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Repéchage lafleur
Journal de 1971

GUY LAFLEUR 50 ANS DÉJÀ

Le Démon blond, Scotty Bowman, Marcel Dionne et Larry Robinson révèlent les dessous du repêchage de 1971. Photo ci-dessus : Claude Ruel, Sam Pollock et Scotty Bowman souhaitent à Guy Lafleur la bienvenue dans l’organisation du Canadien. Crédits : Les archives/Le Journal de Montréal

C’est la journée du repêchage de la Ligue nationale.

Tout va pour le mieux pour le Canadien en ce 10 juin 1971. Trois semaines plus tôt, le Tricolore a remporté une coupe Stanley que personne n’avait anticipée grâce à un gardien recrue de grande taille du nom de Ken Dryden.

Jean Béliveau a annoncé sa retraite du hockey la veille, mais son dauphin est en chemin pour Montréal. Comme Béliveau, 18 ans auparavant, Guy Lafleur débarque à Montréal précédé d’un grand battage publicitaire.

Le Canadien a le luxe de démarrer la séance repêchage grâce au choix de première ronde qu’il a obtenu un an auparavant des Seals d’Oakland, devenus les Golden Seals de la Californie entre-temps.

Lafleur Cravate Guy Lafleur, tout heureux d’avoir été sélectionné au premier rang du repêchage. Credits : Les archives / Le Journal de Montréal

« Québec sait faire! »

Un autre joueur québécois monopolise l’attention. Son nom est Marcel Dionne.

Lafleur a remporté le championnat des marqueurs de la Ligue de hockey junior majeur du Québec avec une fiche record 130 buts et 209 points et mené les Remparts de Québec à la coupe Memorial.

Lafleur Dionne Marcel Dionne lors d’un match contre les Marlboros de Toronto au Maple Leaf Gardens. Il a remporté le championnat des marqueurs de la Ligue de l’Ontario à ses deux dernières saisons avec les Black Hawks de Saint Catharines. Credits : Collection Marcel Dionne

Dionne n’est pas en reste. Il a terminé en tête des compteurs de l’Association de hockey de l’Ontario avec les Black Hawks de Saint Catharines, qui ont baissé pavillon devant les Remparts dans la série de championnat de l’Est du Canada menant à la finale de la coupe Memorial.

Lafleur Dionne Guy Lafleur exhibe la coupe Memorial après la victoire des Remparts contre les Oil Kings d’Edmonton, sur la glace du Colisée de Québec. Credits : Les archives / Le Journal de Montréal

Le championnat remporté par les Remparts donne de la crédibilité à la LHJMQ, considérée alors largement inférieure au circuit ontarien.

l'équipe des Remparts Édition 1970-1971 des Remparts de Québec, champions de la Coupe du Président et de la Coupe Memorial. Credits : Courtoisie Classic Auctions

Cette victoire a aussi une connotation politique. Le peuple québécois a relevé la tête. Il a trouvé son identité, il est devenu fier.

On est à l’époque du slogan « Québec sait faire! »

Tout nous est possible maintenant.

Pollock voyait grand

Dans l’esprit des amateurs de hockey montréalais et québécois, l’avenir du Canadien passe par Lafleur.

Or, comme on le verra dans ce reportage, le Canadien court deux lièvres à la fois. Le directeur général Sam Pollock veut Lafleur et Dionne.

Go 59 buts Guy Lafleur célébrant un autre de ses nombreux exploits avec les Remparts. Credits : Les archives / Le Journal de Montréal

Question de vous faire revivre cette fameuse page d’histoire, Guy Lafleur et Marcel Dionne, ainsi que Scotty Bowman qui avait été nommé entraîneur du Canadien le jour précédant le repêchage, nous ramènent dans le temps.

Larry Robinson, que le Tricolore repêchera en deuxième ronde, nous livre aussi ses souvenirs.

Les quatre hommes sont généreux dans leurs propos et commentaires. Ils y vont de révélations inédites.

Leur récit est fascinant.

Guy Lafleur Guy
Lafleur
Scotty Bowman Scotty
Bowman
Marcel Dionne Marcel
Dionne
Larry Robinson Larry
Robinson

Signe encourageant

L’histoire prend forme le 10 juin 1970, soit un an jour pour jour avant que Lafleur ne devienne admissible au repêchage.

Pollock convainc son homologue des Seals, Frank Selke fils, qui a été à l’emploi du Tricolore alors que son père en était la DG dans les années 1950 et 1960, de lui céder son choix de première ronde en 1971.

Pollock cède le jeune attaquant Ernie Hicke, auteur de 45 buts en deux saisons avec les Apollos de Houston, et son premier choix de 1971 (les Seals choisiront l’attaquant Chris Oddleifson), en retour du premier choix des Seals et du défenseur François Lacombe.

Lafleur raconte ce qui lui est passé par la tête ce jour-là :

Guy Lafleur

J’étais content parce que ça voulait dire que j’avais 50% des chances d’être repêché par le Canadien.

C’était entre moi et Marcel.

C’était très encourageant de voir que le Canadien avait posé un geste pour bien se positionner en vue du repêchage de l’année suivante.

Un autre tour de magie

Encore fallait-il que les Golden Seals terminent derniers au classement général. Pollock s’en est assuré au milieu de la saison suivante, alors que l’écart entre les Golden Seals et les Kings était de cinq points au classement du classement général.

Le 25 janvier 1971, Pollock échange le vétéran joueur de centre Ralph Backstrom aux Kings de Los Angeles en retour de Gord Labossière et Raymond Fortin.

Backstrom fait le travail que Pollock espérait de lui. Il récolte 27 points en 33 rencontres avec les Kings pour les aider à grimper au neuvième rang du classement général.

Les Sabres de Buffalo, les Penguins de Pittsburgh, les Red Wings de Detroit et les Canucks de Vancouver suivent au classement, mais ils ne posent pas un danger.

Les Golden Seals terminent bons derniers avec 45 points, soit 10 points de moins que les Red Wings. Le premier choix revient au Canadien.

Scotty Bowman et Claude Ruel Scotty Bowman en discussion avec Claude Ruel, qui a été adjoint durant son séjour derrière le banc du Canadien. Credits : Les archives / Le Journal de Montréal

Bowman s’amène

C’est ici que Bowman entre en scène.

Au début de la semaine du repêchage, il succède à Al MacNeil au poste d’entraîneur du Canadien. MacNeil n’est pas l’homme le plus populaire en ville, même s’il a contribué à la conquête de la Coupe Stanley, le mois précédent.

