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Un hôpital digne du tiers monde

Un hôpital digne du tiers monde

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La malchance, ou plutôt les stratégies de déneigement et de déglaçage douteuses de la Ville de Montréal, m’aura amené à visiter l’hôpital Santa Cabrini plusieurs fois cette semaine. Mon chum s’est effectivement pété la marboulette sur un trottoir, ou devrais-je plutôt dire sur la patinoire qui faisait office de voie publique, d’Hochelaga-Maisonneuve. Résulat : beaucoup de douleur et une fracture du péroné.   

Me voici donc dimanche, plantée dans un cubicule de l’urgence de Santa Cabrini, à attendre de savoir ce qui se passe avec le pied de mon copain, qui affiche un angle plus que douteux. Pendant les longues heures passées à attendre, on a en masse le temps de jeter un œil sur les lieux. La lumière d’examen, vous savez l’espèce de gros lampadaire suspendu au dessus de la table où on s’allonge chez le docteur, tient avec du... duct tape. Et c’est sans compter le fait qu’il n’y a pas de table d’examen. Dans le cas qui nous occupe, on a allongé le corps de l’éclopé sur une civière trop courte pour lui et on a appuyé le membre blessé sur un tabouret à roulettes. Je vous laisse imaginer le confort.     

 «Hey, mais c’est pas grave, que je me dis. Tant qu’on en prend soin.» Et ce fût le cas. Je tiens à souligner ici la gentillesse et le professionnalisme des ambulanciers, infirmiers, préposés et médecins qui ont veillé sur le copain en question. Je nous sentais vraiment entre bonnes mains. Mais le délabrement des lieux était tel, que s’en était inquiétant. Manque de matériel, éviers qui fuient par en dessous, murs qui s’écalent, en veux-tu, en v’là. Il y avait même un vieux gants ensanglantés qui trainait dans l’ascenseur. Une scène digne d’un film d’horreur.      

Après une nuit passée à l’urgence et un passage au département d’orthopédie, le lendemain, le verdict tombe. Ce sera l’opération. Soit. On se rend à l’admission mercredi matin aux aurores. On nous a effectivement demandé de se présenter à 6 am pour une opération qui aura lieu vers midi (on ne peut nous en assurer et l’horaire changera 3 fois au bloc cette matinée là). «C’est pas grave, que je me dis. Ça doit être la procédure. Tant qu’on en prend soin» Et ce fût le cas, encore une fois. Impeccable prise en charge.      

À la sortie de l’ascenseur qui mène vers le département de chirurgie, il y a une bâche au plafond. On peut voir qu’une eau jaunâtre s’écoule du plafond. On se croirait dans un hôpital de fortune en temps de guerre.      

  

Dans la salle d’attente de la chirurgie d’un jour, il n’y a pas assez de chaises pour tous les patients et certains doivent attendre dans des positions qui leur causent beaucoup de douleur. Lisez-moi bien : on demande à des gens blessés d’attendre de longues heures assis sur des chaises droites avant de leur offrir le lit pré-opératoire qui mettra fin – un peu – à leur souffrance.      

Et, encore ici, ce n’est pas par manque de volonté du personnel. C’est assurément par manque de ressource. Parce que dès que je suis allée demander un lit en plaidant que la position assise était insupportable pour mon copain, une infirmière très empathique lui a octroyé un lit. Je me suis demandé ce qui advenait des personnes seules qui fréquentent l’hôpital et qui n’ont personne pour veiller sur leurs intérêts et leur confort.      

Dans la salle où les patients du département de chirurgie d’un jour sont alités tous ensemble (bonjour l’intimité) les planchers sont sales. Et je ne vous parle pas des toilettes. Une fille enceinte de 8 mois assise à côté de moi pendant que mon chum était en chirurgie et qui a attendu 50 heures avant que son conjoint soit opéré, m’a raconté qu’on avait demandé à son chum de se rendre aux toilettes avant la procédure. Le gars en question était nus pieds et a du demander des pantoufles en plastique pour ne pas marcher dans l’urine. Je ne suis pas une princesse, mais il y a toujours ben des limites.     

* Je lève mon chapeau à tous les acteurs du milieu de la santé qui doivent composer chaque jour avec des locaux vétustes, des équipements qui tombent en ruine, un manque d’espace criant et un nombre de patients complètement effarants. Vraiment, vous êtes des saints.