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«C'est pour ça que je ne suis pas féministe»

Vaut parfois mieux tourner son clavier 7 fois avant de tweeter

«C'est pour ça que je ne suis pas féministe»

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Gabrielle Bouchard, présidente de la Fédération des femmes du Québec (FFQ) de son état, a créé tout un scandale, hier, en publiant sur Twitter. Son tweet allait comme suit : «On devrait discuter de la vasectomie obligatoire à 18 ans.» Je dois d’emblée avouer que je suis tout d’abord restée excessivement perplexe à la vue de cette sortie, surtout venant d’une personne à la tête d’un regroupement féministe. Mais je n’ai pas pensé une seule seconde que madame Bouchard pouvait être sérieuse. C’était juste...trop gros. Trop inapproprié et sexiste pour être vrai.   

Il faut certes remettre en contexte le tweet de la présidente de la FFQ pour saisir l’ironie du message. Gabrielle Bouchard faisait référence à un meme qui, dans la foulée du virage anti-avortement qu’ont pris plusieurs états américains, circule abondamment sur les médias sociaux depuis quelques jours. Si vous ne savez pas ce qu’est un meme, cliquez ici .    

Je disais donc que ce meme, où on peut lire «Against abortion? Have a vasectomy.», a fait le tour d’internet pas mal et que c’est à celui-ci que madame Bouchard faisait référence en écrivant ironiquement qu’on devrait vasectomiser l’homme québécois dès sa majorité.   

Était-ce maladroit? Oui. Parce que, pour moi, il est clair que les médias sociaux sont un piètre véhicule pour ironiser. C’était clair que ça finirait mal. Et même si la FFQ a fait une sortie en après-midi pour défendre sa présidente et affirmer qu’il s’agissait là de propos scandaleux minutieusement planifiés, n’en demeure pas moins qu’on a ici la preuve que la fédération a usé d’une stratégie de com très douteuse et, disons-le, plutôt ratée.     

Et il y a pire, selon moi. Ce tweet à lui seul représente le fossé qui se creuse de plus en plus entre les groupes militants et nous, pauvres moldus, qui ne suivons pas nécessairement tout ce qui se passe en ligne et qui n’aurions donc aucune idée, en voyant ce tweet, à quoi il réfère.   

Prise hors contexte, la sortie de madame la présidente, c’est du bonbon pour les masculinistes qui parcourent l’internet en hurlant que les «maudites féminisss haïssent les hommes et veulent les castrer». C’est aussi un véritable cadeau pour quelques chroniqueurs mal intentionnés qui feraient semblant ici de ne pas comprendre que Gabrielle Bouchard donnait dans l’ironie. Mais ça, je ne pense pas que ça se puisse. Faudrait être de mauvaise foi en chien pour vouloir impunément jouer ce jeu-là, surtout dans le contexte actuel (saisir ici l’ironie de ma phrase).    

N’empêche que c’est ça qui est arrivé. Très vite, on a ramené madame Bouchard à son identité de femme trans pour invalider sa présence à la tête de la FFQ ou juste pour y aller de propos transphobes totalement déplacés et violents. Mais ce qui a fait le plus mal, je pense, c’est de voir des centaines de femmes dire que c’était à cause de tels propros qu’elles n’étaient pas féministes et que le vrai féministe, c’était pas ça.    

On va s’entendre sur une affaire une bonne fois pour toutes. Le féminisme, c’est vouloir l’égalité entre les hommes et les femmes dans toutes les sphères de nos existences, communes et privées. Simple de même. Il n’y a pas non plus une seule façon d’être féministe et il n’y a pas un féministe meilleur qu’un autre. Ça ne se peut pas être plus ou moins féministe que sa voisine pour la simple et bonne raison que le féminisme a autant de visages que Céline Dion a de souliers. Ça fait que lâchez-moi avec ça.    

C’est plate à dire, mais le tweet de Gabrielle Bouchard, qui se voulait une blague – maladroite – au départ, a contribué a enrichir les préjugés qu'entretient la population envers le mouvement féministe et nous a éloigné collectivement du véritable enjeu derrière tout ça : le droit des femmes à disposer de leurs corps comme elles l’entendent. Mauvaise stratégie de communication, je disais.

PS Je suis féministe et j'aime les hommes, vasectomisés ou non.