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Rapport du BIG: la Ville a payé pour des camions vides

Un déneigeur pourrait être écarté des contrats

TRANSPORT ROSEMONT - BIG
Capture d’écran Sur ces images de caméras de surveillance, on voit un camion sous la responsabilité de l’entreprise Transport Rosemont se présenter vide au dépôt à neige.

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Un entrepreneur en déneigement a facturé des centaines de milliers de dollars à la Ville de Montréal pour de la neige qui n’a pas été ramassée, révèle le Bureau de l’inspecteur général (BIG).

Dans un rapport déposé lundi au conseil municipal, le BIG demande à la Ville de résilier deux contrats d’une valeur de 9 M$ de l’entreprise Transport Rosemont et de la bannir pour cinq ans. 

Photos à l’appui, le rapport démontre que des centaines des camions se sont présentés au dépôt à neige à moitié pleins ou presque vides. 

Ce stratagème aurait permis à l’entreprise d’«augmenter considérablement sa rémunération». 

Depuis quelques années, la Ville paye les déneigeurs au mètre cube de neige ramassée plutôt qu’au centimètre de neige tombée. ­­  

La capacité maximale des camions est calculée et chaque voyage de neige est facturé.  

Toutefois, la Ville ne vérifie pas le contenu de chacun des camions au dépôt à neige. La Ville «présume que les chargements sont pleins», souligne plutôt le rapport de l’inspectrice générale, Brigitte Bishop. 

Aussi peu que 10%

Mais dans deux secteurs de l’arrondissement Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension sous la responsabilité de Transport Rosemont, le quart des chargements n’étaient pas complets. 

Sur 6000 voyages de neige, 1400 étaient remplis entre 25 et 50%, tandis que 250 camions sont arrivés au dépôt municipal à moins de 10% de leur capacité. 

Selon le BIG, la situation était particulièrement problématique durant une opération de déneigement faite à la fin février. Pendant ces quelques jours, plus de la moitié des poids lourds sont arrivés avec une benne remplie à moins de 50%.   

Un comparatif avec un secteur déneigé par un autre entrepreneur a permis au BIG de constater que le problème était lié à Transport Rosemont. 

Ce n’est pas cette compagnie qui gère les camions de transport, mais selon Me Bishop, ce sont les opérateurs de souffleuses qui «sont les mieux placés» pour surveiller la quantité de neige mise dans les camions. 

Transport Rosemont nie

L’entrepreneur, de son côté, nie les prétentions du BIG. Il juge notamment que c’était aux employés municipaux de noter si les camions n’étaient pas pleins.  

«Le directeur [du dépôt à neige] peut décider de couper un pourcentage sur le voyage et même de refuser un voyage. C’est écrit au contrat», souligne le patron de Transport Rosemont, Charles Boulay, joint par notre Bureau d’enquête. 

Celui-ci ne comprend pas pourquoi les employés de la Ville n’ont pas fait ce travail. «On est suivis à la trace pour tout ce qu’on fait, mais pas pour ça. On ne comprend pas c’est quoi l’idée. C’est comme s’ils avaient voulu nous tendre un guet-apens», illustre-t-il. 

M. Boulay convient avoir réduit la quantité de neige notamment à cause du poids de la glace, pour éviter les bris. 

Un argument que réfute complètement le BIG, citant des camionneurs qui affirment atteindre le poids maximal du véhicule très peu souvent.  

«Un camion appartenant à Transport Rosemont a effectué des voyages non pleins, mais trois heures plus tôt, ce même camion effectuait des voyages pleins dans un contrat au centimètre tombé dans Ahuntsic-Cartierville», mentionne même le rapport. 

«Dans un contrat au centimètre tombé, tu prends le risque de charger plus, d’être en surplus de poids et d’avoir des tickets», rétorque Charles Boulay. 

Paiements suspendus  

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, indique que l’entreprise sera «sûrement ajoutée à la liste noire». Elle précise que la Ville avait suspendu ses paiements après une dénonciation d’un employé du dépôt à neige. 

«Il y a eu un petit décalage entre la constatation des anomalies et l’enquête du BIG, analyse-t-elle. On essaie d’être le plus rapide possible et ça va servir de leçon pour le futur.» 

De son côté, le chef de l’opposition à l’hôtel de ville, Lionel Perez, suggère une vaste enquête. «Si c’est arrivé à Villeray, je me doute que c’est arrivé dans d’autres arrondissements», dit-il.