 359 scientifiques les ont appuyés. Même si le GIEC nous rappelle avec véhémence que nous avons atteint un point de non-retour. Malheureusement, trois semaines dans le monde des médias, c'est une ÉTERNITÉ. Qu'à cela ne tienne, en guise de première chronique, laissez-moi vous raconter une belle histoire: une histoire qui vous remontera le moral en ce mois d'avril pour le moins déprimant.  

Nous sommes le 15 mars, en après-midi. Huit élèves de ma classe de quatrième secondaire sont absents. Ils sont partis manifester au centre-ville, avec l’accord (précieux!) de leurs parents. Les autres sont restés. Moi aussi. Un peu-beaucoup-énormément déçue de notre manque de solidarité. Mais bon, contraintes organisationnelles obligent.              

Que pouvions-nous faire? Qu’allions-nous faire?              

TESTER LA FORCE DES RÉSEAUX SOCIAUX  

- Chers élèves, à vos comptes Twitter! Nous allons user de notre arme la plus précieuse, les MOTS, pour appuyer les 150 000 manifestants qui bravent en ce moment le froid (et les retenues!) pour militer pour la cause de l’environnement.              

- Mais, Madame, qu’est-ce qu’on va changer? Pensez-vous vraiment que le ministre de l’Environnement va nous entendre, nous, des petits élèves du secondaire? Voyons donc!            

Le cynisme d’une jeune de 16 ans, ça fait mal à voir. Surtout quand ils sont 15 autres à me regarder, l’air de dire : «Vous êtes trop naïve, madame...»             

- Sophie, si à 16 ans tu ne crois pas à ton pouvoir de changer les choses, qu’est-ce qu’il te reste? Allez hop, on se mobilise!               

C’est ainsi qu'armés de notre @ et de notre #, nous nous sommes mis à tweeter. À tweeter encore et encore! Une cascade de mots ininterrompus: nos rêves d’un monde meilleur, nos idéaux collectifs, nos engagements personnels... notre désir de survivre, quoi! Maximum 240 caractères : air du temps oblige.              

Et alors que le fil de nos espoirs les plus fous défilait sous nos yeux, sur le grand écran de la classe, l’inimaginable se produisit : le ministre nous retweetait. En direct.              

Il nous retweetait.               

En direct.              

Stupéfaction générale.              

Alors là, même la madame n’en croyait pas ses yeux.              

Ma réponse en direct (parce qu’il faut bien profiter du moment!) :               

«Merci pour le retweet, M. le ministre. Mes élèves doutaient tellement d’être entendus! Ils sauront maintenant que la mobilisation citoyenne par les réseaux sociaux n’est pas un mythe. Un véritable apprentissage.»              

Sa réponse :              

«Il me fera plaisir éventuellement d’aller à leur rencontre et d’échanger avec eux! Nous pourrons coordonner le tout dans les prochains jours.»              

(...)              

Tout cela pour vous dire qu'au début du mois de mai, le mois le plus vert de l’année, quelque part dans une école secondaire de Montréal, le ministre de l’Environnement du Québec se pointera le bout du nez, à la rencontre d’une centaine d’élèves, pour discuter des enjeux environnementaux qui les angoissent et de l’inaction qui les scandalise.               

Mais, surtout, pour les écouter. Et ça, ça ne leur arrive pas souvent, aux ados, c’est pourquoi ils ont rapidement compris qu’il fallait en profiter. Ainsi, sans tambour ni trompette, ils ont déjà commencé à préparer sa venue : lecture du budget, recherches documentaires, dossiers de presse thématiques, rédaction de questions... ils font leurs devoirs, quoi! Leur vrai devoir cette fois-ci. Leur devoir de citoyen qui ira voter pour la première fois aux prochaines élections provinciales de 2022. Et au rythme où vont les choses, ils seront prêts. Et drôlement informés! Tenez-le-vous pour dit, M. le ministre!             

Et, croyez-moi, leur engagement est beau à voir.              

Cela dit, ne vous méprenez pas, chers lecteurs : il n’est aucunement question de partisanerie politique ici. Cette fois, c’est la CAQ, mais ç’aurait tout aussi bien pu être le Parti Québécois, Québec solidaire, les Libéraux ou le NPD.              

Il s’agit plutôt d’une leçon de démocratie. Leur première grande leçon de démocratie.               

La plus précieuse de toute.              

Celle qui leur permettra peut-être, et je l’espère ardemment, de croire en un monde meilleur et à leur réel pouvoir de changer les choses.               

Un mot à la fois.  

***               

En terminant, une excellente nouvelle: la CSDM a envoyé aujourd'hui un courriel à tous les parents pour réitérer son appui au mouvement contre les changements climatiques. Sa présidente entend même communiquer avec le ministre de l'Éducation, M. Jean-François Roberge, afin de lui demander de bonifier les contenus pédagogiques liés aux enjeux environnementaux. Est-ce que ces deux ministères si importants pour la jeunesse vont enfin se parler? Il serait plus que temps!   

En attendant ce moment, osons donc sortir de nos programmes, chers collègues, pour permettre aux jeunes d’exprimer leur voix dans de vrais contextes, avec de vraies missions. Ils pourraient vous surprendre. Mieux encore : ils pourraient SE surprendre eux-mêmes.