Lors du cinquième match de la finale à Chicago, il fait réchauffer le banc à Henri Richard. Piqué dans son orgueil, Richard déclare après la rencontre que MacNeil est le pire coach pour le lequel il a joué.

Le Canadien reçoit des appels de menaces de mort à l’endroit de son entraîneur. Des policiers en civil sont de faction près du banc du Canadien pour le sixième match de la finale au Forum.

Mais tout est bien qui finit bien.

À la poursuite de Dionne

Pollock procède néanmoins à un remaniement de son cabinet en nommant MacNeil directeur général et entraîneur des Voyageurs de la Nouvelle-Écosse, nouveau club école du Canadien dans la Ligue américaine.

Le jour de son embauche, Bowman est convié à une réunion avec les têtes de hockey de l’organisation en vue du repêchage. Pollock les informe qu’il tente d’acquérir le deuxième choix du repêchage qui est la propriété des Red Wings. Il m’avait déjà raconté l’épisode il y a quelques années, mais pas avec autant de détails.

Scotty Bowman

Il y avait Ron Caron (dit le Prof), Claude Ruel, moi, Al MacNeil et peut-être un ou deux dépisteurs. Sam (Pollock) était continuellement au téléphone.

Finalement, il est venu nous rejoindre en disant qu’il sortait d’une discussion avec Ned Harkness (DG des Red Wings). Il nous a indiqué que les Red Wings étaient disposés à nous céder leur premier choix contre un membre régulier de notre brigade défensive, soit Jean-Claude Tremblay ou Terry Harper, en plus de deux autres joueurs et peut-être un choix au repêchage, je ne suis pas sûr.

Mais il faut se rappeler que le Canadien venait de remporter la coupe Stanley et qu’il aurait fallu se départir de joueurs ayant contribué à cette conquête. Ce n’était pas une décision à prendre à la légère.

Sam nous a ensuite dit : on connaît tous Guy Lafleur. On a moins vu Marcel Dionne, mais on sait tous combien il est bon. C’est là que Sam nous a posé une question : dans les années 1950 et 1960, notre organisation a eu un duo formé de Jean Béliveau (centre) et Boom Boom Geoffrion (ailier droit) qui a connu du succès pendant une décennie. Si on conclue cet échange avec les Red Wings, pensez-vous que Dionne et Lafleur pourraient connaître le même succès pendant 10 ans?

Les probabilités étaient bonnes, mais n’empêche que c’est plus facile à dire après. Le Canadien misait déjà sur une attaque bien équilibrée avec Jacques Lemaire, Peter Mahovlich et Henri Richard au centre et Yvan Cournoyer, Frank Mahovlich, Marc Tardif, Réjean Houle et Claude Larose à l’aile.

Pourquoi la transaction ne s’est pas concrétisée?

Bowman répond:

Scotty Bowman

Parce que Sam ne parvenait pas à regrouper tout le monde sur la question. Lorsqu’il négociait une transaction, on devait lui donner notre opinion. Il essayait toujours de faire en sorte que l’on se range de son côté.

Mais notre expertise lui servait. Si l’un de ses hommes de confiance, que ce soit Ron Caron, Claude Ruel, Al MacNeil ou moi apportions des objections, il fermait le dossier. Ainsi allaient les choses avec Sam.

Claude Ruel et Sam Pollock se serrent la main Sam Pollock a choisi Claude Ruel pour remplacer le légendaire Toe Blake, à la retraite de ce dernier en 1968. Le Canadien a remporté la coupe Stanley lors de la première saison de Ruel derrière le banc. Crédits : Les archives/Le Journal de Montréal.

Le dernier mot à Ruel

Il y a un dernier chapitre à l’histoire. Pollock a mis beaucoup de pression sur Ruel quant à savoir qui de Lafleur ou Dionne il devait repêcher.

Ruel, qui avait démissionné du poste d’entraîneur en décembre 1970 pour retourner recruteur, était prêt à mettre son poste en jeu pour Lafleur.

Bowman conclut :

Scotty Bowman

C’est à Claude que revenait la décision finale. Il connaissait bien Lafleur, il l’avait beaucoup suivi. Il savait que Marcel était bon, mais il était allé moins souvent en Ontario pour voir Dionne. Mais on aurait pu avoir Marcel Dionne et Guy Lafleur. Pouvez-vous imaginer ça?

Première Ronde
Rg Repêché par Joueur POS. Équipe Junior PJ B A PTS
1MontréalGuy LafleurADQuébec (LHJMQ)11265607931353
2DetroitMarcel DionneCSaint-Catharines (OHA)134873110401771
3VancouverJocelyn GuèvremontDMontréal (OHA)57184223307
4Saint LouisGene CarrCFlin Flon (WHL)465136215365
5BuffaloRichard MartinAGMontréal (OHA)685384317701
6BostonRon JonesDEdmonton (WHL)54145
7MontréalChuck ArnasonADFlin Flon (WHL)40110990199
8PhiladelphieLarry WrightCRegina (WHL)1064812
9PhiladelphiePierre PlanteADDrummondville (LHJMQ)599125172297
10NY RangersSteve VickersAGToronto (OHA)698246340586
11MontréalMurray WilsonAGOttawa (OHA)3869495189
12ChicagoDan SpringAOttawa (OHA)----
13NY RangersSteve DurbanoDOshawa (OHA)220136073
14BostonTerry O'ReillyADToronto (OHA)891204402606
Deuxième Ronde
Rg Repêché par Joueur POS. Équipe Junior PJ B A PTS
15CalifornieKen BairdDFlin Flon (WHL)10022
16DetroitHenri BouchaCÉquipe Nationale É.-U.2475349102
17VancouverBobby LalondeCMontréal (OHA)641124210334
18PittsburghBrian McKenzieCSaint-Catharines (OHA)6112
19BuffaloCraig RamsayAGPeterBorough (OHA)1070252420672
20MontréalLarry RobinsonDKitchener (OHA)1384208750958
21MinnesotaRod NorrishAGRegina (WHL)21336
22TorontoRick KehoeADHamilton (OHA)906371396767
23TorontoDave FortierDSaint-Catharines (OHA)20582129
24MontréalMichel DeguiseGSorel (LHJMQ)----
25MontréalTerry FrenchDOttawa (OHA)----
26ChicagoDave KryskowAGEdmonton (WHL)231335689
27NY RangersTom WilliamsADHamilton (OHA)397115138253
28BostonCurt RidleyGPortage (MJHL)104 (V) 27 (D) 47 (N) 16 (MBA) 3,88
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Lafleur n’avait qu’un désir : jouer avec le CH

Il ne s’est jamais imaginé dans l’uniforme des Golden Seals de la Californie Photo ci-dessus : Guy Lafleur portant le chandail du Canadien pour la première fois. Crédits : Les archives/Le Journal de Montréal

Vous avez peut-être remarqué sur des sites web ce montage de la carte de hockey recrue de Guy Lafleur le montrant dans l’uniforme jaune doré et vert des Golden Seals de la Californie.

