/24m/transports
Navigation

Vive le covoiturage... payant!

Young women going for a joy ride
imageegami - stock.adobe.com

Coup d'oeil sur cet article

Peu de gens le savent, mais, au Québec, le covoiturage ne doit pas «profiter» au conducteur. Selon l’article 36 de la Loi sur les transports, la contribution demandée aux passagers doit contribuer à rembourser une partie des dépenses encourues, mais sans plus.

«On encourage les gens à covoiturer, mais, en même temps, on leur interdit de réaliser un profit et c’est stupide!», juge Guillaume Lavoie, expert en économie collaborative et chargé de cours à l’École nationale d’administration publique. 

La loi actuelle va contre l’intérêt général, contre l’environnement, contre la mobilité et contre l’économie. «Si on libérait cette pratique, on remplirait quelques-uns des 25 millions de sièges d’auto vides qui se promènent chaque jour sur le territoire du Québec. On pourrait déplacer plus de gens avec moins de voitures.» 

Mea culpa

Pour un voyage à Québec il y a quelques années, j’avais loué une voiture. Avec AmigoExpress, je m’étais trouvé trois passagers pour l’aller, trois pour le retour, à 25 $ chacun, pour un total de 150 $, ce qui m’apportait un peu plus d’argent que j’avais dû dépenser. «“Attention!”, m’avait averti quelqu’un. Ce que tu viens de faire là est illégal!»  

En 2015, Radio-Canada consacrait un reportage à une Montréalaise qui prenait régulièrement des passagers à 20 $ en allant et venant de Montréal vers la ville de Champlain aux États-Unis. En 2014, elle avait écopé d’environ 500 $ d’amende pour «transport illégal de personnes». Son véhicule avait été saisi pendant plusieurs jours et elle avait dû débourser environ 400 $ pour le récupérer. Gênée par la médiatisation, en 2016, la Ville de Montréal a finalement renoncé à persécuter cette covoitureuse. 

Covoiturage de masse

«On a les sièges et les véhicules, les ressources et les moyens, mais la réglementation nous décourage de les optimiser», déplore Dardan Isufi, cofondateur de la coopérative Eva, qui va bientôt rivaliser avec Uber tout en laissant plus d’argent aux conducteurs et en réinvestissant les profits au Québec. (Soit dit en passant, l’application Eva serait probablement déjà lancée si la Loi ne lui avait pas mis des bâtons dans les roues pendant des années.) 

Les applications de covoiturage, par exemple Netlift, traînent le boulet de l’article 36... Lorsque ce dernier aura été révisé, on verra peut-être l’apparition d’un covoiturage de masse, mais pas avant. Les bons sentiments écologistes ne suffisent pas. Une multitude d’automobilistes se donneront la peine de faire monter des passagers à bord lorsque ce sera suffisamment payant.