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Qui radicalise?

Oui certains opposants à la laïcité tiennent des discours haineux, méprisants, et cela peut mener à la radicalisation...

Le maire de Hampstead, Bill Steinberg
CAPTURE D'ÉCRAN, TVA NOUVELLES Le maire de Hampstead, Bill Steinberg

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Au cours des dernières années, avec raison, on s’est beaucoup inquiété des discours de radicalisation. Il est temps d’élargir le spectre de nos inquiétudes.  

Il y a quelques jours de cela, je dressais le portait d’un politicien à qui l’on a confié une tâche fort délicate; je parle ici du député caquiste Christopher Skeete à qui revient le boulot de défendre le projet de loi sur la laïcité auprès de la population anglophone du Québec.  

D’un ton posé, tout sauf conflictuel, M. Skeete enfile les entrevues et les représentations pour expliquer et défendre le projet de loi 21. Il rappelle sans cesse que la collectivité anglophone n’est pas un tout monolithique et qu’une proportion non négligeable de celle-ci appuie le principe de la laïcité. Jusqu’à 47% selon les différents coups de sonde.  

«Nettoyage ethnique»  

Au cours des dernières heures, M. Skeete a été un peu plus incisif dans le cas de la dérive inacceptable d’un élu anglophone du West Island de Montréal.   

Il s’agit bien sûr du maire de Hampstead Bill Steinberg; un habitué des discours irritants et méprisants.   

C’est lui qui a usé de l’expression «nettoyage ethnique» pour qualifier le projet de loi de la CAQ. M. Steinberg est un adversaire farouche de la laïcité. En septembre 2013, il comparait la «charte des valeurs» de Bernard Drainville aux dictatures de l’Arabie saoudite et de l’Iran.   

M. Skeete, qui dirige pour le compte du gouvernement le Secrétariat aux affaires anglophones, a dénoncé ces discours, disons-le, franchement répugnants.   

Loin de s’excuser, sur son compte Twitter, en anglais seulement – non, mais quand même, cet élu qui a combattu avec hargne, et depuis longtemps, la discriminatoire loi 101, n’allait quand même pas s’exprimer dans la langue des indigents! – Bill Steinberg a plutôt blâmé «certains médias» qui ont accordé trop d’importance à l’expression «nettoyage ethnique» et pas assez à son argumentaire!   

Depuis le dépôt du projet de loi sur la laïcité, de tels débordements venant du camp des opposés à la laïcité ont été trop fréquents pour être gardés sous silence.   

Comme le souligne Antoine Robitaille dans le Journal aujourd’hui, la banalisation de la «nazifivation» et des dérapages rhétoriques doit cesser. Car oui, le recours, répété, à la référence au nazisme pour intimider un adversaire politique est une forme de racisme.   

Et oui on peut parler de discours haineux et de radicalisation. 

Antoine Robitaille, toujours, en citant le président de la congrégation Beth Israël Ohev Sholem, David Weiser : «C’est horrifiant d’utiliser l’Holocauste de cette façon, avec autant de légèreté. C’est dangereux de faire ces comparaisons.»  

Le maire de Hampstead, Bill Steinberg
Photo d'archives, Pascal Huot

Ne pas céder un pouce aux discours de radicalisation  

Avec raison, à peu près tout le monde a dénoncé les discours de radicalisation qui pourraient avoir influencé le terroriste qui a perpétré l’attentat à la mosquée de Québec. Il faut continuer de le faire.   

Les discours qui stigmatisent la collectivité musulmane, pour ne nommer que celle-là, s’appuient presque toujours sur de fausses prémisses. Et c’est dangereux. Non, il n’y a pas d’islamisation du Québec; non, les femmes qui portent le voile au Québec ne sont pas toutes forcées de le faire à la pointe du glaive; non, les musulmans du Québec ne sont pas tous en mission de prosélytisme. C’est le contraire en fait, la majorité n’est pas plus pratiquante que les «Québécois de souche».   

Pour dénoncer ces discours de radicalisation là, il y a foule.   

Quand vient le temps de s’inquiéter de la radicalisation de l’opposition à la législation sur la laïcité ou pour pointer les dérives, inquiétantes, de l’extrême gauche, c’est plus nuancé.   

Pourtant, il ne faut pas céder un pouce aux discours de radicalisation. Aucun.   

Une conseillère municipale de l’Outaouais dérape complètement à propos de stéréotypes méprisants concernant les musulmans; il y a foule pour demander sa démission, pour s’assurer que celle-ci ne s’en tire pas sans conséquence.  

Faites l’exercice en comparant les hauts-cris de ceux – dans les médias ou en politique – qui se sont indignés dans le cas de cette conseillère, qui ont de suite investi leur Twitter pour bien étayer leur indignation... et essayer de trouver une condamnation aussi ferme des propos répugnants du maire de Hampstead.   

Ou des appels sentis à sa démission.   

Le maire de Hampstead, Bill Steinberg
PHOTO D'ARCHIVES, PASCAL HUOT

2P2M  

Qu’on ne me dise pas qu’il n’y a pas deux poids, deux mesures.   

Quand un groupe d’extrême droite réussit à rassembler 30-40 hurluberlus avec un drapeau de son «clan» (et, trop souvent, le souillant, un drapeau des patriotes), il y aura des kodaks en masse pour le rapporter. Et c’est d’intérêt public, c’est ce qu’il faut faire.  

Pendant ce temps, l’extrême gauche peut vaquer à sa radicalisation sans trop d’inquiétudes. Usant de ses plateformes sur le Web, ces extrémistes publient des menaces même pas voilées, des appels à la délation et qui sait, des représailles violentes!   

«Nous vous invitons à nous transmettre les informations dont vous disposez sur celui ou celle qui applique la loi (nom, organisme, poste, photo, etc.) avec une description de ses actions et leurs conséquences à doxxlescollabos@riseup.net. Nous ferons nos propres recherches pour pouvoir ensuite publier le plus d’information possible sur la personne donnant acte au racisme d’État, question de permettre aux différents groupes antifascistes et antiautoritaires d’en faire l’usage qu’ils voudront.»  

Depuis, cette publication a été signalée à maintes reprises à la Sureté du Québec, cela circule pas mal sur les réseaux sociaux, et pour cause, c’est carrément dégoutant.  

M'est avis que si c’était des groupes d’extrême droite qui faisaient de tels appels à la violence et aux représailles, ça deviendrait affaire d’État.  

Mais cette extrême gauche semble avoir des accointances en haut lieu. Tant dans les médias que dans la sphère politique.  

Sinon, nous ne cèderions pas un pouce à ces discours de radicalisation là et on les traiterait avec la même véhémence que les discours d’extrême droite.