Guy Lafleur

C’est ce qu’on appelle une carte fuckée!

Lafleur dans son uniforme du CH Guy Lafleur a porté un casque protecteur lors de ses trois premières saisons à Montréal. Crédits photo : Courtoisie Classic Auctions

Lafleur s’imaginait davantage dans le chandail bleu, blanc et rouge du Canadien lorsque Sam Pollock a obtenu le premier choix des Seals l’année précédant le repêchage.

Lafleur
Lafleur
Cliquez pour tourner la carte
Crédits : Courtoisie Classic Auctions
Guy Lafleur

Les Seals d’Oakland, c’était pas fort, dit Lafleur. Ma carrière n’aurait peut-être pas été ce qu’elle a été si je m’étais ramassé là-bas.

Début au centre

Retournons en 1971.

Il n’est pas facile pour une recrue de faire sa place dans la formation du Canadien. La philosophie de l’organisation veut qu’un jeune fasse ses classes dans les ligues mineures.

Guy Lafleur

Avec les Seals, j’aurais peut-être joué tout de suite. Je n’aurais pas poireauté sur le banc pendant trois ans.

N’empêche que c’est à Montréal qu’il veut jouer malgré la tonne de pression qui l’attend au Forum.

Lafleur avait plusieurs raisons de vouloir évoluer à Montréal.

Guy Lafleur

Ce n’était pas loin de Thurso, ma ville natale. C’était plus facile pour mon père de suivre ma carrière. J’étais content aussi pour moi. Tout ce que je souhaitais, c’était d’être repêché premier.

Mais l’apprentissage fut difficile.

Scotty Bowman

Guy était joueur de centre à ses débuts avec nous.

Tout le monde le voyait comme le successeur de Jean Béliveau. La pression était lourde sur ses épaules. Le Canadien avait connu une longue série de succès (cinq coupes Stanley en sept ans) quand il est arrivé avec l’équipe.

Les bons joueurs de centre étaient nombreux dans la ligue. Il y avait Phil Esposito, Bobby Clarke, Walt Tkachuk, Jean Ratelle. Comme les joueurs qui arrivent du junior de nos jours, les jeunes centres éprouvaient des difficultés sur les mises en jeu. Les vétérans bénéficiaient des largesses des juges de ligne.

Guy a bien fait, mais comme je le dis, il faisait face à une pression énorme. Marcel Dionne s’était pour sa part retrouvé avec une équipe perdante à Detroit. Pendant que certains joueurs totalisaient 30 ou 40 points après trois mois, Guy n’en comptait qu’une quinzaine. Tout le monde disait que le Canadien avait repêché le mauvais joueur.

Le paternel aux barricades

Lafleur l’a entendu, celle-là :

Guy Lafleur

Marcel évoluait dans un environnement différent à Detroit. Il était utilisé sur deux trios et en supériorité numérique. Les gens faisaient des comparaisons. Mon père se pognait avec le monde au Forum parce qu’ils me criaient chou. »

Tiens, tiens, ça n’a pas beaucoup changé.

Guy Lafleur

Les gens disaient qu’on aurait dû repêcher Dionne parce qu’il produisait. À ma première saison, j’ai marqué 29 buts et amassé 64 points. Aujourd’hui, ils font cinq millions par année avec ça.

Lafleur connaît ensuite des saisons de 55 et 56 points, rien pour remonter dans l’estime populaire. Mais le Canadien tient à lui.

Fusil sur la tempe

En 1973, au début des séries, Sam Pollock lui offre un contrat d’une valeur d’un million de dollars répartie sur une période de 10 ans. L’échelle commence à 65 000 $.

Au même moment, son futur beau-père, Roger Barré, qui est actionnaire des Nordiques de Québec, de l’Association mondiale, arrive à Montréal avec une proposition garantie d’un million de dollars pour une durée de cinq ans.

Lafleur se revoit dans le bureau de Sam Pollock. Il préfère attendre la fin de la saison pour négocier, mais Pollock le presse d’accepter. Son agent Gerry Patterson le pousse aussi à accepter.

Lafleur se souvient des paroles de Pollock :

Guy Lafleur

Écoute moi bien, tu ne sortiras pas d’ici tant que tu n’auras pas signé le contrat. En fin de compte, j’ai accepté parce que je me disais que l’entente n’avait aucune valeur tant qu’elle ne serait pas enregistrée au bureau de la Ligue nationale.

J’avais 21 ans, je me suis dit : je vais signer le contrat. Mais le lendemain matin, le document était déjà au bureau de la ligue.

Lafleur consulte des avocats, mais ce qui est fait est fait. Le contrat ne peut être annulé.

Le temps a arrangé les choses.

Guy Lafleur

Quand je regarde ça froidement, je me dis qu’il y a une raison pour tout. Je ne le regrette pas. Sur le coup, j’étais en cr…., mais je ne le regrette pas.

SaisonÉquipeLiguePJBAPts+/-Pun
1966-1967As de QuébecLHJAQ8112ND0
1967-1968As de QuébecLHJAQ43301949ND0
1968-1969As de QuébecLHJAQ495060110ND83
1969-1970Remparts de QuébecLHJMQ5610367110ND105
1970-1971Remparts de QuébecLHJMQ6213079170ND135
1971-1972Canadien de MontréalLNH732935642748
1972-1973Canadien de MontréalLNH692827551551
1973-1974Canadien de MontréalLNH73213556929
1974-1975Canadien de MontréalLNH7053661195337
1975-1976Canadien de MontréalLNH8056691256836
1976-1977Canadien de MontréalLNH8056801368920
1977-1978Canadien de MontréalLNH7860721327326
1978-1979Canadien de MontréalLNH8052771295628
1979-1980Canadien de MontréalLNH7450751254012
1980-1981Canadien de MontréalLNH512743702429
1981-1982Canadien de MontréalLNH662757843324
1982-1983Canadien de MontréalLNH68274976612
1983-1984Canadien de MontréalLNH80304070-1419
1984-1985Canadien de MontréalLNH19235-310
1988-1989Rangers de New YorkLNH67182745112
1989-1990Nordiques de QuébecLNH39122234-154
1990-1991Nordiques de QuébecLNH59121628-102
Totaux LNH11265607931353446399
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Dionne se serait senti à l’aise dans le style du Canadien

Guy Lafleur ignorait que le Canadien avait tenté d’obtenir le choix qui lui aurait permis de repêcher Marcel Dionne. On peut deviner sa réaction. Photo ci-dessus : Marcel Dionne a totalisé 366 points en 309 matchs dans l’uniforme des Red Wings de Detroit. Crédits : Les archives/Le Journal de Montréal
Guy Lafleur

Ç’aurait été extraordinaire!

