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Vingt-six ans après ses crimes, la justice libère le faux docteur Romand

Vingt-six ans après ses crimes, la justice libère le faux docteur Romand
AFP

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Tours | Son histoire hors normes a fasciné le public et inspiré auteur et cinéaste: Jean-Claude Romand, faux médecin français qui assassina sa famille après des années de mensonges et d’escroqueries,a obtenu jeudi une libération conditionnelle au terme de 26 ans de détention.   

Condamné à la perpétuité en 1996 pour avoir tué son épouse, leurs deux enfants et ses parents, Jean-Claude Romand devrait sortir de prison avant l’été.  

« La liberté conditionnelle a été accordée », a déclaré son avocat Jean-Louis Abad à l’AFP. « C’est imminent, mais sans doute pas aujourd’hui » jeudi, a-t-il précisé.  

La décision de la cour d’appel de Bourges (centre de la France) doit être mise à exécution avant le 28 juin, selon un communiqué de presse du parquet général.  

Le parcours du « docteur Romand », retracé dans le livre d’Emmanuel Carrère « L’adversaire » qui fut adapté au cinéma en 2002 par Nicole Garcia, remonte à un échec : celui de ses études de médecine,qu’il cache à ses proches.  

Marié et père de deux enfants, il se prétend médecin, chercheur à l’Organisation mondiale de la santé (OMS) à Genève (Suisse), et fait vivre sa famille en escroquant parents et amis, prétendant placerleurs économies en Suisse.  

Acculé par plusieurs débiteurs, dont certains avaient découvert son imposture, le faux médecin, alors âgé de 38 ans, était passé à l’acte au matin du 9 janvier 1993.  

Dans leur maison de l’Ain, dans l’est de la France, proche de la Suisse, il tue sa femme avec un rouleau à pâtisserie, puis sa fille de sept ans et son fils de cinq ans en leur tirant dans le dosavec une carabine. Il tue ensuite ses parents à Clairvaux-les-Lacs, dans le département voisin du Jura, de plusieurs balles dans le dos.  

Le lendemain, il revient à son domicile et avale des barbituriques avant d’incendier la maison. Il sera retrouvé inconscient, mais vivant par les pompiers.  

« Douleur »  

L’avocate des deux frères de Florence Romand, l’épouse assassinée, a fait part de leur « douleur » à l’annonce de la libération conditionnelle : « C’est une grande déception pour mes clients et unegrande douleur. Ils ont le sentiment que tout est terminé pour M. Romand et que pour eux, cela ne le sera jamais », a affirmé Me Laure Moureu.  

Cette libération est conditionnée à une « période de placement sous surveillance électronique probatoire d’une durée de deux ans », selon Marie-Christine Tarrare, procureure générale de Bourges.  

À l’issue de ces deux ans, « le condamné sera soumis pour une durée de 10 ans à des mesures d’assistance et de contrôle », a-t-elle indiqué dans un communiqué.  

M. Romand, aujourd’hui âgé de 65 ans, devra alors s’établir « en un lieu autorisé par l’autorité judiciaire », s’abstenir d’entrer en contact avec les victimes et les parties civiles et aura interdictionde se rendre dans certaines régions.  

Il devra aussi s’abstenir « de toute communication médiatique relative aux crimes pour lesquels il a été condamné », « réparer en tout ou partie » les dommages qu’il a causés et « se soumettre àdes mesures d’examen médical, de traitement ou de soins », selon la même source.  

La chambre de l’application des peines de Bourges a par cet arrêt infirmé une décision du tribunal de Châteauroux, qui avait refusé la liberté conditionnelle à M. Romand le 8 février dernier.  

Le tribunal de Châteauroux avait alors estimé qu’ » en dépit de son parcours d’exécution de peine satisfaisant, les éléments du projet présenté et de sa personnalité » ne permettaient pas « d’assurerun juste équilibre entre le respect des intérêts de la société, des droits des victimes et de la réinsertion du condamné », selon le parquet.  

Condamné à la perpétuité en 1996, M. Romand était libérable depuis 2015, après une période de sûreté de 22 ans.