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Quand Obama, Biden et Clinton appuyaient le mur...

L'idée du mur à la frontière mexicaine a été populaire chez les démocrates...

Des prototypes pour le mur frontalier entre le Mexique et les États-Unis.
Photo AFP Des prototypes pour le mur frontalier entre le Mexique et les États-Unis.

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Ce texte n’est pas un appui à Donald Trump...

Non mais c’est qu’il faut le dire, se justifier, chaque fois que l’on traite du président américain sans faire usage de la rhétorique devenue conventionnelle, celle du vilain. 

Et le plus souvent à raison.  

Toutefois, j’ai parfois l’impression que la « détestation » du président Trump, chez nous, est chose bien commode. J’entends parler du président Trump, de ses inepties, pas mal plus souvent que celle des politiciens de chez nous.  

Au cours des derniers jours, quand j’écoute le radiojournal de la Première chaîne, presque chaque fois on me cause du mur et du président américain. Et on analyse, et on déteste, à l’unisson.  

 

Le président américain Donald Trump veut maintenant ériger un mur fait d’acier plutôt que de béton. La barrière de métal pourrait ressembler à celle-ci, installée près de San Diego, en Californie.
Photo AFP
Le président américain Donald Trump veut maintenant ériger un mur fait d’acier plutôt que de béton. La barrière de métal pourrait ressembler à celle-ci, installée près de San Diego, en Californie.

La « loi de la clôture sécuritaire » 

C’est plutôt par un réseau français que j’entends parler la semaine dernière d’une certaine Loi de la clôture sécuritaire. Cela me fait sourire. Quel drôle de nom quand même. Deux clics de souris et me voilà informé à propos du « Secure Fence Act » de 2006.  

Il y a bel et bien un projet de loi aux États-Unis qui porte ce nom! C’était sous la présidence de George W. Bush. Et on a recommencé à en discuter de cette loi récemment. Pour en rappeler les travers, ses aspects délétères, même du point de vue de la sécurité.  

Mais surtout pour rappeler qu’il y a douze ans, la « clôture » entre les États-Unis et le Mexique, c’était une idée très populaire, même auprès des démocrates. The Economist en traitait le 22 novembre dernier. Un texte joliement intitulé «Le beau grand mur construit par les États-Unis il y a dix ans» :  

« In october 2006 George W. Bush signed the Secure Fence Act into law. It sailed through Congress with big bipartisan majorities. Among the Democratic senators voting in favour were Joe Biden, Hillary Clinton and Barack Obama. Over the next four years the law added 548 miles of fencing along the border with Mexico—five times the previous length—built at an over-budget cost of $2.3bn » 

(En octobre 2006, George W. Bush a promulgué la loi sur la barrière de sécurité. Ce projet de loi a cheminé devant le Congrès, fort de grandes majorités bipartisanes. Parmi les sénateurs démocrates ayant voté en faveur figuraient les Joe Biden, Hillary Clinton et Barack Obama. Au cours des quatre années suivantes, la mise en œuvre de cette loi s’est traduit par la construction de 882 kilomètres de clôture le long de la frontière avec le Mexique, soit cinq fois plus qu'avant, le tout pour la somme, bien excédentaire au budget, de 2,3 milliards de dollars.) 

Ah.  

Merci de cette information pertinente. C’est que si l’on ne se fie, mettons, qu’à ce que l’on entend de nos médias bien provinciaux, ce sera bien difficile d’apprendre que les Biden, Clinton et Obama ont voté en faveur de milliards de dollars pour construire une barrière (clôture, mur, appelez ça comme vous le voudrez).  

En passant, ça ne vous rappelle pas, tout ça, l’étrange épisode où Jean-François Lisée avait suggéré que l’on colmate le passage poreux de la frontière canadienne par « une clôture, panneau, une haie de cèdres, un policier? » Sacré farceur va! 

 

Vous savez ce qui a le plus de succès aux rallyes de Donald Trump? C’est lorsqu’il parle du mur qu’il veut faire construire à la frontière du Mexique et des États-Unis.
Photo Reuters
Vous savez ce qui a le plus de succès aux rallyes de Donald Trump? C’est lorsqu’il parle du mur qu’il veut faire construire à la frontière du Mexique et des États-Unis.

Le vilain 

L’affaire c’est que si l’on ajoute aux informations sur la croisade du président Trump pour son maudit mur que cette idée avait rallié pas mal de monde à l’époque, dont l’ex-président Obama, le bon président celui-là, cela se traduira par plus de nuances dans l’analyse des faits.  

Et surtout, cela ne cadrera plus dans la construction de vilain que l’on fait, en toutes circonstances, de ce président.  

Je le répète, ce texte n’est pas un appui au président des États-Unis. Toutefois, il me semble que l’on devrait rétablir les faits, ou du moins offrir un portrait complet de la situation. Cette histoire de « mur » pour stopper l’immigration clandestine en provenance du Mexique dure depuis longtemps et elle a reçu l’appui de ténors démocrates.  

Caricature Ygreck
16 aout 2017
Justin Trudeau
Philippe Couillard
Chemin Roxham
Réfugiés
Le Journal de Québec
Caricature Ygreck 16 aout 2017 Justin Trudeau Philippe Couillard Chemin Roxham Réfugiés

Pas besoin de clôture au Canada! 

Pendant qu’on inonde nos bulletins de nouvelles de chaque contraction du président américain, cela fait un peu moins de temps pour rappeler, par exemple, que le Canada n’a pas eu besoin de « clôture » pour régler le problème des passages « irréguliers » à sa frontière. 

Pas pantoute.  

On a réussi à faire accepter l’idée que le Québec serait le passage de la quasi-totalité de ces passages (95% de ces entrées « irrégulières » selon les derniers chiffres).  

Notre bien-pensance provinciale est tombée à bras raccourcis sur Jean-François Lisée suite à son gazouillis qui pointait vers « les invités de Justin Trudeau » suite à un tweet du premier ministre canadien où il invitait tout un chacun à venir au Canada.  

Comme le rappelait la journaliste Marie-Danielle Smith plus tôt cette année dans le National Post, ce tweet du PM Trudeau n’a pas été sans conséquence... Mais qui s’en soucie maintenant? Ce problème a été pelleté presque intégralement dans la cour du Québec!  

Mais je m’égare là... Le vilain, c’est toujours Donald Trump.