Guy Lafleur

Ç’aurait été comme jouer avec Denis Savard au lieu de Doug Wickhenheiser. J’avais beaucoup de respect pour Doug, mais on lui a fait perdre sa carrière à Montréal. Il en faisait pitié à la fin.

Denis a permis à Al Secord de connaître une saison de 50 buts à Chicago. Si on l’avait repêché, j’en aurais probablement marqué 100 en jouant avec lui.

Dans ses cordes

Dionne aurait-il aimé jouer à Montréal?

Marcel Dionne

Le Canadien pratiquait mon genre de jeu. Il ne se faisait pas mieux dans la ligue.

L’année où le Canadien n’a subi que huit défaites (1976-1977), c’en était ridicule! Gagner s’inscrivait dans la mentalité de l’organisation. Quand tu perds, c’est tough.

Dionne sait de quoi il parle. Les Red Wings ont perdu souvent pendant ses quatre saisons à Detroit. Lui aussi était soumis à une grande pression.

Pendant que les amateurs québécois voyaient Lafleur comme le successeur de Jean Béliveau, les partisans des Red Wings croyaient que Dionne était capable de remplacer Gordie Howe, qui s’est retiré de la compétition en même temps que Béliveau.

Marcel Dionne

Comment pouvais-je être le meilleur joueur de mon équipe? Alex Delvecchio jouait dans la ligue depuis 20 ans. Il y avait aussi Red Berenson.

Qu’à cela ne tienne, Dionne a été le premier marqueur des Red Wings devant Mickey Redmond (71 points), Berenson (69 points) et Delvecchio (65 points).

Dionne
Dionne
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Crédits : Courtoisie Classic Auctions

Ses 78 points constituaient un record pour une recrue à l’époque. Mais c’est Ken Dryden, qui avait déjà remporté la coupe Stanley et le trophée Conn Smythe la saison précédente, qui reçut le trophée Calder en 1972.

Ken Dryden Ken Dryden a devancé Richard Martin, des Sabres de Buffalo, et Marcel Dionne au scrutin pour le titre de recrue de l’année en 1971-1972. Credits : Les archives / Le Journal de Montréal

Mieux payé que Lafleur

Or, Dionne était en bonne position pour négocier, lui n’avait signé qu’un contrat d’un an à son arrivée à Detroit.

Marcel Dionne

Signer un contrat d’un an, ça ne se faisait pas dans ce temps-là. Mais je n’ai même pas pensé à ça. Mon agent était Alan Eagleson. Un an, deux ans, trois ans, je n’en faisais pas de cas. Je m’étais dit : je vais faire un an. Si je réussis, ça va être correct.

La durée du premier contrat de Guy était de trois ans (il gagnait 35 000 $ à sa première année). Moi, je détenais le record de points pour une recrue. Je commençais et l’entraîneur me retenait souvent dans mes élans offensifs.

Mon deuxième contrat était bon pour trois ans. Je gagnais 50 000 $ la première année, 75 000 $ la deuxième et 100 000 $ la troisième année.

Lors de cette même saison, Lafleur touchait 65 000 $, lui qui en était à la première saison du contrat de 10 ans qu’il avait signé sous pression dans le bureau de Sam Pollock.

La carrière de Lafleur a pris son envol lors de cette campagne. Ses 53 buts et 119 points lui ont conféré le quatrième rang chez les marqueurs de la LNH, Dionne le devançant avec 121 points.

Bobby Orr a terminé en tête avec 135 points suivi de son coéquipier Phil Esposito avec 127.

Salaire doublé à L.A.

Credits : Courtoisie Classic Auctions Marcel Dionne a connu sept saisons de 100 points et plus avec les Kings de Los Angeles. Il a remporté le championnat des marqueurs de la LNH avec 137 points en 1979-1980. Credits : Courtoisie Classic Auctions

Après quatre ans à Detroit, les négociations contractuelles entre Dionne et les Red Wings sont dans un cul-de-sac. Il est échangé aux Kings de Los Angeles avec le défenseur Bart Crashley en retour du robuste Dan Maloney et d’un choix de deuxième ronde au repêchage de 1976.

Marcel Dionne

Je m’en vais à Los Angeles et mon salaire est doublé à 200 000 $ par année. Je savais qu’ils ne voulaient pas payer à Montréal. Mais si Bobby Hull, Derek Sanderson, Gerry Cheevers et Dave Keon n’avaient pas quitté la Ligue nationale pour l’Association mondiale, on n’aurait pas eu le même pouvoir de négociation non plus.

Mon salaire a ensuite grimpé à 300 000 $, puis à 400 000 $ et à 500 000 $. Guy gagnait moins d’argent que moi. Je lui disais, tout comme à Steve Shutt et à Larry Robinson, qu’il y avait beaucoup plus d’argent disponible. Je leur disais : vous devriez gagner 400 000 $, 500 000 $.

Sais-tu ce qu’ils m’ont répondu? : Ah!, nous autres, on gagne des coupes Stanley. Penses-tu que je ne voulais pas en gagner une, moi?

À mon premier match avec les Kings à Montréal, on avait subi toute une dégelée. Le lendemain matin dans les journaux, je m’étais fait planter pas mal. Mais ça m’a rendu plus fort.

Premier marqueur québécois

Dionne a connu sept saisons de plus de 100 points, incluant six de 50 buts, avec les Kings.

Il est fier de dire qu’il est le premier marqueur québécois de l’histoire de la LNH, lui qui a totalisé 1 771 points.

Il est suivi de Mario Lemieux qui a récolté 1 723 points en seulement 915 matchs; Raymond Bourque, défenseur le plus productif de l’histoire avec 1 579 points; Luc Robitaille, ailier gauche totalisant le plus grand nombre de buts dans la LNH avec 668 (1 394 points); et Lafleur, premier marqueur de l’histoire du Canadien avec 1 246 points (1 353 au total).

SaisonÉquipeLiguePJBAPts+/-Pun
1967-1968Rangers de DrummondvilleLHJAQ48343569ND45
1968-1969Black Hawks de St.CatharinesAHO483763100ND38
1969-1970Black Hawks de St.CatharinesAHO545577132ND46
1970-1971Black Hawks de St.CatharinesAHO466281143ND20
1971-1972Red Wings de DetroitLNH78284977014
1972-1973Red Wings de DetroitLNH77405090-421
1973-1974Red Wings de DetroitLNH74245478-3110
1974-1975Red Wings de DetroitLNH804774121-1514
1975-1976Kings de Los AngelesLNH80405494238
1976-1977Kings de Los AngelesLNH8053691221112
1977-1978Kings de Los AngelesLNH70364379-837
1978-1979Kings de Los AngelesLNH8059711301830
1979-1980Kings de Los AngelesLNH8053841373532
1980-1981Kings de Los AngelesLNH8058771355470
1981-1982Kings de Los AngelesLNH785067117-1050
1982-1983Kings de Los AngelesLNH8056511071022
1983-1984Kings de Los AngelesLNH66395392828
1984-1985Kings de Los AngelesLNH8046801261146
1985-1986Kings de Los AngelesLNH80365894-2242
1986-1987Kings de Los AngelesLNH67245074-854
1986-1987Rangers de New YorkLNH144610-86
1987-1988Rangers de New YorkLNH67313465-1454
1988-1989Rangers de New YorkLNH3771623-620
1988-1989Rangers de DenverLIH90131306
Totaux LNH13487311040177127600

Sous-estimé

Larry Robinson Bobby Orr félicite Marcel Dionne, sous le regard approbateur de Guy Lafleur, après une victoire d’Équipe Canada au Forum, lors du premier tournoi de la coupe Canada en 1976.. Crédits : Les archives / Le Journal de Montréal

Dionne est un des rares joueurs de son époque élus au Panthéon du hockey à ne pas avoir joué sous les ordres de Scotty Bowman. Le plus grand entraîneur de l’histoire du hockey en a dirigé une quarantaine qu’il énumère encore par coeur, à 87 ans.

Scotty Bowman

Je pense que Marcel n’a jamais reçu le mérite qui lui revenait. L’explication est attribuable qu fait qu’il jouait à Los Angeles et que l’on voyait peu de matchs des Kings dans l’Est. Mais personne ne peut lui enlever ses 731 buts dans la Ligue nationale.

Cela place Dionne au cinquième rang dans l’histoire de la LNH derrière Wayne Gretzky (894), Gordie Howe (801), Jaromir Jagr (766) et Brett Hull (741). Alex Ovechkin le suit avec 730 buts.

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Après 50 ans, le chat sort du sac

Dionne a tenté d’emmener Lafleur avec lui à Saint Catharines. Photo ci-dessus : Marcel Dionne et Guy Lafleur posent pour la postérité avant un match de la série entre les Black Hawks de Saint Catharines et les Remparts, au Colisée de Québec. Crédits : Collection Marcel Dionne

Guy Lafleur et Marcel Dionne ont gravi les échelons en même temps dans le hockey mineur. Lafleur à Thurso, dans l’Outaouais et Dionne à Drummondville, dans le centre du Québec.

Les deux ont participé au Tournoi international pee-wee de Québec, sans s’affronter toutefois. Mais Dionne se souvient très bien du garçon de Thurso qui épatait les foules au Colisée.

Marcel Dionne

C’est là que j’ai vu Guy pour la première fois. C’était un gars spécial. Il avait 10, 11, 12 ans (1962 à 1964). Les gardiens de but mettaient du rembourrage additionnel dans leurs équipements. La force du tir de Guy se comparait à celle d’un joueur midget. C’était incroyable!

Pour ce qui est de nous, la question n’était pas de savoir était le meilleur. On jouait au hockey.

Grosse victoire à Hawkesbury

Lafleur n’a pas toujours défendu les couleurs de Thurso au tournoi pee-wee. Au début, il jouait avec la formation ontarienne de Rockland parce que l’équipe de sa ville natale manquaient de ressources pour aller à Québec.

Or, du côté de Montréal, certaines organisations déjà bien nanties en joueurs de talent pigeaient des joueurs ailleurs pour s’élever au-dessus de la mêlée.

Guy Lafleur

C’est arrivé notamment au niveau bantam. Jean Trottier, du Comité des jeunes de Rosemont, allait chercher Marcel pour le faire jouer avec son équipe. On les avait battus 4 à 3, je pense, en finale lors d’un tournoi à Hawkesbury.

On parlait juste de Marcel. On disait qu’il avait un énorme potentiel et qu’il était destiné à jouer dans la Ligue nationale. Pour nous, une équipe qui venait d’un village de 2 500 habitants, on voulait montrer qu’on était aussi bons. Autant pour Marcel que pour notre équipe, c’était une question de fierté. On voulait gagner.

Attaché à Québec

En 1967-1968, Lafleur et Dionne font le saut dans la Ligue junior A du Québec, qui deviendra plus tard la Ligue de hockey junior majeur du Québec.

Lafleur évolue les As de Québec et Dionne avec les Rangers de Drummondville. Après une saison avec les Rangers, qui sont dirigés par Maurice Fillion, Dionne met le cap sur Saint Catharines.

Dionne chez les Rangers Marcel Dionne, à l’âge de 16 ans, avec les Rangers de Drummondville, de la Ligue junior A du Québec. Il avait amassé 69 points en 48 matchs. Collection Marcel Dionne

C’est ici que les deux racontent une histoire inconnue du public jusqu’à ce jour.

Guy Lafleur

Marcel est venu à la maison, à Thurso, avec les gens des Black Hawks de Saint Catharines pour me convaincre de le suivre là-bas, raconte Lafleur. Le 67 d’Ottawa m’a aussi approché pour jouer dans la Ligue de l’Ontario.

J’ai fait aussi un voyage avec le Canadien junior, à Saint Catharines justement avec l’équipe qui comprenait notamment Réjean Houle et Marc Tardif (Gilbert Perreault, Guy Lapointe et Pierre Bouchard faisaient aussi partie de cette équipe).

Mais mes années au Tournoi pee-wee de Québec m’avait tellement marqué que j’ai dit à mon père que je voulais jouer ma carrière junior à Québec.

Dionne pense qu’il y avait une raison de plus. Il lance en riant :

Marcel Dionne

Je pense qu’il payait Guy 10 000 $ par année à Québec!

Une Buick Riviera comme cadeau

Le montant de 20 000 $ est même avancé à l’époque. Lafleur réagit en disant qu’on lui montre l’argent.

N’empêche qu’il est traité comme un roi à Québec. Comme Béliveau l’avait été une vingtaine d’années avant lui. À sa dernière année avec les Remparts, il reçoit en cadeau une rutilante Buick Riviera, immatriculée 4G-4444.

Buick Riviera Guy Lafleur pose fièrement devant sa nouvelle Buick. Crédits : Collection Jocelyn Paquet

Vingt ans plus tôt, Béliveau Nash hérita d’une Nash à sa dernière saison avec les Citadelles.

Perçu comme un traître

Pendant ce temps, Dionne et sa famille, qui l’a suivi en Ontario, sont la cible de critiques au Québec. Les amateurs ne leur pardonnent pas d’avoir priorisé la Ligue de l’Ontario au détriment de la Ligue junior A du Québec.

L’affaire prend une tournure politique. Le Québec est en pleine fièvre nationaliste.

L’histoire atteint son point culminant lorsque les Remparts croisent le fer avec les Black Hawks en finale du championnat junior de l’Est du Canada, en mai 1971. La Crise d’octobre 1970 fait encore partie de l’actualité.

La série démarre à Saint Catharines, où le Garden City Arena ne contient que 3 500 places. Les Remparts remportent le premier match, puis les Hawks égalent la série lors de la deuxième rencontre. Les deux matchs donnent lieu à du jeu rude.

Extrait du Journal de Montréal du 3 Mai 1971 Extrait du Journal de Montréal du 3 Mai 1971. Crédits : Les archives / Le Journal de Montréal

Le vase déborde lors des deux matchs suivants à Québec. Les bagarres sont nombreuses sur la patinoire. Les amateurs invectivent les joueurs des Black Hawks, leur lancent des objets de toutes sortes et vont jusqu’à prendre leur autobus d’assaut après une rencontre.

Extrait du Journal de Montréal du 8 Mai 1971 Extrait du Journal de Montréal du 8 Mai 1971. Crédits : Les archives / Le Journal de Montréal
Marcel Dionne

On s’est fait brasser! Pendant les matchs, on nous lançait des batteries et toutes sortes d’affaires (le Standard de Saint Catharines fait aussi état d’écrous et de boulons). »

Le journaliste John Hewitt raconte dans un livre intitulé Garden City Hockey Heroes que l’entraîneur Frank Milne a dit à ses joueurs de se coucher dans l’autobus parce que des voitures suivaient leur véhicule.

Forfait des Hawks

Les Remparts ayant pris les devants 3 à 1 dans la série, la cinquième rencontre est présentée au Maple Leaf Gardens, à Toronto, afin de permettre à un plus grand nombre d’amateurs de Saint Catharines d’y assister.

Extrait du Journal de Montréal du 14 Mai 1971 Extrait du Journal de Montréal du 14 Mai 1971. Crédits : Les archives / Le Journal de Montréal

Les Hawks triomphent 6 à 1, mais ils refusent de retourner à Québec. Ils demandent que le sixième match soit disputé dans un lieu neutre. Les Remparts s’objectent.

L’Association canadienne de hockey amateur somme les Black Hawks de se rendre à Québec. Pour Dionne et son coéquipier Pierre Guité, il est inconcevable que leur équipe ne respectent pas les règles :

Marcel Dionne

Nos parents ne voulaient pas que l’on retourne à Québec. Un vote a été tenu chez les joueurs. Pierre Guité et moi étions les seuls qui étaient prêts à aller à Québec.

La série prend fin après cinq matchs. Le propriétaire des Hawks, Fred Muller et son directeur général Ken Campbell écopent d’une suspension un an.

Extrait du Journal de Montréal du 14 Mai 1971 Extrait du Journal de Montréal du 14 Mai 1971. Crédits : Les archives / Le Journal de Montréal

Plus tard, des journaux ontariens rapportent que le FLQ aurait menacé les joueurs des Black Hawks.

Vrai ou faux?

Personne n’a la moindre preuve.

Grande victoire pour le Québec

Les Remparts continuent leur marche triomphale en finale de la coupe Memorial. Dans le cadre d’une série deux de trois, ils disposent des Oil Kings d’Edmonton par des marques de 5 à 1 et de 5 à 2 au Colisée.

Lafleur considère que cette victoire a rehaussé l’image de la LHJMQ.

Guy Lafleur

On avait tout à gagner. On disait que les ligues de l’Ontario et de l’Ouest étaient plus fortes que la Ligue junior majeur du Québec. On n’était pas reconnus. Les joueurs québécois retiraient une grande fierté d’évoluer dans la LHJMQ. On voulait montrer qu’on était aussi forts que n’importe qui. C’était une question d’appartenance.

C’était tout aussi important pour les fans de Québec. Eux aussi éprouvaient une certaine frustration face à tout ça. Ça a joué dur lors des deux premiers matchs à Saint Catharines.

Ça s’est poursuivi à Québec. On connaît l’esprit de partisanerie qui anime les gens de Québec. Les spectateurs et les joueurs étaient crinqués. C’était important de montrer aux amateurs canadiens que l’on n’avait rien à envier à personne.

Guy Lafleur aux Remparts
Guy Lafleur
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Marcel Dionne aux St-Catherines
Marcel Dionne
0 pj 0 b 0 a 0 pts
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Repéchage lafleur
Journal de Québec

Un gros quatrième choix

Le Canadien a repêché Larry Robinson après Guy Lafleur, Chuck Arnason et Murray Wilson Photo ci-dessus : Guy Lafleur, Réjean Houle et Larry Robinson célébrant une autre victoire du Tricolore pendant la dynastie des années 1975 à 1979. Crédits : Les archives/Le Journal de Montréal

Les Seals d’Oakland ne sont pas la seule équipe avec laquelle Sam Pollock a transigé pour améliorer sa position au repêchage.

Le 23 janvier 1970, Pollock cède le vétéran Dick Duff, qui a aidé le Canadien à remporter quatre coupes Stanley en cinq ans, aux Kings de Los Angeles en retour de Dennis Hextall et d’un choix de deuxième ronde au repêchage de 1971. Le Tricolore s’est prévalu de ce choix pour repêcher Larry Robinson au 20e rang.

Robinson apporte une précision :

Larry Robinson

Je fus le quatrième choix du Canadien cette année-là. Avant moi, il y avait eu Guy Lafleur (1er), Chuck Arnason (7e) et Murray Wilson (11e).

Larry Robinson Larry Robinson tentant de contrer les efforts du grand Wayne Gretzky. On peut apercevoir Doug Wickenheiser à l’arrière-plan. Crédits : Les archives / Le Journal de Montréal

Trop frêle pour l’OHA...

On peut se demander si Robinson était dans la mire du Tricolore lorsque Pollock a obtenu le deuxième choix des Kings.

Ignoré au repêchage de ce qui s’appelait alors l’Association de hockey de l’Ontario (OHA), Robinson fut recruté par les Braves de Brockville, de la Ligue centrale de l’Ontario. Non pas comme défenseur, mais à titre de joueur de centre.

Vous avez bien lu.

Larry Robinson Larry Robinson s’accorde un moment de répit après un match au Forum. Crédits : Les archives / Le Journal de Montréal
Larry Robinson

Un jour, mon entraîneur Dan Dexter m’a demandé si j’avais si déjà joué à la défense. Je lui ai répondu : si, un peu, au niveau pee-wee. L’équipe comptait seulement deux défenseurs. C’est ainsi que j’ai été muté défenseur.

Comment expliquer qu’aucune équipe de la Ligue de l’Ontario n’a repêché Robinson?

Larry Robinson

J’ai eu un essai avec le 67 d’Ottawa et l’entraîneur Bill Long m’a dit qu’il ne pensait pas que j’arriverais à me tailler un poste. Il disait que j’étais trop grand et trop frêle (!). C’était correct. Son équipe a bien fait cette saison-là. Mais pour ce qui était de mon cas, c’était l’opinion d’une personne seulement.

Il se voyait à Los Angeles

À l’automne 1970, Robinson se présente au camp d’entraînement des Rangers de Kitchener, à l’invitation de Barry Fraser, qui deviendra plus tard un grand recruteur avec les Oilers d’Edmonton.

Robinson obtient enfin un poste avec une équipe de l’OHA. Il connaît une bonne saison, inscrivant 12 buts et totalisant 51 points en 61 matchs.

Une surprise l’attend le jour du repêchage de la Ligue nationale.

Larry Robinson

Je ne savais pas que le Canadien avait l’intention de me repêcher. On m’avait dit que Claude Ruel assistait à nos matchs, mais je ne croyais pas que le Canadien me repêcherait. Je pensais que les Kings avaient les yeux sur moi. J’avais eu des discussions avec certains de leurs recruteurs.

Larry Robinson Larry Robinson à ses débuts avec le Canadien, en 1973. Crédits : Courtoisie Classic Auctions

Séjour profitable à Halifax

Robinson fait ses premiers pas dans les rangs professionnels avec les Voyageurs de la Nouvelle-Écosse avec qui il joue une saison et demie.

Larry Robinson

C’était la meilleure chose qui pouvait m’arriver. Je n’étais pas prêt pour la Ligue nationale à ma première année. Je pesais 195 livres au camp. Je n’avais pas le gabarit et l’expérience pour jouer dans la LNH. J’ai travaillé avec Al MacNeil (D.G et entraîneur des Voyageurs) et Claude Ruel à tous les jours.

Les Voyageurs misaient aussi sur plusieurs vétérans qui m’ont servi de mentors. Il y avait Noel Price, Doug Robinson, Germain Gagnon, Joe Hardy, Reynald Comeau, Mike Laughton. J’ai appris beaucoup de ces gars-là.

Chez les jeunes, il y avait moi, Randy Rota, Murray Wilson, Chuck Arnason, Geoff Powis et Michel Deguise. On comptait aussi sur des vétérans comme Michel Plasse et Wayne Thomas devant le filet.

Première coupe Stanley

Bien nantis en talent, les Voyageurs remportent la coupe Calder.

Larry Robinson

L’automne suivant, j’ai connu ce qui me semblait un très bon camp d’entraînement avec le grand club. J’ai été utilisé à profusion dans les matchs préparatoires. Mais il n’y avait pas de place pour moi. Sept ou huit défenseurs faisaient partie de la formation.

J’aurais pu bouder, mais je suis retourné à Halifax avec la ferme intention de montrer aux gens de la direction qu’ils avaient commis une erreur en me retournant à Halifax. J’occupais le cinquième ou le sixième rang chez les marqueurs de la Ligue américaine quand on m’a rappelé à Montréal (c’était en janvier 1973).

Les séries ont commencé et je n’ai pas joué en première ronde (contre Buffalo). Floyd Curry nous a fait patiner à mort, moi et les autres réservistes! Mais ça a donné des résultats positifs. Lors de la série suivante, j’étais prêt à jouer quand Jacques Laperrière a été victime d’une blessure.

Robinson s’offre même le but vainqueur lors du deuxième match de la demi-finale qui opposait le Canadien aux Flyers, but qui créée l’égalité dans la série.

Quelques semaines plus tard, après avoir triomphé des Blackhawks de Chicago en finale, Robinson parade avec la coupe Stanley dans les rues de de Montréal. Il en ajoutera cinq à sa collection.

Larry Robinson Guy Lafleur Une scène qu’on a vue souvent. Larry Robinson félicite Guy Lafleur après un autre but du Démon blond. Crédits : Les archives / Le Journal de Montréal

Au centre de Lafleur et Shutt

Son expérience d’attaquant sert aussi la cause du Canadien dans certaines situations.

Larry Robinson

Scotty Bowman me demandait d’aller me placer devant le filet durant les supériorités numériques.

À l’occasion d’un match à Pittsburgh, alors que nous étions décimés par les blessures, j’ai joué au centre flanqué de Guy Lafleur et Steve Shutt. J’avais marqué un but et obtenu trois mentions d’aide.

Il espérait jouer 10 ans

En 1976-1977, fameuse saison où le Canadien ne subit que huit défaites en 80 matchs (fiche de 60-8-12), Robinson inscrit 19 buts et totalisé 85 points.

Et il maintient un différentiel incroyable de plus 120!

Ses performances lui permettent de remporter le premier de deux trophées Norris accordé au défenseur par excellence de la LNH.

Son palmarès comprend aussi un trophée Conn Smythe, six nominations au sein des équipes d’étoiles et trois participations au tournoi de la coupe Canada.

Trois ans après la fin de sa carrière, il est intronisé au Panthéon du hockey.

Pas mal pour un efflanqué qui ne devait même pas jouer dans la Ligue de l’Ontario.

Mais comme tout membre du panthéon, Robinson vous dira qu’il ne pensait pas au Temple de la renommée à ses débuts dans la LNH.

Larry Robinson

Pour commencer, j’étais heureux à la simple idée de faire la Ligue nationale. Je me disais que ce serait extraordinaire de jouer 10 ans. Mais d’avoir joué 20 ans et d’avoir accompli tout ce que j’ai fait, d’avoir joué aussi longtemps, d’avoir connu tant de succès, d’avoir remporté six coupes Stanley, c’était au-delà de mes rêves. C’est incroyable!

SaisonÉquipeLiguePJBAPts+/-Pun
1968-1969Beavers de HullLHJC4101ND2
1969-1970Braves de BrockvilleLHJC39222951ND74
1970-1971Rangers de KitchenerAHO61123951ND65
1971-1972Voyageurs de la N.-ÉcosseLAH74101424ND54
1972-1973Voyageurs de la N.-ÉcosseLAH3863339ND33
1972-1973Canadien de MontréalLNH36246320
1973-1974Canadien de MontréalLNH78620263266
1974-1975Canadien de MontréalLNH801447616076
1975-1976Canadien de MontréalLNH801030405059
1976-1977Canadien de MontréalLNH7719668512045
1977-1978Canadien de MontréalLNH801352657139
1978-1979Canadien de MontréalLNH671645615033
1979-1980Canadien de MontréalLNH721461754739
1980-1981Canadien de MontréalLNH651238504737
1981-1982Canadien de MontréalLNH711247595741
1982-1983Canadien de MontréalLNH711449633333
1983-1984Canadien de MontréalLNH7493443439
1984-1985Canadien de MontréalLNH761433473244
1985-1986Canadien de MontréalLNH781963822939
1986-1987Canadien de MontréalLNH701337502444
1987-1988Canadien de MontréalLNH53634402630
1988-1989Canadien de MontréalLNH74426302322
1989-1990Kings de Los AngelesLNH6473239734
1990-1991Kings de Los AngelesLNH62122232216
1991-1992Kings de Los AngelesLNH5631013137
Totaux LNH1384208750958722793

Le parfait bonheur pour 14 500 $

Larry Robinson a négocié son premier contrat avec Claude Ruel dans la cuisine de la demeure de ses parents.

Le gros lot pour un joueur qui était recruté par le Canadien dans les décennies 1950 à 1970 était de se retrouver avec une organisation qui empilait les coupes Stanley.

Il en était de même pour les joueurs qui étaient sélectionnés par les Maple Leafs de Toronto dans les années 1960 et les Red Wings de Detroit dans les années 1950.

Personne ne faisait fortune en faisant carrière dans le hockey. Comme le souligne Marcel Dionne, les choses ont commencé à changer avec la création de l’Association mondiale, en 1972.

Ruel hausse la mise trois fois

Il faut entendre Larry Robinson lorsqu’il raconte les négociations de son premier contrat avec l’organisation du Canadien, à l’été 1971.

Larry Robinson

Croyez-moi, on ne jouait pas pour l’argent. Claude Ruel était venu chez moi pour me soumettre une offre de contrat. En fait, ma femme et moi habitions chez mes parents. Notre fils Jeffrey avait un an et demi.

Nous nous sommes assis à la table de cuisine et Claude m’a demandé combien je voulais. Je lui ai dit : je ne sais pas. Combien m’offres-tu? Il m’indique que l’organisation est disposée à m’accorder un montant de 6 000 $ en guise de boni de signature et un salaire de 6 500 $.

Le plus gros salaire que j’avais touché jusque-là était de 150 $ par semaine. Je me suis dit : 12 500 $, c’est très bien. J’accepte.

Mais Ruel surprend Robinson en augmentant la mise.

Larry Robinson

Non, non, me lance-t-il. On va te donner 7 000 $ comme boni de signature et un salaire de 7 500 $. Je dis OK. Mais Claude en ajoute de nouveau. Non, non, non, on va te consentir un boni de 7 500 $. Je disais toujours oui à ses offres. Je n’avais pas d’agent. J’ai finalement signé un contrat dont le boni de signature s’élevait à 7 500 $ et mon salaire à 7 000 $.

Au travail sur la route 417

L’histoire ne se termine pas là.

Larry Robinson

On gagne la coupe Calder, mais il ne me reste plus assez d’argent pour couvrir le dernier mois de mon loyer.

À mon retour à la maison, je déniche un emploi au Service de la voirie de l’Ontario. Je travaille sur la route 417 et mon premier chèque de paie me permet de payer le dernier mois de mon loyer à Halifax.

Aujourd’hui, les joueurs veulent toujours gagner plus d’argent. Les temps ont changé.

Mais Robinson ne les jalouse pas. Il a travaillé 51 ans dans le monde du hockey. Pour la première fois depuis longtemps, il est resté chez lui cette saison. Il lui arrive de donner ses impressions à Craig Berube, entraîneur en chef des Blues de Saint Louis au côté de qui il a remporté sa 10e coupe Stanley, il y a deux ans.

Mais la vie est belle.

Son épouse et lui viennent de prendre possession d’une nouvelle propriété à Ocala, en Floride.

Larry Robinson

J’ai passé un bel hiver. Tout ce que j’ai aujourd’hui, je le dois au hockey.

Mais Robinson s’est dévoué beaucoup aussi pour le sport qui l’a fait connaître. Le Canadien était loin de se douter qu’il avait mis la main sur une future vedette.

Guy Lafleur et lui sont devenus les deux premiers joueurs repêchés la même année par la même équipe à être élus au Panthéon du hockey.

Équipe Année Joueur
Montréal 1971 Guy Lafleur (1er), Larry Robinson (20e)
NY Islanders 1974 Clark Gillies (4e), Bryan Trottier (22e)
Edmonton 1979 Kevin Lowe (21e), Mark Messier (48e), Glenn Anderson (69e)
Edmonton 1980 Paul Coffey (6e), Jari Kurri (69e)
Buffalo 1982 Phil Housley (6e), Dave Andreychuk (16e)
Detroit 1989 Nicklas Lidstrom (53e), Sergei Fedorov (74e)
Larry Robinson Henri Richard, Marcel Dionne, Gilbert Perreault, Guy Lafleur, Jean Béliveau et Maurice Richard. Crédits : Collection Marcel Dionne

C’est la photo préférée de Marcel Dionne. Six des plus grands joueurs québécois à avoir évolué dans la Ligue nationale posant devant un bronze de Maurice Richard. Henri Richard (407), Marcel Dionne (751), Gilbert Perreault (545), Guy Lafleur (618), Jean Béliveau (586) et Maurice Richard (626) totalisent 3 533 buts en saison régulière et en séries dans la Ligue nationale. Imaginez combien ils auraient gagné avec les salaires d’aujourd’hui.